‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 83 sur 97 · La roupie vaut environ 2 francs · texte numérisé non relu

La roupie vaut environ 2 francs

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rites. Mais je dois cacher mes idées à ma famille et à mes amis et continuer à me rendre au temple. Autrement je perdrais ma caste. Les brahmes qui n’ont pas étudié dans les collèges anglais sont tous des croyants. Ils fabriquent les idoles et croient ensuite sincèrement à la divinité de leurs

ouvrages. » — Tout cela était dit fort simple-

ment, en présence de l’homme de sa caste qui ne comprenait pas et du collecteur, ancien élève du mème collège, qui comprit fort bien, mais qui n'eut garde de souffler mot.

Guindy-Park, 31 janvier. — Ce charmant

séjour, avec ses beaux intermèdes de Bangalore et de Conjeveram, tire à sa fin. Ce matin Sir Donald Siewart est arrivé. Dans l'après-midi nous nous rendons tous à Madras pour la réception du vice-roi et de Lady Ripon. La villeest en fête. Les indigènes, une foule compacte qui représente trois couleurs : le noir de la peau et le blanc et rouge desvêtements, remplissent lesrues, les toits, les arbres, les échafaudages des maisons en construction. Aussi dans le sud de la péninsule est-ce un rare spectacle que celui d’un vice-roi. C’est la première et, selon toute probabilité, la dernière visite de Lord Ripon, qui jouit

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GUINDY-PARK. 465

parmi les indigènes d’une très grande popularité.

Au monde officiel anglais réuni sous un pavillon qu’on a érigé près de la jetée se mêlent quelques Indiens de haut rang. J'y fais la connaissance d’un prince mahométan détrôné, rejeton d’une des plus anciennes dynasties de l'Inde. Il était vêtu de blanc avec une aigrette de superbes diamants dans les cheveux. Mais il aurait été en guenilles qu'il se serait fait remarquer par la dignité de son maintien. A l’observation que lui faisait en ma présence un officier, que l'Angleterre, il y a cent ans, ne possédait dans ce pays que quelques arpents de terre, il répondit : « Le monde est rond », ou quelque chose de semblable.

Le temps est magnifique et la mer, par exception, ressemble à une glace. Le vice-roi quitte son yacht et, accompagné de Lady Ripon et de sa suite, salué par le canon du fort Saint-George, débarque et se rend au pavillon, où il est reçu par le gouverneur et les chefs des différents départements. À une harangue du maire de la ville Lord Ripon répond par un long discours bien tourné et bien dit; mais il évite de toucher aux questions brülantes qui divisent en ce moment le monde indo-britannique. Cette cérémonie terminée, on se met en mouvement

pour Guindy-Park, où le représentant suprême { — 30

de la Reine habitera pendant son séjour dans la présidence.

Il y avait plus de six milles à parcourir. Sur ce long trajet, où les ares de triomphe ne faisaient pas défaut, les indigènes formaient une haie non interrompue. Cette nuit, Guindy déploie toutes ses magnificences. Grand banquet, feu d'artifice, concert dirigé par le chef de la musique du gouverneur, le grand Stradiote digne d’un sourire approbateur de l’immortel Strauss. N'oublions pas de noter que l'orchestre se compose d’indigènes, ses élèves. Mais ce qui m'étonne le plus, c'est de voir le vice-roi avec sa suite, le commandant en chef de l’armée de l'Inde avec ses aides de camp et tant d’autres hôtes notables, logés à Guindy-Park. Ce miracle s'opère au moyen d'un certain nombre de tentes très confortables qu'on a dressées dans le parc. C’est la méthode pratiquée en pareille occasion. Les murs d'un Anglo-Indien sont élastiques comme son hospitalité : il y a toujours de la place pour les amis.

Le vice-roi se rend à Hyderabad pour installer le jeune nizam, le plus puissant des princes feudataires, en termes officiels, pour lui donner

VOYAGE A HYDERABAD. 467

« Pinvestiture des pouvoirs administratifs ». Il a eu la gracieuseté de m'inviter à l’accompagner dans ce voyage. J'aurai donc la bonne fortune d'assister à un acte sans précédent dans l’histoire de l'Inde".

1. Après l'extinction de l’ancienne dynastie de Golconde, qui eut lieu sous le règne de l’empereur Aurangzeb, un soldat de fortune mahométan s'empara des territoires de l’ancienne famille régnante et devint, avec le titre de nizam, le fondateur de l’État de Hyderabad, Le nizam actuel est son neuvième descendant. Les princes de cette ligne ont toujours été amis de l’Angleterre.

En 1818, la principauté, déchirée par des factions et dévastée par les Pindarris, un ramassis de flibustiers, n’échappa à une destruction certaine qu'à la suite d’une intervention armée du gouvernement de l'Inde. Afin de consolider le pouvoir du nizam, un corps de troupes britanniques, qui existe encore, appelé contingent de Hyderabad, fut mis à sa disposition avec obligation pour lui d’en payer la solde,

Le contingent de Hyderabad et une autre troupe dite force subsidiaire, concentrés dans les cantonnements de Sikanderabad et Bolaram, à neuf et douze milles de la cité de Hyderabad, forment, au centre du Dekhan, un noyau militaire dont on comprend l'importance,

Le nizam jouit d’un revenu de trois millions de livres sterling et entretient, outre 5000 hommes de « troupes réformées », une armée irrégulière de plus de 40 000 hommes. Il a en outre à ses gages une garde abyssinienne.

Les principaux nobles, umaras, émirs ou nabobs, s’entourent de bandes armées parfaitement indépendantes de l’armée du nizam. La dynastie régnante et la grande majorité des nobles ont embrassé l’islamisme. L'État de Hyderabad comprend la majeure partie du Dekhan central et couvre une étendue de territoire égale à l’île de la Grande-Bretagne. Il compte près de dix millions d’habitants.

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L'OTAN

Hyderabad, du 1* au 7 février. — Le train du vice-roi quitte la gare de Madras à midi. Le pays est d’abord plat, puis ondulé ; plus loin on aperçoit les contreforts du plateau. A une station se présentent deux grands zeminüars richement vêtus. Lord Ripon quitte le wagon et, assis sous un dais, reçoit leurs hommages.

A la station Ballypully, située au milieu d’un Jungleet mal famée par suite des visites fréquentes de tigres, on nous fait descendre de wagon pour nous montrer deux cages en maçonnerie et munies d’une forte grille, bâties aux deux extrémités de la gare, non pour y enfermer les fauves, mais pour servir de guérites aux aiguilleurs.

A la nuit tombante, grande réception dans la gare de Cuddapah, richement décorée dans le goût du pays. Il y avait de la musique, des nautchnies qui dansaient et une masse de peuple. M’y étant mélé, je m’apercevais bientôt que j'étais le seul Européen de la compagnie, lorsqu'on vint m'avertir qu'il faut éviter le contact des foules à cause des maladies qui règnent dans le pays : le choléra et surtout la petite vérole. Vite, en wagon.

Ce matin, à la station de Wadi, la première sur le territoire de Hyderabad, le vice-roi a été reçu par deux gros personnages envoyés à sa ren-

VOYAGE A HYDERABAD. 469

contre ; le peshkar, oncle et beau-frère du nizam, un vieux décrépit, qui se perd dans son uniforme galonné à la turque, et un jeune homme, grand et gros garçon de dix-neuf ans, à l’air hautain, portant également un costume diplomatique ottoman et parlant l'anglais avec facilité. C’est le fils aîné de Sir Salar Jung, le premier ministre du nizam, qui fut pendant de longues années le véritable régent du pays, et qui était l'ami des Anglais à l’époque de la révolte de 1857. H est mort l’année dernière. Le fils, malgré sa jeunesse, prétend à la succession du père. Cette grosse question de la nomination du divan se décidera pendant la visite du vice-roi.

Nous voilà bel et bien sur le plateau du Dekhan. Une plaine à perte de vue. Partout des rochers peu élevés. Quelques étangs, quelques rizières. Quelques troupeaux de bétail dont la maigreur répond à la condition du sol, aride et desséché. Le peuple en haillons, les huttes à l'avenant. Quelle différence avec l'Inde britannique ! Le pays, presque complètement dépourvu d'arbres, me rappelle certaines parties du Karst, mais, au fur et à mesure que nous approchons de la capitale, il devient de plus en plus accidenté, et à la fin vraiment pittoresque. Les blocs de basalte qui couronnent des mamelons isolés affectent des formes de châteaux forts.

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Les mêmes motifs se répètent au loin. L'horizon est immense.

Vers cinq heures de l’après-midi, nous entrons en gare. Le nizam reçoit le vice-roi sous une tente magnifique et l'accompagne à la voiture. Sur le passage se tiennent, droits et inmmobiles, des jeunes gens qui représentent des idoles de la mythologie hindoue. Ils ont la figure ou dorée ou laquée en bleu, en vert, en rouge. Ce sont autant de statues. L'illusion serait complète sans le roulement de leurs gros veux noirs. Ces dieux en chair et en os m'ont causé une vive impression. On me dit que ce spectacle ne se voit qu'aux plus grandes solennités. Dernièrement une de ces idoles tomba foudroyée par la mort. La transpiration, arrètée par l’enduit dont on lui avait couvert le visage et plusieurs parties du corps, l'a tué. Pauvre garçon! on l’avait trop bien doré.

Des voitures du nizam conduisent Lord et Lady Ripon et tout leur monde à Bolaram, où se trouve la maison de campagne du résident.

Son habitation habituelle est un palais monumental de style italien, copié sur celui des vicerois à Calcutta. Il est situé dans le faubourg Chaddargat, hors des murs de la capitale. De Bolaram à Hyderabad on compte douze milles.

BOLARAM. 471

Ce séjour de Bolaram offre un caractère essenliellement militaire. On y voit réunis, outre les troupes, Sir Donald Stewart, commandant en chef de l’armée de l'Inde, Sir Frederic Roberts, commandant de l’armée de Madras, le colonel Rey, commandant de la « force subsidiaire », et le général Gough, commandant du « contingent de Hyderabad », tous avec leurs ladies et leur état-major. C’est avec un vif plaisir que je vois arriver le gouverneur de Madras et Mme Grant Duff. Les lunchs, les diners, les feux d'artifice, les revues, se succèdent sans interruption. Sous deux tentes magnifiques prêtées par le nizam, le peshkar, sans y jamais paraitre, tient table ouverte. Dans le somptueux messhouse du « conlingent », le résident offre un banquet au viceroi et au jeune prince. Dans la matinée on se rend visite. C'est un mouvement perpétuel. Et après les militaires, les dames, comme de raison, sont le plus en évidence. Il y a bien dans les cantonnements quelques cas de choléra et il y en à beaucoup dans Hyderabad, mais on n'y fait pas attention. La partie culinaire des festins est confiée au grand signor Pelliti, confiseur italien à Calcutta et à Simla. Cet homme hors ligne est arrivé dans l'Inde, il y a quelques années, avec un assez léger bagage. Heureusement il n’a pas oublié d'apporter son esprit fertile, son art et

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son activité. Aujourd'hui c’est un homme riche. Fournir tous les jours, au fond du Dekhan, à un nombre de convives incalculable, des repas dignes d’un Chevet, cela témoigne certainement d’un génie de premier ordre. J’allais me faire présenter à ce grand Vatel, qui a trop d'esprit et trop de ressources pour jamais s’embrocher,

lorsqu'il eut la gracieuseté de me prévenir et de.

m'exposer le mécanisme ingénieux au moyen duquel il arrive à faire venir, à l'heure voulue, de Calcutta, de Bombay, d'Angleterre, les bonnes choses requises pour satisfaire une si noble compagnie.

Rien de joli et d’animé comme Main-Strect, la grande rue du camp improvisé près de Bolaram: une foule de tentes élégantes abritent les hôtes du nizam. Pour ma part je suis parfaitement casé dans un bungalow occupé par le commandant en chef de l’armée de l'Inde. Tout le monde a l’air gai, en train, insouciant. Non, je me trompe : pas tout le monde. On voit aussi des physionomies sérieuses et préoccupées. A côté de la pompe militaire et des plaisirs mondains, se joue un petit drame sérieux.

La visite du vice-roi à Hyderabad, où jamais

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ÉTAT DU NIZAM. h73

aucun de ses prédécesseurs n'a mis le pied, est considérée comme un événement. Et par l’étendue de son territoire et le nombre de ses sujets, par ses ressources financières et militaires, le nizam occupe le premier rang parmi les princes feudataires de l'Inde. La situation géographique de ses États, au centre de la péninsule, ajoute à son importance. À un moment donné, il pourrait devenir — de grandes autorités militaires l’affirment — l'arbitre des destinées de l'empire Indien. L'histoire de la grande rébellion de 1857 en fournit, pour ainsi dire, une preuve négative. Le grand État de Hyderabad n’y prit aucune part. Aussi dans le midi de l'Inde la tranquillité ne fut pas troublée un instant. Dans le cas contraire, on s'accorde à le penser, l'insurrection aurait gagné tout le Dekhan, les anciens États des Mabhrattes, le Karnatic, Mysore et jusqu’à l’extré-

mité méridionale de la péninsule. Les troupes

anglaises auraient été forcées d’évacuer l’intérieur et de se concentrer dans les capitales des présidences. L'Inde était à reconquérir.

Le mérite de l’abstention du nizam pendant la crise de 1857 revient à Mir-Turab-Ali Moukhtar-Oul-Moulk, gouverneur de l’État, mieux connu en Europe sous le nom de Sir Salar Jung.

Ces faits, presque contemporains, sont encore

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plus ou moins présents à la mémoire de tout le monde ,'et au besoin on les trouve consignés dans tous les manuels historiques. Cependant j'aime à me faire raconter les événements par des témoins oculaires, surtout quand ces témoins ajoutent au prestige de leur expérience une connaissance approfondie des hommes et des choses du pays.

« L'État du nizam, m'a-t-on dit, est très considérable ; il occupe une grande partie des résions centrales du Dekhan. A l’ouest de la ville de Hyderabad, le terrain est plat et peu fertile ; à l’est commencent, à une centaine de milles de la capitale, des forêts magnifiques d’une imziense étendue. La population reste un peu au-dessous de dix millions d’âmes, mais, vu sa grande étendue, le pays semble mal peuplé. Au commencement du siècle, Hyderapad était livré à l'anarchie. Les Pindarris, des bandes de flibus-

tiers, avaient envahi le territoire. Ils massacrè- | ù rent les populations, brûlèrent les récoltes, dévas- | tèrent le pays. Le nizam étant impuissant à se |

défendre, trois armées anglaises pénétrèrent dans | | la principauté et y rétablirent l’ordre et la tran- 4 |

quillité. Ce fut alors, en 1818, qu’un traité conclu É | avec le prince régla les relations qui désormais e devaient exister entre lui et le gouvernement |

anglais. (En d’autres termes : le prince, en re-

SIR SALAR JUNG. 475

tour des services rendus par l'Angleterre, lui cédait une partie de ses droits de souverain.) Le nizam et la majeure partie des nabobs ou grands nobles, dont plusieurs se trouvent alliés par le sang à la famille régnante, sont musulmans, mais l'immense majorité du peuple est restée hindoue.

« Pendant trente ans le gouvernement a été exercé par le premier ministre, Sir Salar Jung. Les nabobs tâchèrent de s'emparer du pouvoir, mais Salar a toujours su les tenir à distance. Ces nobles n'ont recu aucune instruction et sont

incapables de gouverner, ce qui, dans l'intérêt

de la chose publique, est regrettable, ne fût-ce que parce que les grands biens-fonds qu'ils possèdent pourraient au besoin servir comme gages de leur fidélité. La corruption, l'arbitraire, l'absence complète de justice formaient naguère les traits caractéristiques du gouvernement.

Salar Jung, qui par lui-même était un honnête homme, a amélioré cet état de choses, mais il n'est pas parvenu à opérer des réformes sérieuses. La cour de Hyderabad a été et est un foyer d’inligues. Depuis un ou deux ans, l'esprit d'innovation ou d'imitation de l’Europe commence à se faire sentir. Il y a des nabobs qui font donner une éducation anglaise à leurs enfants.

« Sir Salar Juiig a, dès le début de la rébel-

lion de ‘1857, pressenti Île triomphe final des armes anglaises. Il s’est donc déclaré en notre faveur ; et, conservant, non sans peines et sans risques, cette attitude amicale, il a rendu à l’Angleterre un très grand service. Mais il ne nous aimait pas. Sa conduite par rapport à Bérar l’a bien prouvé. Le gouvernement de l'Inde, il y a plus de cinquante ans, a jugé nécessaire de s'emparer de cette province du nizam, tout en évitant d'en prononcer l'annexion formelle. Depuis lors il l’administra comme si elle faisait partie de ses États. Bérar, tranquille, prospère et, content sous notre gouvernement, offre un contraste frappant, par la richesse comparative de ses habitants, avec les conditions misérables où se trouvent les sujets du nizam.

« Voici la cause ou le prétexte de cette annexion déguisée mais complète. Le prince avait été sauvé en 1818 par notre intervention armée. Après que nos trois corps d'armée eurent évacué son territoire, il se vit de nouveau menacé, et ce fut alors que, sur sa demande et avec l’obligation, qu'il n’a jamais remplie, d'en payer la solde, un corps de troupes anglaises appelé contingent de Hyderabad fut mis à sa disposition. Le prince manquant à ses engagements, le gouvernement général fit saisir Bérar‘. Le revenu de

‘ SIR SALAR JUNG. 477

cette province sert à couvrir les frais du contingent et de l'administration de la province. Le surplus est remis au nizam. Pendant sa longue carrière ministérielle ou, pour mieux dire, pendant trente ans qu'il a exercé le pouvoir suprème et absolu, Sir Salar Jung n’a eu qu’une idée en tête, celle de recouvrer Bérar. C’est pour cela qu'il se rendit en Angleterre. Il y fut reçu, fêté et traité avec les honneurs qu'ordinairement on n’accorde qu'à des princes du sang; mais, quant à l'affaire qui l’avait amené, on le renvoya aux décisions du vice-roi. Revenu dans l'Inde avec une opinion exagérée de son importance, il se montra à propos de Bérar plus exigeant que jamais, et ses rapports avec Calcutta se tendirent sensiblement. Cependant, grâce à l'intervention de Lord Ripon, un revirement favorable semblait s’opérer dans son esprit, lorsque, l’an dernier, le choléra l’enleva dans l’espace de quelques heures.

« Sir Salar Jung était un nabob dans le grand sens du mot. Il avait la main ouverte, était en vérité plus que dépensier, bâtissait constamment, et, quoique son revenu se montât à cent: vingt mille livres sterling, laissa pour un million de dettes.

« Après la mort de cet homme d'État, un conseil de régence, composé de quatre grands

nabobs, fut institué. Le jeune Salar Jung, fils aîné du ministre, est du nombre. Il a passé quelques années en Angleterre, et jouit ici parmi la jeunesse d’une grande popularité et, de plus, de l'amitié du jeune nizam. On suppose que c’est sur les conseils des régents que, l'hiver dernier, lors de l’exposition, le prince, accompagné de ces hauts fonctionnaires, vint à Calcutta et demanda au vice-roi de lui donner l'investiture à Hyderabad, et de lui choisir un premier ministre. »

C’est en se rendant à ce double désir que Lord Ripon est venu ici.

Le premier ministre a toute l'administration entre ses mains. Le nizam règne, mais ne gouverne pas. Le premier ministre est donc un personnage fort important. Lord Ripon avait à choisir entre quatre candidats, tous impossibles, l’un à cause de son infirmité, un autre eu égard à son incapacité, le troisième vu une réputation trop bien établie, enfin le quatrième à cause de su jeunesse. Or, comme la jeunesse est un défaut dont on se corrige tous les jours, et que le nizam favorisait la candidature de cet adolescent d'État, le vice-roi se décida en sa faveur, et Salar Jung Junior, àgé de dix-neuf ans, le fils du ministre défunt, fut nommé premier ministre. On raconte que, pour laisser à ce jeune homme le temps de mürir, on a proposé au nizam d’ajourner pour

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