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Il n'y a pas très longtemps, la plupart des colonies n'étaient que des factoreries disséminées dans des archipels et sur les bords de continents plus ou moins inaccessibles. Le Parlement anglais s’en occupait fort peu et laissait ainsi une grande latitude à l’action du gouvernement. Les hommes d’État qui se succédaient au Colonial Office suivaient à peu près les mêmes errements et se réglaient, jusqu'à un certain point, d'après les mêmes principes qui constituaient alors, d'un accord tacite mais universel, la politique de l'Angleterre par rapport à ses possessions d'outre-mer. La machine était bien montée, et elle fonctionnait à merveille, Elle avait surtout le mérite inappréciable de donner de la stabilité au maniement des affaires coloniales.
Telle était encore la situation il y a trente ans environ. Mais, depuis, elle a changé du tout au tout. Les factoreries sont devenues de riches et florissantes communautés ; les étroits rayons autour d'elles, des territoires immenses: les colonies, des États; les populations, des nations. Ce nouveau monde, doté d'une autonomie complète et d'institutions tout à fait démocratiques et presque républicaines, se gouverne et s'administre lui-même. Je fais ici abstraction des colonies dites de la couronne, qui sont, comparativement, d’une moindre importance. D'un autre
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’arlement anglais sont devenus plus fréquents que par le passé. Bien des fois, dans l'Inde comme dans les colonies, j'ai entendu dire : «Ce ne sont pas les ministres de la Reine, c'est le ’arlement qui nous gouverne. Les ministres se trouvent sous la pression des fractions qui composent la majorité, et nos intérêts en souffrent. » J'ignore si ces plaintes sont fondées, mais il est incontestable que la stabilité dans la direction des affaires coloniales a diminué,
Pendant que la transformation dont j'ai parlé tout à l'heure s’opérait au Canada et aux Antipodes, la vieille Angleterre traversait une phase sans précédent et sans analogie dans l'histoire du monde. Sans aucune raison palpable, sans aueune contrainte du dehors, sur sa propre initiative et de propos délibéré, elle semblait vouloir abdiquer son influence légitime de grande puissance européenne, L'abstention, en matière de politique étrangère, devint une sorte d'article de foi et de loi fondamentale. En ce qui concerne les colonies, on comprit que l’ancien mécanisme ne suffisait plus. Les poids à soulever et à manier avaient centuplé. La grue se mit à grincer; si on la force, nul doute qu'elle ne se brise. Que faire? Dans la disposition d'esprit où l’on se trouvait, le plus simple était d'émanciper les colonies.
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Sielles veulent se séparer de nous, qu'elles Île fassent. C'était le mot d'ordre. Tout le monde s’en souvient, tous ceux du moins dont les souvenirs remontent au delà de dix ans.
C'est sous le souffle puissant d'un homme hors ligne auquel le pays avait confié la swmma rerum, cest au bruit d'armes d’une grande guerre dans l’est de l'Europe, que l'Angleterre se réveilla. Dès ce jour on n'entend plus parler d'abandonner les colonies (et même l'Inde !). Tout au contraire, on rencontre pour la première fois, d'abord en Australie, une idée, non pas de séparation, mais de rapprochement :
l’idée d'une confédération avec l'Angleterre.
Mais les deux mouvements, celui de la séparation qui appartient au passé, et la tendance opposée qui gagne tous les jours du tèrrain, surtout dans les colonies, mais aussi en Angleterre, — ces deux mouvements, quoique opposés, ont la mème origine : la conviction de plus en plus répandue qu'il est impossible (par rapport aux colonies) de rester dans les anciennes ornières. L'ancien mécanisme ne fonctionne plus. Il faut le remplacer. Il faut du nouveau. C'est un problème qui s'impose. Je ne pense pas qu'il soit possible de l’ajourner. En cherchant la solution, on fera bien, il me semble, d’avoir en vue trois buts : assurer à la direction des affaires impé-
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riales (dans les colonies) le plus de stabilité possible; réserver à l’action exclusive du gouvernement impérial le contrôle des intérêts de l'homme de couleur là où il existe; enfin, sauf ces restrictions, laisser le champ libre au développement de l'autonomie locale dont jouissent les colonies à gouvernement responsable,
J'en arrive maintenant à la question si fréquemment agitée du loyalisme des colonies.
Je suis de ceux qui croient à ce qu'on appelle la loyauté des Australiens, et je ne vois qu’une éventualité où cette loyauté pourrait bien s’évanouir soudainement et complètement : c'est le cas où le gouvernement britannique répondrait par une fin de non-recevoir à certaines aspiations de l'opinion publique. Or, en Australie, l'opinion publique est l'opinion des masses, et les masses, assez bons juges de leurs intérêts locaux et spéciaux, mais peu éclairées en matière de politique générale, subissent l'influence continue et efficace d'une presse et d'orateurs de carrefour plus que radicaux et recevant leur mot d'ordre des Trade-Unions d'Angleterre et d'Amérique. Si, par rapport à une question quelconque, le publie croyait, à tort ou à raison, reconnaître dans une résolution finale du gouvernement impérial un déni de justice, ou si on pouvait lui persuader que l'Angleterre sacrifie
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