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Passons à des spectacles plus consolants et plus dignes de l'humanité.
Au-delà des sommets qui dominent toute la ville, et qui sont couronnés par l’ancienne Kasbah des Arabes et par le fort l'Empereur, s'étendent de vastes plaines s’abaissant graduellement vers la mer. Une belle route carossable le; traverse et se prolonge assez loin dans l'intérieur. [] y a 40 ans, elles étaient à peu près désertes, et l'endroit qu'on nomme aujourd’hui Staouéli était couvert de broussailles, et peuplé de panthères, d'hyènes et de chacals. C’est alors que les Trappistes obtinrent du gouvernement un octroi de terres en cet endroit, et vinrent y jeter les fondations d'un couvent. Ils étaient peu nombreux, et presque sans ressources : aujourd’hui ils sont au nombre de 120, et leur établissement prospère dans une mesure étonnante. Les bêtes fauves ont été chasstes de leur repaire, et à la place des broussailles et des tannières se déploient de grandes vignes, de belles orangeries et d'immenses champs de gœéraniums. Les aloës et les cactus bordent les chemins, les eucalyptus étendent leur feuillage toujours vert, et au-dessus des arbres qui bordent une large avenue, se dresse une façade sévère, couronnée de quelques statues, avec cette inscription au-dessus de sa porte : Janua cæli.
La visite de ce couvent m'a fort intéressé. Après avoir traversé une première cour, ombragée par deux grands
bosquets de palniers, j'entrai dans le cloître propre-
ment dit, où le père, qui me servait de guide, me mon-
tra une inscription qui m’imposait le silence. Je le suivis, et nous parcourümes ensemble tout le cloître sans échanger une parole.
Les murs sont couverts d'inscriptions rappelant la brièveté de la vie, l'éternité, les mérites de la pénitence, et le vrai bonheur naïssant de la douleur volontaire. L'une d'elles m'a particulièrement frappé, je la reproduis :
“ Le cloître est un tombeau où la mort commence la vie ”.
Au réfectoire j'ai lu cette autre :
“ Noit que vous mangiez soit que vous buviez, faites tout pour la gloire de Dieu ”
Le diner des religieux était servi, en voici le menu : 1° un potage de légumes bouillis dans de l’eau avec du poivre et du sel ; 2° un morceau de pain ; 3° une bouteille de vin et un cruchon d’eau que le religieux boit daus une tasse d’étain.
Au dortoir, les cellules contiennent une petite couchette en fer, uno paillasse, et l’espace nécessaire pour entrer et sortir.
La chapelle était encombrée de religieux qui priaient. Il y en avait de tout âge et de toutes les nations.
D'autres religieux se promenaient lisant et priant dans les deux galeries à arcades qui entourent le préau. Plusieurs étaient agenouillés sur la pierre, aux pieds des colonnes, ou dans les encoignures. Tous avaient l'air d'ombres ou de fantômes pour lesquels la vie réelle n'existe plus. Seul, le préau faisait “ontraste avec l’as-
pect lugubre du monastère ; car de jolies fleurs violettes et roses grimpaient sur les colonnes, et un grand nombre d'orangers, chargés de fruits, avaient l'air d'autant de bouquets.
Les trappistes de Staonéli ont aujourd’hui 1,400 hec- {ares de terre, et ils emploient dans leurs travaux cinq cents forçats d’un bagne voisin dont ils paient les services au gouvernement. Ils ont de vastes écuries remplies de mulets et de chevaux, et de grandes caves où ils font des vins, des liqueurs, et des essences, qu'ils exportent. Dans l’enceirte du couvent se trouvent aussi une forge et des boutiques de charpentiers, de ferblantiers, de cordonniers et de tailleurs, de manière qu'ils se suffisent à eux-mêmes, et n’ont aucun besoin de communiquer avec l'extérieur.
Combien de temps dureront leur félicité et leur paix actuelle ? c’est une question que l'avenir résoudra, mais dont la solution dépend du bon plaisir du gouvernement français.
Les environs d'Alger sont tout simplement délicieux, et nous y faisons des courses journalières. On se lasse de la ville, mais on ne se lasse pas des paysages agrestes auxquels la nature a prodigué ses Deantés.
La rue Bab-Azoun et son mouvement, la place d’Isly et son marché arabe, la terrasse qui longe le port et la
vue des navires qui se balancent dans la rade, c’est tout
le temps la même chose, et le spectacle finit par être
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monotone. Alors nous prenons une voiture, recouverte d’une toile blanche, qui protége contre le soleil trop ardent, et, fouette cocher.
Tantôt nous longeons la mer du côté de Saint-Eugène, tantôt nous gravissons les hauteurs du Sahel, tantôt nous parcourons le Mustapha supérieur, suite de villas élégantes habitées par des Anglais, et nous allons visiter le palais du gouverneur que nous trouvons très beau et admirablement situé.
Mais la visite la plus intéressante à faire de ce côté est celle du Jardin d’Essai. Nous y trouvons réunies toutes les plantes, les essences et les fleurs de l'Algérie, de l’Europe, de l'Australie, de l'Amérique-et même du Japon. L’hotticulteur et le botaniste y pourraient passer des semaines dans l’étude de toutes les espèces qu'on y à acclimatées. Le peintre et le poète y puiseraient de nouvelles inspirations.
Un interêt historisque s'attache en outre au Jardin d’Essai. Car c’est ici que Charles-Quint opéra son débarquement en 1541, malgré les cavaliers bédouins qui s’y opposèrent. C’est ici qu’il passa la nuit avant de marcher sur Alger, qu’il eut bientôt enveloppé. Déjà il avait établi son quartier général au-dessus de la ville, sur la colline qu’occupe aujourd’hui le fort l'Empereur, quand une tempête épouvantable se déchaina, brisa un grand nombre de ses navires, détruisit ses approvisionnements, démoralisa et débanda son armée, et le força enfin de lever le siége.
Alger resta longtemps encore un repaire de pirates dont les courses infestèrent la Méditerranée, Que de
malheureux chrétiens ont alors gémi dans les bagnes et sur les marchés d'esclaves d'Alger, de Tunis et de Tripoli !
Un des plus glorieux captifs d'Alger fut Cervantès. En 1573, il avait fait l'expédition de Tunis, et il revenait vers sa patrie dans la galère Æ! sol, quand il rencontra des pirates, et fut pris avec son frère. La captivité fut rude et dura cinq ans. Plusieurs tentatives d'évasion très habilement combinées échouèrent par trahison, et c'est au prix de mille écus d’or que ses parents purent enfin le rachoter.
Après l'Espagne, qu’elle n'avait malheureusement pas aidée, la France tenta d’abattre la puissance des Maures en Afrique et sur la Méditerranée, mais elle n’obtint longtemps que des succès temporaires.
L'Angleterre vint à son tour, et après avoir bombardé Alger en 1816, elle obtint enfin du dey Omar l'abolition de l'esclavage des Européens.
Grâce à Dieu, la Méditerrannée n’est plus un lac musulman,nibarbare. Elle esteuropéenne et chrétienne.
En 1827, le dey d'Alger et le consul de France, se rencontrant à la Kasbah, eurent ensemble une altercation, et le consul reçut du dey un coup d’éventail. Charles X décida de venger cette injure, et l'expédition envoyée contre Alger en fit la conquête.
Depuis lors, la France a toujours étendu ses possessions algériennes, et sa puissance s’y affermit. Elle n'a guère civilisé les Arabes, qui sont encore pleins de haine contre elle ; mais son œuvre de colonisation en Algérie
grandit et se développe dans une large mesure. Ses
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progrès sont indéniables, et s'accélèrent beaucoup
depuis vingt ans.
Plût à Dieu que les conquérants fussent plus chrétiens, et püssent vraiment dire avec le poète :
‘ Nous sommes 1es faiseurs de vie et d'espérance ! Nous n’avons d’ennemis que la mort et la faim !
Et, soldats bienfaisants malgré toute apparence, Nous apportons d'Europe, où nous sommes la France,
La justice, qui veut régner seule à la fin |