‹ A travers l'Espagne [microforme]Chapitre 68 sur 85 · AN D OU OUT EE OO EL · texte numérisé non relu

AN D OU OUT EE OO EL

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Le vieux roi lui répond en le pressant sur son cœur, et en lui remettant son sceptre et sa couronne.

Et comme il faut que toute comédie finisse par le mariage, le prince épouse Éstrella, dont le rôle dans cette pièce n’est que secondaire.

Schlegel, parlant des comédies de Calderon, dit: “ elles finissent par le mariage comme celles des anciens. Mais combien tout ce qui précède ce mariage n'est-il pas différent ! Dans les pièces anciennes on se sert de moyens très immoraux pour satisfaire des passions sensuelles ou remplir un but égoïste; les hommes épient leurs faiblesses mutuelles et se combattent avec leurs forces morales, comme s'ils luttaient avec leurs forces physiques. ;

‘“ Dans les pièces espagnoles, au contraire, on voit régner cette ardeur passionnée qui ennoblit toujours les désirs de l’homme, parce qu’elle les met hors de propor-

tion avec toute jouissance matérielle... L'’honneur,

l'amour et la jalousie sont les ressorts de ces comédies. Le jeu hardi des passions les plus généreuses forme le tissu de l'intrigue, et aucune fourberie vulgaire n’y vient mêler ses fils grossiers. L’honneur est toujours un principe idéal, car il repose sur cette morale élevée qui consacre les principes des actions, sans avoir égard aux conséquences... Caldéron donne aussi aux femmes un sentiment d'honneur également prononcé, qui l’emporte sur l’amour ou tient sa place à côté de lui. Ne pouvoir aimer qu'un homme irréprochable, l’aimer avec une pureté parfaite, ne souffrir aucun hommage équivoque, aucune atteinte à la dignité la plus sévère, voilà

en quoi le poète fait consister l'honneur des femmes. La jalousie n'a pas dans les mœurs que dépeint Calderon, comme dans celles de l'Orient, la possession pour objet, elle s'attache aux plus légères émotions du cœur et aux signes imperceptibles qui les trahissent ; c’est un genre de jalousie fait pour ennoblir un sentiment qui, dès qu'il n’est pas entièrement exclusif, est altéré dans son essence la plus noble et la plus intime.”

Je ne suis pas prêt à adopter entièrement cette opinion du critique allemand qui me paraît un peu optimiste, et je crois devoir citer comme correction ce qu'’ajoute un critique français :

“ Il ne faut pas croire aveuglément M. Schlegel, lorsqu'il vante d’une manière absolue la pureté de sentiment des personnages de Calderon. Dans plus d’une occasion il met dans la bouche de ses amoureuses une formule qu'il avait adoptée : “ Ici je me tais; ma honte doit vous dire, ce que ma bouche ne peut vous répéter.”

‘ Il y a mieux, ou, pour vous parler plus juste, il y a pire. Il fait quelquefois le spectateur, non pas témoin, grâce à l’opacité des décorations et des coulisses, mais confident immédiat d'événements dont le récit seul nous choquerait.

“ On doit reconnaître pourtant qu'il a sur ce point un grand avantage sur Lope. Cela dut tenir au siècle où il vivait. La réunion de toute l'Espagne sous le même gouvernement, l'essor prodigieux qu'avaient pris

la littérature et les arts, l'augmentation de l’aisance des citoyens, les connaissances rapportées par les militaires de leurs voyages en Italie, en Allemagne, en France,

devaient avoir singulièrement avancé la civilisation dans l'intervalle qui s’est écoulé entre le règne de Philippe II et celui de son petit-fils. La décence de l’expression, non-seulement dans les pièces de Calderon, maïs dans colles de ses contemporains, suffirait pour prouver combien la société avait reçu d'amélioration sous ce rapport. ”

Quoiqu'il ait inventé et dénoué dans ses comédies beaucoup d'intrigues amoureuses, ce n’est pas dans ce genre que Calderon réussissait le mieux. Je crois même qu'en cultivant ce genre il a obéi moins à ses goûts qu’à ceux du public et aux mœurs de son époque.

“ Je crois, avec Schlegel, que c’est dans les compositions religieuses que les sentiments de Calderon se déploient avec le plus d'abandon et d'énergie.

‘Il n’a peint l'amour terrestre que sous des traits vagues et généraux. Il n’a parlé que la langue poétique de cette passion. La religion est son amour véritable, elle est l’âme de son âme, ce n’est que pour

elle qu’il pénètre jusqu’au fond de nos cœurs, et l’on croirait qu’il a tenu en réserve pour cet objet unique nos plus fortes et nos plus intimes émotions. Ce mortel favorisé s’est échappé;de l’obscur labyrinthe du doute, et a trouvé un refuge dans l’asiie élevé de la foi.

“ C’est de là qu’au sein d’une paix inaltérable il contemple et décrit le cours orageux de la vie. Éclairé de la lumière religieuse, il pénètre dans les mystères de la destinée humaine ; le but même de la douleur n’est plus une énigme pour lui, et chaque larme de l’infortune lui paraît semblable à la rosée des fleurs dont la

éraatééttintansésionsr care.

\ moindre goutte réfléchit le ciel. Quel que soit le sujet | de sa poésie, elle est un hymne de réjouissance sur la

beauté de la création, et il célèbre avec une joie tou-

jours nouvelle les merveilles de la nature et celles de

l’art, comme si elles lui apparaissaient dans leur jeu-

nesse primitive et dans leur plus éclatante splendeur.”

Calderon se plait trop à raconter, et se complait dans

les descriptions. Dans le dialogue il n’est pas aussi

brillant que Lope. Il n’a pas sa verve et sa gaité.

Mais il est plus philosophe, plus profond penseur, et

son style est plus soigné.

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