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verner les populations indigènes encore attachées à leurs anciens maitres, et il s’assure de la fidélité des « sultans », transformés en fonctionnaires hollandais, moyennant de forts appointements. Le sultan de la veille, devenu AÆégent d'un district, représente le gouvernement auprès des indigènes ; il est chargé de la police locale et exerce un certain pouvoir judiciaire. Mais la summa rerum se trouve entre les mains du Æésident. C'est ainsi que l’on appelle l'agent hollandais de chaque district, qui est pour ainsi dire l'œil et, le cas échéant, le bras du gouverneur général. Cependant, à moins de nécessité absolue, il s’abstient d’empiéter sur les attributions du régent.
« Les Javanais, naturellement doux et faciles à mener, éprouvent une sympathie passive pour le régime hollandais. On n’en peut pas dire autant des populations de Sumatra et de certaines autres parties de l'empire indo-néerlandais. Iei le peuple est content. Un peu de riz tous les jours, et aussi peu de travail que possible pendant toute l'année, voilà son idéal du bonheur suprème en ce monde. Il était moins heureux sous ses princes qui l’accablaient d'impôts.
« Les indigènes, quelle que soit leur position sociale, sont obligés de porter le foulard du pays autour de la tête et la ceinture dite sarong au-
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tour de la taille; il leur est strictement défendu
de se chausser à l'européenne. Les blancs, en
parlant à des indigènes, même à ceux quisavent le hollandais, se servent toujours de la langue malaise, et les indigènes n’oseraient adresser la
parole à un blanc dans n'importe quel idiome eu-
ropéen. À Batavia, la rigidité des formes de respect asiatiques, encore en vigueur dans l’intérieur, a cependant été un peu atténuée dans les dernières années. Mais le maintien du prestige et la reconnaissance par l’indigène de la supériorité de la race blanche forment, avec le monopole et le travail obligatoire, le principe fondamental de notre domination. C’est l’ancien régime colonial qui a fait ses preuves. Depuis près de trois siècles, une poignée de Hollandais gouverne des millions d’Asiatiques. Aux Indes anglaises on a, depuis près de cinquante ans, abandonné ces errements et inauguré une ère humanitaire.
L'expérience donnera-t-elle sa sanction à ce nouveau système? »
Les personnes qui assistaient à cette causerie, toutes Hollandaises, abondaiïent dans le sens de mon interlocuteur, non sans m'avouer leur crainte de voir l'esprit d'innovation envahir l'empire Indo-Néerlandais.
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Tjandjoer, ville tout à fait indienne, est la résidence d’un Régent, et par conséquent celle de son ange gardien le Résident. C'est ici que se trouve interné un fort grand personnage, le Sultan déposé de Bornéo. Il habite un palais composé de plusieurs maisonnettes. L'entrée en est gardée par une poupée colossale à tête de poisson. C’est un Génie qui chasse les mauvais esprits. Il faisait nuit et nous entendimes l’illustre prisonnier d’État et les siens faire la prière du soir dans la petite mosquée du palais. «Ille Mallah, Ille Mallah », et encore « Ille Mallah! » Et les bananiers d’accompagner le chœur des fidèles du bruissement de leurs éventails, et le Génie, en fidèle gardien, de secouer sa tète de poisson sous la brise du soir.
Quelle nuit noire, tiède, délicieuse! Assis sur la véranda de notre petit hôtel, tenu par un ancien officier autrichien, nous assistons à une représentation de marionnettes en plein air. Ce sont les dieux et les déesses de l’Olympe hindou. Les guignols des Champs-Élysées de Paris ou de notre Prater de Vienne restent bien au-dessous de ce spectacle bizarre de combats acharnés entre des Dieux non encore complètement dépossédés de leur auréole parmi les populations devenues mahométanes.
À peu de distance, une bayadère exécutait des pas avec deux jeunes gens dont les sauts grotes-
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ques, rappelant parfois les mouvements de bêtes fauves, formaient un contraste bien marqué avec la tenue modeste de la danseuse. Elle avançait et reculait alternativement, toujours en abritant sa figure derrière la manche de sa tunique et en s’accompagnant de temps à autre d’un chant monotone et mélancolique.
Dans ce petit hôtel, j'ai trouvé des journaux de Bohème et, le long des murs de la salle à manger, les portraits du maréchal Radetzky et du général Hainau avec d’autres souvenirs de cette époque guerrière, riche en souvenirs tristes et glorieux, mais plus glorieux que tristes, et déjà si éloignée de nous.
Le voyage de Tjandjoer à Bandoeng, moitié en wagon, sur un chemin de fer, non encore livré à la circulation, moitié en voiture de poste, nous fait traverser un pays des plus pittoresques. La route, tracée par des ingénieurs habiles et exécutée à merveille par les corvéables indigènes, gagne en serpentant la crête de la haute montagne de Missigit. Cette contrée est infestée de tigres, de léopards, de panthères. Il y a aussi des buffles sauvages et des sangliers, et à certains endroits on a quelques chances de rencon-
trer des rhinocéros. Le hasard nous a-épargné 1 — 26
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les grandes émotions. Nous n'avons vu que deux sangliers de dimensions respectables traverser à toute vitesse la route que nous suivions. Dans les kampoengs (villages indigènes) des environs, il y a peu d'années, on n'osait sortir la auit qu'en nombreuse compagnie, armé et muni de torches. L'arrivée des ouvriers du chemin de fer a éloigné bon nombre de ces habitués incommodes. Les grands cours d’eau grouillent de crocodiles. Ces monstrés jouissent ici des privilèges d'êtres sacrés. Ce n’est qu'après avoir dévoré un nombre considérable d'habitants et de bestiaux de la commune qu'ils risquent d’être inquiétés. Et encore faut-il pour cela l'intervention du prètre de la localité. Vêtu de sa robe blanche, il s’assoit sur les bords de la rivière, entonne une chanson sacrée, et quand l'animal se montre, le saint homme examine s’il est réellement ie coupable. Ce n’est qu'avec son assentiment qu’on ose le tuer. Les tigres, privés de l’auréole de la sainteté, profitent du prestige de la peur qu'ils inspirent aux villageois, cet l’on ne songe à les poursuivre qu’à la suite de grandes déprédations commises par eux dans la commune,
Les pals' sont marqués le long de la route. De basses haies vives qui la bordent des deux
1, Longs de 1207 mètres.
DECTIANDIOER A BANDOENG. ‘+ … 403
côtés continuent même à travers les villages. On se dirait dans un parc. Le paysage conserve son caractère varié, bizarre, fantastique, mais toujours riant. De petits cônes, des rochers calcaires ou volcaniques tout couverts de bosquets couronnés d’un dôme de feuillage ou d’un panache de bambous de dimensions colossales, découpent leurs silhouettes sur le ciel bleu d’opale le matin, chargé de gros nuages noirs dans l’après-midi, or au coucher du soleil.
De cinq en cinq pals, on trouve la maison de poste. Un hangar couvert d’un lourd toit de briques s'élève en travers de la route; c’est là que le voyageur dûment muni d’un permis du gouvernement change de chevaux à l'abri du soleil et des pluies torrentielles de la mousson. C'est là aussi que, dans les districts à cafiers, on construit les magasins du gouvernement destinés à recueillir le café produit par les populations.
Aucun pays, si ce n’est le Japon et la Chine, ne donne une idée de l'animation qui règne dans les villages et tout le long de la route. Des coulis, isolés ou en escouades, la taille prise dans le sarong, sorte de pagne qui se porte par-dessus le pantalon, le haut du corps nu, la tête coiffée d'un grand chapeau qui ressemble au couvercle
d'un vase où à un bouclier, s’en vont à la file,
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