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organisées en bandes, et pratiquaient le brigandage contre les fils du Prophète, partout où ils les rencontraient. Ce genre de brigandage s’est souvent reproduit en Espagne depuis lors, et l’on a appelé ces bandes organisées guerrillas.
Les g'uerrilleros d'autrefois n'étaient pas toujours des saints, mais ils croyaient faire œuvre pie en pillant et dévastant, et ils faisaient dire des messes pour le succès de leurs entreprises.
Un des héros de Cervantes, dans son roman ‘ Rinconnet et Cortadille ” dit à un jeune homme:
“ Vous êtes donc voleur ?
— Oui, pour servir Dieu et les honnêtes gens.
— Peut-on servir Dieu ainsi ?
—$Seigneur, je ne me mêle point de théologie, mais chacun doit le servir dans l’état auquel il est appelé. ”
Sans contredit, ces brigands valaient beaucoup mieux que bien des honnéles gens de nos jours qui font fortune dans les intrigues politiques et dans l’agiotage.
Certes la politique d'alors était bien différente ; et parmi les gouvernants du jour il en est bien peu qui pourraient dire comme Charles-Quint: ‘“ Je veux que la récompense aille au-devant du mérite, et non que le mérite soit forcé de solliciter la récompense ! ”
Un autre côté fort intéressant des mœurs de ce temps-
là se trouve dans le dernier duel en Espagne, l'une des
plus belles comédies de Calderon. Le poète y a mis en scène de curieux détails sur les 1sages de la chevalerie et les combats en champ clos.
Le duel était alors un combat singulier, autorisé par
les lois pour de justes causes, et qu’on accompagnait des formalités les plus solennelles, et d'un cérémonial très imposant.
Tout d’abord, l'autorisation de se battre était demandée à l’empereur, et le différend lui était soumis. Dans le cas mis en scène par Calderon, il est référé au Connétable, chef de la justice et capitaine général des troupes.
Le Connétable par l'entremise des parrains, tente une réconciliation, et, quand il constate qu’elle est impossible, il accorde le combat. Il a lieu sur la place du palais de Valladolid, en présence de l’empereur Charles-Quint et d’un grand nombre de chevaliers. Les deux champions jurent sur l'Evangile qu’ils ne se battent pas par haine, rancune ou vengeance, mais seulement pour soutenir leur honneur et le défendre.
Ils jurent de plus de combattre à armes égales, sans ruse, avec franchise et loyauté, sans avantage l'un sur l’autre. |
Charles-Quint est assis sur un trône à l'extrémité du champ clos. Les hérauts d'armes se placent aux angles de l’estrade du trône. Aux pieds du roi, le connétable dans un fauteuil, avec une table devant lui et un missel,
À l'autre extrémité du champ clos, deux tentes où sont les duellistes avec leurs parrains et leurs suites :
Le Connétable.
“ Que les quatre hérauts d'armes fassent faire silence. Que le premier publie le ban à haute voix.
Le premier héraut d'armes :
Ecoutez, écoutez tous.
De par le roi et son connétable, défense est faite, sous peine de la vie, à toute personne, sans exception, de franchir la barrière du champ. Défense est également faite, sous la même peine, et tant que le combat durera, d'élever la voix pour applaudir ou blâmer l’un ou l’autre des deux champions, quoi qu’il arrive, de faire des signes de la main, des yeux ou de telles manières que ce soit, enfin, de se petmettre aucune action, parole ou mouvement quelconque qui puisse exciter l’ardeur ou affaiblir la confiance de l’un ou l’autre des combattants.
Les quatre hérauts d'armes à la fois.
Écoutez, écoutez tous : ainsi l’'ordonnent le roi et son connétable.
(Les tambours battent au champ. Don Pèdre, armé de pied en cap, sort de la tente accompagné de son parrain et autres chevaliers. , Le connétable s'’avance vers lui pour le reconnaître.)
Le Connétable.
Quel est le chevalier arnié de pied en cap qui se présente ? Chevalier, qui êtes-vous ?
L'amiral.
Celui qui vous demande l'entrée est don Pèdre de Torrellas.
Le Connétable.
S'il ne relève,pas sa visière, je ne le reconnais pas.
L'amiral.
(Soulevant la visière de Don Pèdre.) Le connaisssez-vous à présent ?
Le Connétable.
Oui; qu'il entre: mais qu'il ne dépasse pas cette ligne, et que personne autre n'entre avec lui. Attendez ;
on m'appelle de l’autre côté.
(Les tambours battent au champ, Don Jérôme sort de l’autre tente, armé de pied en cap avec son parrain et autres chevaliers. Le connétable s’avance vers lui.)
Le Connétable.
Chevalier, qui entrez ici armé de pied en cap, votre nom ?
Le marquis de Brandebourg.
C’est don Jérôme de Hansa.
Le Connélable.
Si je ne vois son visage, je ne puis l’attester.
Le marquis
(Soulevant la visière de Don Jérôme.) À présent vous le reconnaissez.
Le Connétable.
Qu'il entre, et que sa suite n’aille pas plus loin. Che-
valiers, le champ est ouvert: jurez de nouveau que
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vous combattez pour l'honneur et non pour une vengeance particulière. Qu'on sonne l’Ave Maria.
(Tout le monde se met à genoux. La caisse retentit de nouf coups de baguette, de trois en trois roulements ; tout le monde se relève, et le connétable retourne à son siègo.)
Chevaliers, baissez la visière, embrassez vos parrains. Au combat, chevaliers !
Tous.
Allons, chevaliers, que Dieu et votre bon droit vous favorisent.
(On sonne la chargo. Le combat commence d’abord avec ln hache d'armes, ensuite avec l'épée ; enfin ils se saisissent corps à corps. Le roi jetto la verge d'or sur le chnmp de bataille : les parrains s’élancent sur oux pour les séparer. Les deux champions ne veulent pas céder et cherchent à continuer le combat. Le connétablo relèvo ln verge d'or, le roi se lève sur sou trône et paraît irrité de leur obstination.)
Le Connélable.
Ils en sont venus à se prendre corps à corps. Le roi a
jeté sur le champ du combat sa verge d’or : tout com-
at doit cesser à l’instan e. Pärrains, séparez-les. bat doit ces l’instant même. Parrai é |
Charles V.
(Descendant de son trône)
Qu'est-ce donc ? J'ai déposé la verge d’or : j'ai pris
sur moi la cause de tous deux; je les déclare bons che- . valiers ; et leur fureur est telle qu'ils continuent encore ! Qu'on les arrête à l'instant,
L' Amiral.
Ah! sire !
Le Marquis.
Ah! sire!
Charles V.
C'est assez.…....c'est assez... Rendez grâce à de tels parrains. Je veux bien pardonner ; qu’on détache leurs casques. Donnez-vous l'un à l’autre la main, en signe d'amitié. Vous avez fait vos preuves de valeur ; je veux que cette valeur me soit utile dans d’autres occasions plus glorieuses.”
On voit dans quelles conditions le duel était permis et de quelles précautions on l’entourait pour éviter les malheurs qu’il pouvait causer. Mais ce n’est pas tout, et pou: juger mieux encore les mœurs d'alors il faut connaître le dernier mot de la pièce.
Quand les deux champions se sont donné la main, et qu'ils se sont tous deux fiancés avec leurs belles, présentes au combat, Charles-Quint dit au Connétable :
‘# Connétable, écrivez sur le champ au pape Paul III, qui occupe aujourd’hui le Saint-Siège, que je le supplie de faire condamner par le concile de Trente, actuellement assemblé, cette coutume barbare que les idolâtres nous ont laissée. Je veux que l’abolition des duels date de mon règne, et que celui-ci soit le dernier.”
Calderon. mettait volontiers en scène les rois et les grands seigneurs, et leur donnait alors non seulement des leçons de morale, mais aussi des règles de gouver-
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nement. C’est le but qu’il s’est proposé sans doute dans une de ses pièces les plus curieuses intitulée : “ La vie est un songe.”
Un roi de Pologne, très savant et surtout grand astrologue, a un fils qui a reçu en naissant le nom de Sigismond. Mais ce fils est né au moment d’une éclipse de soleil, et sa mère est morte en lui donnant le jour.
C’est un fâcheux pronostic pour le roi, et, en consultant ses livres et les astres, il croit découvrir que cet
enfant sera le prince le plus cruel et l: monarque le
plus impie, qu’il renversera son père du trône, et gouvernera mal son peuple.
Alors il fait publier que son fils est mort en naissant, et il le relègue dans une tour solitaire bâtie sur un rocher, dans des montagnes inaccessibles. C’est au milieu de ce désert que l'enfant grandit, sans autre société qu'un vieillard qui lui enseigne les sciences et l’instruit dans la foi catholique.
Mais un jour le roi entend les cris de sa conscience qui lui reproche sa conduite, et réunissant sa cour il raconte tout, et décide de tenter une expérience. Il va faire transporter son fils pendant son sommeil, de sa tour solitaire au palais ; il va l'installer sur son trône et lui laisser croire quand il s’éveillera qu’il est le roi.
Si son fils se montre alors prudent, sage et bon, il le gardera près de lui et le fera bientôt roi légitime; mais s'il se montre orgueilleux, intraitable et cruel, il le fera renfermer de nouveau pendant son sommeil dans la tour solitaire. Ce ne sera plus alors une cruauté, mais un châtiment.
Le projet du roi est mis à exécution, Un narcotique puissant est administré au prince qui s'endort d’un sommeil léthargique ; et quand il se réveille, il est dans un palais somptueux, dans le brocart et la soie, entouré de valets qui le servent. Son vieux professeur lui apprend alors qu'il est le prince héritier de la couronne, et pourquoi il a été tenu renfermé depuis son enfance.
En apprenant cette nouvelle le prince entre en fureur, et non seulement il condamne à mort son vieil ami,mais il veut le tuer de ses mains. Les vulets s’interposent, mais il menace de les jeter par les fenêtres.
Les courtisans sont traités de la même manière, et quand on lui parle de justice, il répond qu'il n'y a de juste que son bon plaisir.
Un valet ose lui résister, il le saisit et le précipite du haut d’un balcon.
Enfin son père se présente, et il le repousse en lui disant : ‘“ Je me passerai de vos embrassements comme j'ai fait jusqu'à ce jour. Que m'importent après tout les caresses d’un père qui m'a traité avec tant de rigueur, qui m'a fait élever parmi les bêtes sauvages et m'a renfermé comme un monstre ! ”
Vient une dame de la cour, remarquable par sa beauté. Le prince lui fait une déclaration d'amour,et comme elle ‘veut se retirer, il lui commande brutalement de rester.
“ Vous n'oseriez, ni ne pourriez manquer aux égards que vous me devez, dit-elle.
“__Ne serait-ce que pour vous montrer que je le puis, je suis capable de perdre le respect que je vous dois ; car je suis porté à faire tout ce qu'on me dit être au-delà
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de mon pouvoir... J'ai jeté un homme par cette fenétre, prenez garde que je n’y jette aussi votre honneur.” Enfin, le prince fait preuve d’un caractère tellement emporté et violent, qu'on l’endort de nouvean, et qu'on le reporte dans sa tour, où il se réveille bientôt, enchaîné et couvert de peaux de bêtes, Alors, son vieux gouverneur, Clotaldo, lui dit que
tout ce qu'il a vu et fait n'était qu'un rêve. ‘“ Mais même dans un rêve, ajoute-t-il, vous auriez dû, Sigismond, vous conduire autrement que vous avouez l'avoir fait. Même eu rêve, il est beau et utile de faire le bien.
Sigismond.
Il dit vrai. —Réprimons donc ce naturel farouche, ces emportements, cette ambition pour le cas où je viendrais encore à rêver. Il le faut et je le ferai, puisque je suis dans un monde si étrange que vivre c’est rêver, et je sais par expérience que l'homme qui vit rêve ce qu'il est jusqu'au réveil. —Le roi rêve qu'il est roi, et il vit dans cette illusion, commandant, disposant et gouvernant, et les louanges mensongeuses qu'il reçoit, la mort les trace sur le sable et d’un souffle les emporte. Qui donc peut désirer de régner, en voyant qu'il lui faudra se réveiller dans la mort.........Il rêve, le riche, en sa richesse qui lui donne tant de soucis ; —il rêve, le pauvre, sa pauvreté, ses misères, ses souffrances ; —il rêve, celui qui s'agrandit et prospère ;—il rêve, celui qui s'inquiète et sollicite ; —il rêve, celui qui offense et outrage ;—et dans le monde, enfin, bien que personne ne s’en rende compte, tous rêvent ce qu'ils sont. Moi-
même, je rêve que je suis ici chargé de fers, comme je rêvais naguère que je me voyuis riche et puissant. Qu'est-ce que la vie? Une illusion, une fiction. Et c'est pourquoi le plus grand bien est bien peu de chose, puisque la vie n’est qu'un rêve, et que les rêves ne sont que des rêves,”
Mais nne révolution éclate, et les rebelles, voulant secouer le joug du vieux roi, viennent offrir le sceptre et la couronne au malheureux prince.
Sigismond.
“ Qu'est-ce donc, grand Dieu !......Vous voulez encore que je rêve de grandeurs qui s'évanouiront le lendemain ! Vous voulez qu'une fois encore mes ÿeux aperçoivent je ne sais quelle vaine apparence de majesté et de pompe qui va disparaître au moindre souffle ! Vous voulez qu’une fois encore je m’expose à un pareil désenchantement et que je coure ces dangers inséparables du pourvoir ! Non, cela ne peut pas être, cela ne sera pas... . Regardez-moi désormais comme un homme soumis à sa fortune ; et puisque je sais maintenant que la vie n’est qu'un rêve, disparaissez, vains fantômes, qui pour m'’abuser avez pris une voix et un corps, et qui n'avez en réalité ni voix ni corps ! Je ne veux point d’une Majesté fantastique, je ne veux point d’une pompe menteuse, je ne veux point de ces illusions qui tombent au premier souflle,— semblables à la fleur délicate de l’amandier, que le plus léger souffle emporte au loin, et qui laisse alors tristement dépouillées ces branches dont ses couleurs charmantes faisaient le gracieux orne-