ÉTAT TROUBLÉ DES DISTRICTS NEUTRES
Pendant mon voyage dans la péninsule, et je l'aitraversée dans sa plus grande étendue, du sud au nord, je n'ai jamais entendu parler de brigands attaquant des Européens. Les plus hauts fonctionnaires et les plus obscurs individus s'accordent à affirmer qu'un homme blanc peut voyager de jour et de nuit, la bourse à la main,
depuis le eap Comorin jusqu'au Sikkim anglais
et du Sikkim anglais à l’ancienne capitale du rovaume de Caboul, sans courir le moindre risque. Mais cette sécurité cesse brusquement à un ou deux milles à l'ouest de Peshawar, qui est l'Ultima Thule de Vinde britannique. Au dehors de la ville le manque de sûreté est si grand que des règlements sévères interdisent aux officiers et à tout Européen de s'éloigner du rayon de la cité. Les missionnaires qui trahissent des velléités de porter l'Évangile aux Afridis sont tenus de fournir caution. Ces mesures de précaution s'expliquent aisément. Les voyageurs hardis qui oseraient pénétrer dans ces régions seraient très probablement pillés, sinon massacrés, auquel cas le gouvernement se verrait obligé d'entreprendre une petite campagne pour châtier les coupables. Tous les districts limitrophes, depuis Peshawar jusqu'au Béloutchistan, sont surveillés par des postes, échelonnés le long de la frontière de l'Afghanistan. La plus grande
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vigilance est prescrite aux officiers pendant les marches. Dans les bivouacs, le soldat dort le fusil au bras.
Depuis la dernière guerre l'Afghanistan est strictement fermé aux blancs, mais de fortes caravanes ne cessent de traverser le défilé. On en compte aù moins deux par semaine. Elles viennent de Caboul, de Samarkand, du Turkestan. Après avoir disposé de leurs marchandises, elles retournent par la même route chargées de produits de l'Inde et de l'Angleterre. Le gouvernement, qui met le plus haut prix à voir prospérer un trafic déjà très considérable, a imaginé un moyen aussi téméraire qu'ingénieux, et jusqu'ici très efficace, de pourvoir à la sûreté des caravanes.
Le territoire qui sépare l'Afghanistan de l'Inde et que le Kaibar-pass traverse, est appelé neutre ou indépendant parce que ni les Afghans ni les Anglais ne le réclament. Des tribus demisauvages l'habitent. Celle des Afridis est la plus importante. Les hommes sont tous armés. Ils naissent, vivent et meurent brigands. C'est dans cette peupläde que le gouvernement recrute la troupe chargée de protéger les négociants et les marchandises pendant leur passage à travers le défilé. Elle se compose de cinq cents hommes, dont chacun est tenu de se munir d’un fusil à ses
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frais, ce qui lui est facile, puisqu'il le vole à son ennemi qu'il a tué dans une embuscade ou en combat singulier sur la place de son village. En revanche il reçoit une paye de neuf roupies par mois‘. Ces mercenaires ne sont pas en uniforme et ont l'air de ce qu'ils sont : des brigands. Au reste, libre à eux de quitter le service quand bon leur semble. Mais ne pourraient-ils pas être tentés de dévaliser leurs protégés? Sans doute.
Mais jusqu'à présent cela ne s’est pas vu. D'ailleurs on fait ce qu'on peut, et à l'impossible nul n'est tenu.
C'est à ce régiment d'Afridis échelonnés sur les rochers du défilé et surtout à certains endroits où d’autres tribus pourraient tenter une attaque contre nous que le colonel et mistress Watertield, un jeune officier et moi, précédés et suivis d'une forte escorte de cavalerie indigène, nous pouvons nous confier, sans courir Île moindre danger.
A sept heures du malin nous montons dans une voiture qui nous transporte rapidement à l'extrême frontière, Dans la plaine que nous Lraversons, la garnison manœuvre en présence du général Dandridge, C'est un beau spectacle, Une
heure après, nous arrivons au pied du mamelon