‹ A travers l'Espagne [microforme]Chapitre 51 sur 85 · CU · texte numérisé non relu

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L'histoire d'Espagne offrait à se: poètes une mine abondante d'événements prodigieux, de luttes épiques, et de personnages chevaleresques. Romains et Visigoths, Juifs, Maures, et Chrétiens, se sont entrechoqués sous le ciel azuré de la Péninsule Ibérique. Tous y ont laissé des traces ineffaçables de leur passage, et des souvenirs de leur gloire.

Que de héros légendaires chantés par les poètes, depuis Rodrigue, le roi Visigoth détroné par Islam, jusqu’au Cid Campeador ! Quel monde de poésie évoquent les seuls noms de Tolède, de Cordoue et de Grenade ! Qne de fantômes l'imagination voit voltiger autour de l’Alhambra et du Généralife, ou dans les patios des alcazars |

À côté des rois maures et des Zambras voluptueuses, que de chevaliers chrétiens on voit surgir ! Quelle lutte de géants s'engage alors entre les enfants du Christ, et les fils du Prophète! Lutte unique dans l’histoire, qui a duré huit siècles, qui commence avec Pélage et qui finit avec le grand capitaine Gonzalve de Cordoue !

Le souffle qui anime le romancero espagnol est surtout patriotique, et l’on peut dire que tous ses chants sont essentiellement nationaux.

La plus ancienne peut-être des romances espagnoles est celle du roi Rodrigue, le dernier roi Goth. Elle

. chante sa défaite qui entraina la chute de sa dynastie,

et qui fit passer l'Espagne sous le joug des Arabes. Naturellement elle est profondément triste, et après avoir raconté la dernière bataille, elle finit ainsi :

‘ Rodrigue quitte ses tentes et fuit de son camp.

e “ Le malheureux est seul. Son cheval harassé peut , à peine se soutenir, il marche au hazard, et n'est plus , dirigé.

“ Le roi est si abattu qu’il perd quasi le sentiment ;

il meurt de soif et de faim, et c’est une douleur de le

s voir ; ilest si rouge de sang qu'il semble un charbon ardent.

. “ Ses armes d’un grand prix sont bossuées ; les coups

- qu'il a portés ont rendu son épée comme une scie, son

| casque déformé est enfoncé dans sa tête, son visage est enflé par la souffrance.

| - “Il monte au sommet d’une colline la plus haute

; qu’il aperçoit. De là, il contemple la défaite de son

armée, il voit ses bannières et ses étendards tellement foulés aux pieds que la boue les recouvre; il cherche des yeux ses capitaines, et aucun ne paraît, il regarde la plaine où le sang coule en ruisseau.

“ A cette vue, Rodrigue éprouve une grande douleur et, pleurant de ses yeux, il parle ainsi :

“ Hier, j'étais roi d'Espagne, aujourd’hui je ne le suis pas d’un seul village. Hier, j'avais des cités et des châteaux, aujourd’hui je ne possède plus rien.

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“ Hier, j'avais des serviteurs, tout un peuple prêt à m'obéir ; aujourd’hui il n’y a pas un créneau que je puisse dire à moi.

‘ Malheureuse fut l’heure, malheureux fut le jour où je naquis, et où j'héritai de cette grande seigneurie, |

puisque je devais la perdre toute entière en un instant. |

{| O mort, pourquoi ne viens-tu pas enlever mon âme à ce triste corps, je te recevrais avec tant de joie.”

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