LE FORT ET LES CIMETIÈRES
L'autre prince, qui n'a pas été gouverneur, occupe une misérable bicoque à laquelle mènent de tortueuses et sales ruelles, Il nous offrit quelques fruits en nous disant qu'il n'avait pas autre chose à donner, Pauvre jeune homme lil n'a pas accumulé de richesses et se trouve dans un état voisin de la misère, Voilà ce que c'est que d'être vertueux où de manquer de l'occasion de ne pas l'être,
J'ai visité aussi le palais du général Avitabile, de terrible mémoire. D'après une légende que j'aime à croire exagérée, le grand général de Ranjet-Sing avait une main de fer et ne mettait jamais de gants de velours. Mais, aujourd'hui encore, les Pathans vénèrent sa mémoire, C'est que les peuples barbares ont le culte de la force brutale, lors même qu'elle se manifeste par des
actes de cruauté.
Des bastions du fort on plonge dans le dédale des rues de la ville, Autour de l'enceinte, la plaine. Au nord, la chaine qui relie l'Himalaya aux contreforts des hauts plateaux de l'Asie centrale, Exactement à l'ouest, les montagnes qui forment les frontières de l'Afghanistan et, audessus d'elles, le rideau blanc de l'Hindou-Kouch.
126 LE PENJAB.
Dans la mème direction, à la distance de onze milles, on aperçoit le fort de Jamrud. Quoique situé à l'entrée même du Kaïbar-pass, sur le terrain neutre qui sépare les domaines de lémir de ceux de l'impératrice, ilest occupé par quelques W'oupes britanniques. Dans la direction opposée, à l'est, des hauteurs indéeises marquent le cours de lIndus. Vers le soir, par une atmosphère très claire, on peut distinguer le fort d'Atok.
Entre la ville et le cantonnement, des prairies sillonnées de belles routes et de belles avenues alternent avec des cimetières, que je n'ai pas visités. Dans un de ces derniers repose un missionnaire devenu célèbre, non par sa vie pieuse ni par sa mort tragique, mais par une malheureuse citation de la Bible insérée dans son épitaphe, La voici : Ci-git le révérend..….…., mis. sionnaire américain presbytérien, assassiné par son propre domestique. « Bien fait d bon et Jidele serviteur! » L'auteur, afin de rendre son œuvre intelligible aux indigènes, a fait graver sur la pierre tumulaire, à côté de l'inscription anglaise, une traduction en langue persane. Le sculpteur arabe chargé de ce travail a ajouté, également en persan, les mots : Ne riez pas.
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