‹ A travers l'Espagne [microforme]Chapitre 61 sur 85 · VOUS · texte numérisé non relu

VOUS

Ainsi finit la pièce qui est très dramatique, et qui est

remplie des plus nobles sentiments.

Lope de Véga a fait aussi beaucoup de drames héroïi-

ques, dont les sujets sont empruntés tantôt à l’histoire

d’Espagne, tantôt aux chroniques italiennes.

En voici un intitulé : “ l’Argent fait la noblesse ”, et qui s'ouvre par un tableau des plus saisissants.

Une révolution a renversé le roi de Naples, et Julia Laurencia est proclamée reine. Elle fait son entrée dans la ville au milieu d’une pompe extraordinaire.

Toutes les maisons sont pavoisées de mille couleurs, excepté une seule qui reste sombre et triste. (C’est la demeure du comte Federico, qui a combattu pour le roi détrôné, et sacrifié toute sa fortune à son service.

Il est seul avec ses trois fils, Rufino, Luciano, Octavio, et il les fait ranger sur son balcon, en leur disant :

‘“ Vous allez servir d'ornements à ces murs nus et délabrés, puisque je n’ai point d’autre étoffe à y suspendre ; vous êtes vous-mêmes l’étoffe vivante de mon âme, et je vous mets devant cette misérable maison tous les trois, pour que l’orgueilleuse qui va passer puisse voir, devant la plus pauvre demeure, la plus riche des

tentures.

Rufino.

Seigneur.

Luciano.

Mon père...

Octavio.

Vous pleurez.......… Le Comte Federico.

Couvrez, couvrez ce pauvre mur.

(Les trois fils se rangent le long des murailles.)

Rufino.

Serons-nous bien ainsi ?

Le Comte Federico.

Vous en couvrez bien peu, hélas ! Etendez aussi vos

bras !

Rufino.

Sommes-nous bien ?

Le Comte Federico.

Oh !'brocards que je trouve plus beaux que tous ceux de soie et d'or! On fait bien d'appeler la pauvreté une

Page 1