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Cette peinture du bonheur champêtre ravit le roi, et M1
il fait entrer Jean dans tous les détails de sa vie journa- ù il lière. Puis, il l'amène adroitement à lui exprimer ses (h -
sentiments à l'égard du roi : li
JEAN
Je suis roi dans mon coin...pourtant, si notre roi 1h He Me demandait mes fils et ma maison...ma foi, | Comptez qu’ils sont à lui, n'importe où je le trouve ;
Je le dis et c’est vrai, qu’il vienne et qu’il m’éprouve ;
Il verra qui je suis.
LE ROI
Vous m’étonnez vraiment, Quoi ! Si le roi jamais avait besoin d’argent, Vous lé lui préteriez ?
JEAN
Oui, toute ma fortune, M'eût-il fait mille torts ! Tout ce que nous avons N'’est-il pas bien à lui, si nous le lui devons ? 11 veille, tout armé, pour la cause commune,
11 nous garde, et son bras nous conserve la paix. LE ROI.
Allez le voir, il peut vous anoblir,
JEAN
Jamais.
Car je n’en suis pas digne, et sachez-le quand même, Pour moi, ce petit coin est le bonheur suprême.
Le roi admire de plus en plus. Il prend le souper avec le laboureur, et fait la connaissance de toute sa famille.
Mais, après la chasse, une fois rentré dans son palais, il veut mettre à l'épreuve le dévouement de Jean, et lui envoie demander cent mille écus. Le laboureur s'exécute de bonne grâce.
Plus tard, il lui fait demander son fils pour un poste à la cour, et sa fille pour être dame d'honneur. C'est un sacrifice immense pour le vieux Jean, mais il sy résigne en pleurant.
Enfin le roi lui envoie l’ordre de se rendre lui-même au palais, et l'on peut imaginer sa confusion et son embarras, quand il reconnait dans le roi le gentilhomme auquel il a donné l'hospitalité.
Le roi le fait manger à sa table, nomme son fils gouverneur de Paris, marie sa fille avec un grand seigneur, et pour punir le vieillard de n'avoir pas voulu le voir auparavant, il le condamne à le voir désormais tous les jours, en le faisant son majordome.
La comédie ne dit pas si le majordome fut heureux ; mais je suis bien sûr qu’il a dû regretter souvent ses champs couverts de moissons et la vie paisible de son village.
Une autre comédie, qui a aussi son côté champêtre et qui est tout à fait remarquable, met en scène les plus nobles et les plus fiers caractères qu'il soit possible de rencontrer parmi les paysans, les Tello de Meneses.
Il y a tant de beautés dans cette pièce que je ne puis résister à la tentation de l’analyser. Elle prouve d’ailleurs que l’on a eu bien tort de soutenir que Lope de Véga ne savait pas dessiner des caractères.
Le roi de Léon a voulu marier sa fille, l’infante Elvire, au roi maure de Cordoue et de Tolède. Pour échapper à ce mariage odieux l’infante s’est enfuie, et pour échapper à la misère elle s’est mise en service chez des laboureurs puissamment riches, les Tello de Meneses. Elle a pris le nom de Juana, et personne ne connaît son origne.
Tello, le vieux, a un fils de vingt ans remarquable par son intelligence, par ses goûts distingués et ses hautes aspirations. Sous l’habit de la servante il a deviné la femme noble et distinguée, et il en devient éperdûment amoureux. L’orgueil de l’infante la protège quelque
temps contre cet amour; mais elle finit par s’éprendre elle-même du jeune Tello.
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