UNE PROMENADE MATINALE
C'est un sentiment naturel et même louable. Et c’est, dans le cas donné, un symptôme très heureux pour les maîtres de l'Inde. Mais alors pourquoi leur répéter sans cesse et leur enseigner dans les collèges que vous avez fondés qu'ils sont vos égaux? Ils sentent qu'ils ne le sont pas; mais vous pourriez bien finir par le leur persuader.
Dans ce pays, la demi-heure qui précède et suit l’aube est d’un charme indéfinissable. J’erre seul dans les environs de Bolaram. Une balle rouge pointe sur l'horizon. Des éléphants chargés de provisions passent devant moi en allongeant sur la plaine leurs ombres colossales. La brise du matin m’apporte, avec les aromes des fourrés, les sons, adoucis par la distance, d’une musique militaire qui salue le soleil levant.
J’escalade un point culminant. La vue s'étend sur un espace immense. C’est toujours la plaine onduleuse, parsemée de rochers, du Dekhan. À l’ouest vous apercevez les hauteurs de Golconde. Dans toutes les autres directions, les horizons s’enfuient, s’effacent, se confondent avec le ciel. Les mêmes motifs se répètent : des rochers peu élevés bordent des ravins ou couronnent des ma-
melons isolés. On les prendrait pour des chàteaux forts, des colonnes, des menhirs, des dolmens. Les lignes et les points foncés que vous voyez sont des arbres : des tamarins, des banyans, des pipols sacrés pour l’Hindou, groupés en quinconces ou plantés en allées le long des routes macadamisées qui sillonnent le steppe, brun clair à cette heure matinale, mais qui reprendra ses teintes couleur de poussière à mesure qué le soleil approchera du zénith. Au loin se déroulent des lignes blanches : ce sont les tentes du camp improvisé et les murs d’enclos des bungalows habités par les officiers des deux corps auxiliaires.
L'insalubrité du climat et le manque d’eau amenèrent vers la fin du seizième siècle l’abandon de l’ancienne capitale de Golconde. Elle fut remplacée par Hyderabad, bâtie en 1589 à huit milles à l’est de Golconde. Cette dernière ville, devenue un amas de ruines, n'offre, sauf quelques tombeaux, aucun intérèt. On n’en peut pas dire autant de la résidence nouvelle des nizams. Seulement il n’est pas facile d'y pénétrer. Pour la visiter il faut un permis du résident britannique et un éléphant ou‘bien une voiture avec une