‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 70 sur 97 · et 13 000 au-dessus de la mer · texte numérisé non relu

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serpentent des routes larges ou étroites. Ce sont les rues. Quant aux maisons, cachées dans le bocage, entourées de jardins, noyées d'ombre, vous les apercevez à peine. Elles se ressemblent toutes. Une façade, simple rez-de-chaussée, rarement avec un étage supérieur, est protégée par une large véranda. À chaque coin un pavillon £vance dans le jardin qui précède la maison et qui n'est d'ordinaire qu'un parterre de fleurs entouré d’une balustrade et orné de statuettes et de vases. Cela vous rappelle Haarlem ou plutôt le Japon, où les vieux Hollandais semblent avoir pris le goût des petits piédestaux en pierre et des potiches en porcelaine.

Ce qui ajoute à l’étrangeté de l'effet magique de Batavia, ce sont ces deux éléments : Îles arbres, d’une magnificence qui dépasse tout ce que j'ai vu sous les tropiques, et les hommes, qui se promènent à l'ombre de ces arbres. Je ne parle pas des Hollandais, qui d’ailleurs ne se promènent jamais autrement qu'en voiture ou à cheval, mais de la foule des indigènes. L'éclat de leurs vêtements attire l'œil, l'harmonie des couleurs le charme. Le rouge, le rose, le blane, quiprédominent, se marient admirablement avec le vert, nuancé à l'infini, du feuillage.

Je jouis de l'hospitalité simple, élégante, de bon goût de M. P. Pels, chef d’une des grandes maisons de commerce de Batavia et consul d'Autriche. Sa maison offre un bon échantillon des résidences indo-néerlandaises. Tout y est calculé pour neutraliser les influences d'un climat délétère, pour ne laisser entrer l’air qu'après l'avoir refroidi, pour le renouveler, le faire circuler et établir des courants qui donnent l'illusion de la fraîcheur. A l’aide de ces procédés on parvient à produire des sensations agréables; on n'arrive pas à rendre inoffensive cette atmosphère de feu. La preuve, c’est que les blancs sont presque tous d’une päleur extrême. Tout le monde semble atteint d'anémie.

C'est un dimanche. Le soleil approche de l'hovizon. Le monde élégant s’est donné rendez-vous sur la grande place, que nous trouvons tout encombrée de beaux équipages. Les femmes, coiffées de fleurs, vous frappent par la simplicité et l'élégance de leur toilette ; les hommes, y compris les officiers, par l'absence du chapeau, qu'ils ont oublié à la maison. En effet, sous ce ciel, après le coucher du soleil, un couvre-chef ne serait qu’un embarras. On écoute un orchestre

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militaire, on descend, on s'approche des voitures, on cause avec les dames comme sur le Pincio ou à la Lungara. Mais l'ensemble est exotique.

Dans le musée, qui possède une riche colleclion de choses indiennes de Java, de Sumatra, de Bornéo, on retrouve l'Inde avant l'invasion de l’islamisme ‘. Mais quel islamisme, et comment s'est-il si promptement emparé des rajas et, par conséquent, des populations dont il semble d’ailleurs avoir à peine effleuré l'épiderme? On me dit que, le bas peuple est exploité de la manière la plus indigne par les Ladgis, où pèlerins de la Mecque, qui sont un véritable fléau pour les campagnes.

En matière de religion, le gouvernement hollandais, qui exerce dans ces colonies une autorité absolue et paternelle, se montre également bienveillant ou indifférent pour toutes les confessions ‘chrétiennes ou autres. Cependant il n’a pas renoncé à certaines pratiques traditionnelles : ainsi les missionnaires n’osent pas étendre leur apostolat aux indigènes mahométans. Libre à eux de

convertir, s'ils peuvent, les Chinois et les Hin-

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