‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme]Chapitre 85 sur 175 · Voir p · texte numérisé non relu

Voir p

n en > en- Sssen-

Du 28 mars au 9 avril.

Calcutta. — La saison morte. — Les statues des grands hommes. — Pondichéry. — Ceylan. — Départ pour l'Australie. — Aperçu politique.

Calcutta. — Les chaleurs, précoces cette année, ont avancé la saison morte. Mayfair et Belgravia ont baissé leurs stores. Tout le monde est ou est censé être à Goodwood. Vos amis que vous rencontrez dans les rues ont l'air honteux. Ils se sont laissé prendre en flagrant délit de violation des lois de la fashion. Ts ont hâte de vous expliquer leur présence; ce sont des passants arrivés de la veille et partant le lendemain.

C'est le cas de Calcutta. La ville des palais fait sa sieste. Government-house est fermé. Le viceroi est parti pour Simla, emmenant avec lui sa cour et son état-major, précédé et suivi des chefs et sous-chefs des divers départements. Ceux qui

n’appartiennent pas au gouvernement central, et par conséquent ne sont pas admis aux honneurs et aux plaisirs de Simla, vont à Darjeeling. C’est le rendez-vous du lieutenant-gouverneur et du monde officiel de la présidence du Bengale. Calcutta se désemplit donc en ce moment-cei. Il n’y a que les cours de justice, czfallibil giustisia, qui siègent encore. Aussi c’est un homme de loi, l'aimable juge Cunningham, de la haute cour, qui a bien voulu m'offrir l'hospitalité, et c'est chez lui que j'ai eu l'avantage de faire la connaissance de quelques notabilités que leurs devoirs retiennent encore dans ce brasier : M. Rivers-Thompson, lieutenant-gouverneur du Bengale, le général Wilkinson, commandant de la division de la présidence, M. Tardney, président du collège de Calcutta, grand connaisseur du sanscrit, l’archevèque catholique M“ Goëtlan, Sir Richard Garth, chief justice, etc. Ici, comme dans nos capitales, la saison morte vous ménage quelquefois de ces agréables surprises. Vous rencontrez dans l'intimité des personnages que vous aviez, pendant des mois, coudoyés chaque soir dans la foule élégante. Alors vos relations se bornaient à un échange de poignées de main et de phrases banales. Maintenant on a le temps de s’étudier et de s’apprécier mutuellement, Pour moi c’étaient de nouvelles connaissances que je ne pouvais

, et UrS est du jalya qui l’aiai à lui de ent on, sral )l'éde ‘herth, api-

fois

ans Denule un bar et lent ais

LA SAISON. MORTE. 227 espérer de faire à cette époque dé l’année. Je me félicitai donc de cette aubaine, due au hasard et à l'amabilité de mon juge. Mais à part cés agréàbles rencontres et quelques voitures qui le soir animaient encore un peu la promenade de Maïdan, la ville semblait plongée dans un profond sommeil.

Cependant, éveillée ou endormie, Caleutta vuc de Howrah sur la rive gauche du Hougly où se trouve la gare, est magnifique, je dirais d’une tranquille et nonchalante magnificence. Cette impression favorable vous reste quand vous avez pénétré dans l'intérieur. Les maisons des fonctionnaires et de la haute finance que vous voyez ne Sont pas toutes des palais; mais elles vous rappellent les villas italiennes, d'autant plus qu'arbres et jardins ne font pas défaut.

Government-house, dont je n'ai pas vu l’intérieur, est un énorme palais en style soi-disant

classique. Il à l’âge de notre siècle et porte

l'empreinte du goût de cette époque. La valeur artistique de l’architecture peut être jugée diffé-

remment, mais personne ne contestera que l'Hin-

dou qui passe devant cet imposant édifice doit se dire que c’est un très grand seigneur, & very

big swell, qui y demeure. Sous ce rapport, l’ar-

tiste a atteint son but. Il y a d’autres constructions monumentales, comme le Town-hall, en

tr mercato

| }l (fl (l | | | | Î

style dorique, également du commencement du siècle, bâti aux frais des habitants; l'Hôtel du conseil du Bengale, la Haute Cour de justice, le pius récent des édifices publics, qui ne fut inauguré qu'il y a une dizaine d'années.

J'eime l’Esplanade et les Gardens, le Maidan avec la pagode importée de Birmanie qui fait une jolie décoration, et j'aime surtout les monuments des ‘lébrités anglo-indiennes, éparpillés sur la prome:::.. En passant sous la statue du grand Lord Lawrence, je retrouve dans cette belle tête inclinée, en bronze, les traits animés et sympathiques de sa fille, mon aimable hôtesse. Perpétuer la mémoire des grands citovens, pour peu que l'esprit de parti ne s'en mêle pas trop, est sans doute une belle coutume. Mais il faudrait décerner cet honneur seulement aux grands hommes dont le mérite ne peut ètre contesté par personne. Et c'est ce qui me semble être le cas ici. La promenade publique, Governmenthouse, Town-hall, la cathédrale de Saint-Paul, sont ornés de monuments, statues, inscriptions qui rappellent les gloires de l’Inde britannique : Warren Hastings', — le temps a dissipé les nuages qui avaient jeté leurs ombres sur cette grande figure — Cornwallis, Wellesley, le mar-

Page 1