ARCHITECTURE ET SCULPTURE, L
m'a paru cependant si courte. Voici ce que je dirai seulement à propos de l'architecture : les monuments les plus anciens, ceux qui remontent à la deuxième décade du quinzième siècle, la célèbre mosquée d’'Ahmed-Shah, connue sous le nom de Jami-Mejid, et celle de Rani-Sipri'! m'ont paru bien au-dessus des édifices, plus riches, plus imposants par leur étendue, mais moins simples et moins nobles de dessin et d'ornement, qui appartiennent au second âge d'or de la ville,
c'est-à-dire au dix-septième siècle.
En général, au point de vue de l’art classique et des lois généralement admises par les grands maitres, anciens et modernes, en matière d’'architecture, les mosquées d’Ahmedabad me semblent être estimées au-dessus de leur valeur. Sans doute elles offrent un ensemble bien séduisant. Vous sortez de la foule qui encombre la rue, vous pénétrez par un portail, à peine visible du dehors, dans une cour de la mosquée. Vous y trouvez le silence et le recueillement, sous le péristyle qui longe les murs une ombre délicieuse, et vos regards s'arrêtent avec délices sur Îles crêpes de marbre qui recouvrent les fenêtres,
sur les niches sculptées des pilastres, sur les
1. Jami-Mejid fut achevée en 1424, la mosquée de la Sullane en 1431,
tombeaux entourés d'arbres séculaires. L’ensemble vous charme, vous ravit, vous désarme. Mais, si vous examiniez froidement, vous auriez bien des observations à faire.
Ce que je place bien au-dessus de l'œuvre de l'architecte, ce sont les détails d’ornementation, surtout ces plaques de marbre transformées en voiles de dentelle qui tiennent lieu de carreaux ou de persiennes. On ne sait ce qu'on doit le plus admirer, de la richesse d'imagination du dessinateur où de la finesse de la sculpture, de l’habileté de l'artiste à travailler le bois ou à ciseler la pierre.
Le monument le plus somptueux et le plus récent” est le célèbre temple jaïnite bâti ou plutôt reconstruit aux frais de Hashi-Sing, un des riches marchands de la ville, qui doit y avoir dépensé un million de roupies*. M. Fergusson, dans son /7istoire de l'architecture, en fait un grand éloge. Pour ma part, je trouve l’ensemble riche, grand, mais non grandiose. Les proportions sont mesquines, les voütes basses, les sculptures grossières. La pauvreté d'imagination et l'absence complète du sentiment des proportions, que la richesse des incrustations et des marbres est