AN
Moi, dans Paris ?
LE ROI
Où donc est l’extraordinaire ?
JEAN
Si c’est là que jamais nous devons nous revoir, Autant vaut renoncer de suite à cet espoir.
LKR ROI.
Et ponrquoi ce dédain ?
JEAN
De cet humble village
Je ne sortis jamais depuis mon plus jeune âge”;
J’y cultive le bien dont Dieu me fait jouir, Et dans ce petit coin, j’ai deux lits à ma guise ; L'un est dans ma maison et l’autre dans l’église ;
Ils suffiscnt tous deux pour vivre et pour mourir. LE ROI.
À vous en croire alcrs, jamais de votre vie, Vous ne viîtes le Roi...
JEAN
Je n’en ai point d'envie.
Nal plus fidèlement ne lui garde sa foi, Et ne l’a respecté comme je le fais, moi,
Qui ne le vie jamais.
LE ROI
Et cependant il passe Par ici mille fois pour aller à la chasse.
JEAN
Moi, je me cache alors au fond de ma maison, Et vous savez déjà quelle en est ia raison :
Je l’honore de loin et sans voir son visage : Mais par réflexion je crois être, en petit,
Un roi comme le roi, même avec avantage.
Car je dors mieux et mange avec plus d’appétit.
LE ROI
Ah ! vous avez raison.
JEAN
Plus que lui, je suis riche, Car je puis prodiguer le temps dont il est chiche, Si je veux aller seul, je m’en vais seul sinon, Je choisis à mon gré, quelque bon compagnon ; Bref, de ma voionté je suis roi sans contrôle, Sans souci, sans affaire, et c’est le meilleur rôle : Car le plus grand bonheur où tendent nos désirs C’est bien, sans contredit, d’être riche en loisirs,
Pad
LE ROI, à part.
Philosophe des champs, ah ! combien plus encore
Je t’envie......…..
JEAN
En été, je me lève à l’aurore, * Car c’est mon bon plaisir; et mon promier devoir Est d’aller à l’église où j'entends une messe Que nous dit le curé, qui veut bien recevoir Mon aumône du jour, suffisante largesse Pour que nos indigents puissent un peu dîner ;
Après quoi je reviens, tout joyeux, déjeûner. LE ROI.
De quoi déjeûnez-vous ?
JEAN
Oh! d’une bagatelle ; De deux morceaux de lard dont la graisse ruisselle ; Au milieu l’on découvre un jeune et gras pigeon, Ou même quelquefois un honnêto chapon.
Si mes fils sont levés, nous causons de la grange, Et selon la saison, de moisson, ou vendange, Jusqu’à près de midi ; puis tous trois nous dînons.