‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme]Chapitre 5 sur 175 · Population · texte numérisé non relu

Population

grands richards de Bombay, en sont exclus tant qu'ils vivent. Leurs corps seuls y sont admis pour être dévorés par des vautours dans Îles tours du Silence qui occupent le point culminant de ce paradis terrestre.

L'autre promontoire, celui de Colaba, porte sur son extrémité, qui est le point le plus méridional de Bombay, l'observatoire et le phare.

Entre ces deux langues de terre ou ces promontoires s'étendent plusieurs quartiers de la ville qui, avec Malabar-hill et Colaba, encadrent de trois côtés les eaux basses de l'arriére-baie, accessible seulement à de petits bateaux.

C’est sur la côte orientale de l’île de Bombay que se concentre la vie maritime. Le vaste port, protégé par le fort, s'ouvre sur le golfe en face de l'île d'Éléphanta et du continent. L'animation qui y règne témoigne de l'importance de la métropole du commerce de l'Inde.

Ce qui charme l'œil à Bombay, c'est la variété : variété dans les sites, dans la physionomie des rues, et dans celle de la population. Prenons pour point de départ le phare de Colaba. Vous remontez vers le nord entre deux nappes d’eau qui sont l'Océan. Vous gagnez le Bander d'Apollon et, après un bon déjeuner, bien servi au Yacht Club, vous pénétrez dans la ville propre-

ment dite, D'abord l'esplanade avec sès construc-

tions monumentales, le secrétariat où sont installés les bureaux du gouvernement, l'Université, l'asile des marins ; plus loin la cathédrale anglicane, qui date du commencement du siècle dernier, lhôtel de ville et tant d’autres édifices qui témoignent du goût moderne de l'Angleterre,

Vous vous dirigez vers les quartiers des Parsis et des Hindous, arrêté à chaque instant par les passants ou par des objets curieux, jolis, hideux, de toute façon nouveaux, dont vos regards ont de la peine à se détacher, Encore quelques pas el vous retrouvez l'Europe dans les grandes artères qui mènent vers Bycalla, le faubourg du nord qui donne son nom à un elub renommé dans le monde indo-britannique. Lei finit la ville. Le bruit et l'animation cessent brusquement. Pour rentrer à Parell, j'ai à traverser une prairie immense, un peu solitaire la nuit. Mais n’importe. Dans l'Inde, depuis le cap Comorin jusqu'aux bords de lindus et jusqu'au pied de l'Himalaya, l'Européen, je ne dis pas l'indigène, muni de son talisman qui est la couleur de su peau, peut voyager de jour et de nuit en parfaite sécurité.

Rentrons dans la ville des indigènes. Excepté le quartier des Parsis, qui, comme ses habitants, offre un caractère particulier, elle se distingue peu de toutes les villes de l'Inde. Mais

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les êtres animés y sont autres. D'abord il y a un grand nombre de femmes, tandis qu'elles sont très clairsemées ailleurs. lei vous les rencontrez partout. Regardez ce groupe : ce sont des femmes parsis. Vous les reconnaissez aux couleurs éclatantes de leurs robes et de leurs écharpes artistement drapées, à leur taille svelte, élancée, gracieuse ; aux regards limpides, aux veux chargés de paupières allongées, à l’ovale des joues, qui, comme la nuque et les bras nus, rappellent les chefs-d'œuvre de la statuaire grecque. Et quelle animation ! Elles causent, elles gesticulent, elles rient. Oui, elles rient. Rien de plus are dans linde que de voir sourire ; mais rire, c'est inoui, J'ai bien vu des domestiques hindous contracter leurs lèvres, par déférence pour le maître; mais c'était une grimace et non un franc sourire. lei, dans la bonne compagnie, on ne rit pas plus que chez nous on ne bâille.

A côté de ce groupe lumineux tout ensoleillé, passent dans l'ombre des maisons, avee une démarche de canéphores, des filles hindoues, vétues de blane, portant sur la tête un vase aux contours classiques : vraies déesses qui descendent de lOlympe déguisées en simples mortelles. Le dervis, ce fléau de la société indigène, avec son aspect sinistre, son regard haineux,

ses cheveux hérissés, couvrant sa nudité de quel-

ques oripeaux, se glisse parmi la foule d'hommes affairés de toutes races et de toutes croyances. Cette multitude, tantôt embarrassée par des charrettes attelées de bœufs, tantôt refoulée par les cabriolets élégants de négociants europr'ens, s’agite entre deux rangées de maisons en bois peint ou sculpté, devant des temples petits et grands, qui exhibent sur la façade leurs grotesques idoles. Ces sanctuaires ne se cachent pas derrière des enceintes, mais ouvrent leurs portes sur la rue, et les dévots entrent et sortent sans interruption. Oui, les vieux dieux règnent toujours. L'esprit

chrétien n’a pas encore prévalu sur cette civilisation moins parfaite, mais plus ancienne que la nôtre. Ce sont des fleuves qui se rencontrent, qui se croisent et s'entre-choquent sans jamais se confondre.

Autour de Parell il y a un pare, mais un parce des tropiques. Les paysages varient sans cesse, sans jamais perdre la couleur locale. C'est toujours l'Inde méridionale : des touffes de bananiers surmontées de l'éventail des cocotiers, des étangs encadrés de cocotiers, de longues avenues bordées de cocotiers. De petits temples çà et Ià. Le tout animé par les jeux de la lumière et de l'ombre.

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