RE EE ESS
Marica.
Que je ne montre pas mon honneur à tout le monde, voilà une histoire!
Diego.
Quelle mule tu fais, Marica! L’honneur en question est un honneur moderne, commode, et divertissant au possible; un honneur enfin qui n’a rien de mauvais, qui n’est pas bon non plus, qui va comme il peut son chemin, droit ou tortu, qui aux uns paraît blanc, qui aux autres paraît noir, mais qui généralement attire l'admiration et l'estime. Comprends-tu ?
Marica.
Pas un traître mot.
Diego.
Ecoute, je vais prendre un exemple. Surpose que je ne suis pas ton mari, que je suis à cent lieues de l'être, et que tu es la femme d’un autre; que nous nous rencontrons par hasard, que je te donne dans l'œil et te dise : quel grand air ! quels yeux si beaux! qu'ils sont agréables! et qu’ensuite je te dise : Madama, en vous voyant je me sens mourir. Ah! que va-t-il advenir de ma vie ? et que je te conseille et te presse de payer mes galanteries..……
Marica.
Eh bien! suppose à ton tour qu’en écoutant cela je deviens toute rouge, que je me lève de mon siége et te
réponds que tu es un homme ennuyeux et sans ver-
gogne.
Diego.
Suppose alors que je me mets à rire parce que je crois que tu plaisantes, que je te prends par une de tes mains, par les deux si je peux...
* Marica.
u Et que moi alors j'empoigne une chaise et te casse la
3, tête...
n Diego.
1i dec : bye AS ; Voilà, en effet, ce qui se fait ici. Mais c'est là un
re
honneur tout d’une pièce et bon seulement pour un petit endroit comme le nôtre ; là-bas il ne vaut pas le diable et tous en le voyant diraient...que sais-je, moi ?
Marica.
Et que doit répondre une femme mariée ? Voyons, dis-le-moi, que dois-je faire ?
Diego.
Prendre un air aimable, t’asseoir avec grâce, te mettre à parler tranquillement de n'importe quoi, et donner au moins des espérances. -
Marica.
Et que dira mon homme © Diego.
Moi ? Je ferai le mort : ce qui est d'usage n’a pas besoin d’excuse, Quand je verrais un régiment de galants autour de toi, il me faudrait leur faire la révérence, et aller tout droit mon chemin. Voilà ce qui s'appelle savoir vivre.
Marica.
Ce serait plaisant, nous aimant comme nous faisons.
Diego.
Marica, que dis-tu là? Nous aimer, étant mari et femme ! Quelle folie !
Marica.
Mais alors, qui m’'aimera ?
Diego.
Je ne sais pas, mais ce ne sera pas moi toujours ; je
ne suis, Dieu merci, ni assez ridicule ni assez sot.
Marica.
Mais quand nous serons seuls, tu me détesteras ?
Diego.
Je ne crois pas que cela aïlle jusque là, maïs je deman-
derai conseil...”
Après quelques autres extravagances, dans lesquelles les deux époux montrent bien leur sotte vanité et leurs
ridicules prétentions, ils reçoivent de Madrid une lettre
de leur agent les informant que le marchand auquel Diego
avait confié son argent pour le faire valoir, a fait faillite
et vient de s'enfuir.
La leçon est rude d’abord ; mais elle est d'autant
meilleure qu'après être revenus au train de vie qui leur
convient, le notaire qui leur a apporté et lu la lettre de Madrid, leur avoue que la lettre est fausse, et qu'il les a trompés pour corriger leur orgueil.
Ils pardonnent ce vilain tour au notaire, et tout est pourile mieux dans le meilleur des mondes.