‹ A travers l'Espagne [microforme]Chapitre 65 sur 85 · RÉ SS · texte numérisé non relu

RÉ SS

Voulez-vous savoir quelle est la religion d'une duègne ?—‘* C'est de parler, répond Calderon ; ce serait une apostasie si elle s’avisait de se taire.

‘“ Plutôt que de faire ce que vous demandez, dit une de ses héroïnes, je perdrais la vie.” Et moi, dit une autre, je resterais fille, ce qui est bien plus pénible encore.”

Ce qui est à la fois curieux et intéressant dans les œuvres de Calderon c’est l'extrême variété des personnages, et les styles différents qui s'adaptent aux divers sujets qu'il traite.

Parfois sa manière a les fadeurs et les préciosités qui distinguaient ses prédécesseurs et les écrivains français de cette époque ; c’est ainsi qu'il fera le portrait d'une belle : ‘“ chaque tresse de sa blonde chevelure est un rayon de soleil ; sa peau blanche et fine a la fraicheur et l'éclat de la neige ; ses sourcils sont deux arcs-enciel, ses yeux des étoiles brillantes, ses joues des roses entourées de jasmin, ses dents des perles du plus bel orient, son cou un bloc d'ivoire gracieusement arrondi, sa taille celle d’une nymphe ”.….

D'autres fois, son style se rapproche plutôt du genre romantique, et, comme les dramaturges de nos jours, il associe la nature physique aux sentiments de ses héros. Ainsi, dans /’Alcade de Zalaméa, Isabelle s'écrie sur un ton lyrique: “O0 jour, ne viens plus éclairer le monde... O vous dont le règne ne dure qu’une nuit, fugitives étoiles, ne permettez pas que l'aurore vienne si tôt vous remplacer dans la plaine azurée du ciel ; son aimable sourire et ses larmes ne valent point vos douces

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clartés ; et s’il faut enfin que l’aurore se montre, qu’elle ne laisse voir que des larmes! Et toi, soleil, prolonge ton séjour dans le sein des mers écumantes ; souffre pour cette fois du moins que l'empire douteux de la nuit dure quelques heures de plus. Soleil, sois sensible à ma prière ; fais en sorte qu'on puisse dire que tes faveurs sont volontaires, et non l'effet d'un ordre invariablement établi ”.….

Il est un sentiment qui domine dans toutes ses œuvres, et dont il ne se départit jamais ; c’est celui de l'honneur. Le noble et le roturier ne l’entendent pas de la même manière, mais tous proclament bien haut qu’ils le possèdent et sont fidèles à le défendre.

—“ L'honneur ne s'achète pas, dit un noble hidalgo. Le routurier qui s'achète un titre de noblesse, ressemble à l’homme chauve qui porte une perruque. Jene veux pas d’un honneur postiche. ”

Un simple bourgeois lui dit: ‘“* Je saurai défendre mon honneur au péril de ma vie.

— L'honneur d'un vilain!

-— Est le même que le vôtre, reprend le bourgeois : nous devons sacrifier pour le roi nos biens, notre vie ;

mais l’honneur, c'est notre âme : elle n'appartient qu’à Dieu !”

Les brigands eux-mèmes parlent et agissent suivant les notions qu'ils ont de l'honneur. Il y avait jadis dans la Sierra Morena une bande de voleurs qui ne prenaient aux passants que la moitié de l’argent qu'ils avaient.

On sait que pendant plus de sept siècles les Castillans ont fait la petite guerre contre les Mores.: Ils étaient

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