‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 82 sur 97 · DES · texte numérisé non relu

DES

RS no nr RS ON

ne ii + semé

donnée. Finita la comedia, tout le monde se retire. Les brahmes disparaissent comme par enchantement, le voyageur est hissé de nouveau dans le carrosse du collecteur, les vestales, exténuées de fatigue, couvertes de sueur et de poussière, rentrent la tête basse dans leurs maisonnettes, situées près du temple dont elles sont les prètresses.

Le carrosse, c’est-à-dire la charrette à deux bœufs, tâche de gagner la résidence officielle du collecteur. Cette fois, pour sûr, je succomberai à la chaleur, à la poussière, aux cahotements du véhicule. Enfin j'arrive encore vivant dans une cour entourée de murs, devant une maison de sinistre aspect, dont le rez-de-chaussée sert de prison. L’étage supérieur contient les bureaux du collecteur, qui m'offre des oranges et du lait de coco doux, tiède et fade. Deux brahmes ne dédaignent pas de tenir compagnie au Soudra et à l’Européen, mais tous trois n’ont garde de toucher aux rafraichissements qu'on me sert.

J'apprends par ces messieurs que la ville contient trente-cinq mille habitants, tous indigènes, pas un Européen ne séjournant dans la ville sainte, dont le collecteur, représentant du gouvernement, est aussi, comme je l’ai dit, un Hindou. Ce fait m'a paru curieux et significatif, surtout quand on considère le nombre des pèlerins,

qui monte quelquefois jusqu'à cinquante mille à certaines fêtes de l’année,

Le collecteur, qui me plait par son air ouvert, me raconte sa vie de famille, ses occupations officielles, les embarras et les soucis que lui donnent les brahmes. Il touche deux mille roupies' de traitement, qui suffisent amplement à ses besoins, la vie étant à fort bon marché. Seulement, quand le riz fait défaut, le prix en augmente quelquefois jusqu'au quadruple de celui des temps ordinaires, et alors il règne ici une misère voisine de celle qu'amène la famine. Les serpents aussi sont un terrible fléau. Peu de semaines se passent sans qu'on lui mande la mort d’une ou de plusieurs personnes causée par les morsures des reptiles.

La conversation s'anima de plus en plus. Je demandai à celui des deux brahmes qui seul savait l'anglais, ce qui lui permit de répondre sans gène à ma question : « Croyez-vous en Vichnou? — Non, j'ai perdu la foi. — Où et quand? — Dans le collège de Madras, en apprenant l'anglais. — Vous ne croyez donc à rien? — Si, je crois qu'il y a peut-être un Dieu qui dans un autre monde me récompensera ou me punira selon mes mérites et mes démé-

Page 1