‹ À travers l'Europe: impressions et paysagesChapitre 11 sur 28 · TOULOUSE · texte numérisé non relu

TOULOUSE

N allant de Tarbes k Toulouse nous traversons toute la Haute-Garonne, et le chemin de fer longe presque toujours le fleuve, tantdt sur la rive droite, et tant6t sur la gauche. Le pays est accident^, et nous montre k I'horizon, ici d 'antiques fortifications, 1^1 des 6glises du moyen-^ge plus ou moins d61abr6es, ailleurs des chMeaux en mines.

Ces contr6es ont 6t6 pendant des siScles le th^Mre des guerres les plus sanglantes, et I'on compterait difficilement combien de fois elles changferent de maltres.

Les Vandales et les Visigoths en chass^rent les Romains. Clovis les arracha aux Visigoths, et depuis lors jusqu'en 1271, elles furent soumises alternativeraent aux dues d'Aquitaine, aux comtes de Toulouse, et aux rois de France. C'est ici que se poursuivit pendant si longtemps la triste guerre des Albigeois, ici que guerroya Raymond de Toulouse que le Tasse a chant6, ici que le fameux Simon de Montfort promena son arm6e conqU'6rante, et p^rit enfin sous les murs de Toulouse.

J'aime les peuples jeunes et les vieilles villes.

C'est k ce titre de vieille que je m'int6resse surtout k Toulouse. Sa nuissance date de si loin qu'on veut qu'elle ait pr6c&d6 m^me la fondation de Rome. Ce qui est certain, c'edt qu'elle est ant6rieure st I'^re chr^tienne d'environ cinq si^cles — ce qui est d^}k un trfes bel §.ge.

Malheureusement, comme toutes les villes modernes, elle veut maintenant se rajeunir, et elle aura bientdt I'aspect des villes manufacturiferes en briques rouges des Etats de la Nouvelle-Angleterre. La maladie du rajeunissement qui est en voie de d^figurer toutes les vieilles villes de France date surtout de la Revolution, et doit son origine k la haine du moyen-^ge.

Toulouse a 6t6 deux fois vieille. Elle a 6t6 la Rome des Gaules, et quand elle eut acquis tout ce que la civilisation paienne pouvait lui donner, les barbares sont venus et Pont d6truite, comme Rome elle-m^me. Elle fut plus tard une ville du moyen-£lge. Elle eut son ch^-teau, ses monast^res, son university, ses 6glises. Quelques-unes de ces 6glises sont k peu pr^s tout ce qui reste encore de sa seconde vieillesse.

Le chMeau qui a abrite les c61^bres comtes de Toulouse n'eat plus qu'une ruine. Le monast^re des Orands Augustins et l'6glise sont transform6s en mus6e, et celui des Jacobins est devenu une caserne. La R6volution a emport6 TUniversit^ ; mais les catholiques viennent d'en fonder une nouvelle, depuis que la liberte d'enseignement leur a 6t6 accord6e.

L'ancien Capitole, qui est maintenant rH6tel-de- Ville, n'a rien conserv6 de sa structure primitive, et

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sa fagade ioniqUe date de Louis XIII. EUe est trop basse, mais elle est couronn^e d'un balcon orn6 de statues, et son aspect est imposant. A I'int^rieur sont la SaUe des Blustres^ con tenant les bustes des Toulousains c616bres, et celle de Clemence Isaure, la fondatrice des JeiLX Floraux,

Toulouse poss^dait autrefois quatre-vingts 6glises, qui, avec ses ordres religieux et son university c6l^bre, en faisaient un des grands foyers de lumi^re et de foi au moyen-^ge. Plusieurs sout devenues, depuis la Revolution, des entrepdts, des magasins et des casernes.

La cath6drale de Saint-Etienne est Foeuvre la plug^ disparate que I'on puisse voir. Elle porte I'empreinte de tous les sifecles depuis le XIII*', et quoique plusieurs de ses parties, surtout le chevet, soient remarquables, I'ensemble est une masse de pier re et de brique sans harmonic. La metro pole du Midi a cependant une 6glise digne d'elle : c'est Saint-Saturnin, vulgairement nommee Saint-Sernin,

Saint Saturnin fut tres probablement contemporain de saint Denis PAreopagite, et tous deux furent envoyes de Rome pour 6vangeliser les Gaules par le pape saint Clement, troisieme successeur de saint Pierre. lis vinrent ensemble jusqu'^ Aries, et s'y s6parerent, saint Denis pour aller k Paris, et saint Saturnin pour propager PEvangile dans le Langue doc et la Gascogne. II alia m^me jusqu'en Espagne.

Mais Toulouse fut un des principaux th^toes oil s'exerga son zMe, et c'est \k qu'il fut martyrise. II

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6tait devenu fort gfinant pour lea faux dieux, qui avaient leur temple au Capitole ; car il avait b&ti une petite ^glise, i quelque distance du Capitole, peut-^tre si I'endroit m^me ou s'^lfeve aujourd'hui I'immense basilique qui porte son nom, et chaque fois qu'il passait devant le temple paien, les oracles devenaient muets.

En allant visiter Saint-Sernin, on est transport^ en plein moyen-§.ge ; car cette ^glise date du XII* sifecle. C'est une des plus vastes cath6drales romanes qui existent, et elle pr6sente un ensemble d'une rare harmonic. EUe est I'expression d'une seule pens6e, rendue dans un style homogfene et remarquable par son unit6. Elle est toute enti^re de son si^cle (^ I'exception du clocher), et les ^ges ont pass6 sur sa t^te sans Talt^rer. Ce sont d'6paisses et hautes murailles, con- 8olid6es par de nombreux contreforts, perches de fen^res plein-cintre, formant une croix latine, et pr6sentant trois port,ails, le principal au couchant, et les deux autres au nord et au midi. Chaque portail est perc6 de deux portes de grande dimension, orn6es de colonnes dont les chapiteaux sont diversement travaill6s. Au croisillon du sud, ils sont converts de personnages repr6sentant les pech6s capitaux, de la manifere Id plus curieuse et la plus originale. Audessus des portes de la fa9ade principale court une galerie soutenue par un encorbellement de t^tes d'hommes, de chiens, de loups et autres animaux.

C'est a c6t6 de la porte des jpkchh capitaux qu'6tait la sepulture des anciens comtes de Toulouse. Etaitce par humility qu'ils avaient choisi cet endroit, ou par un reste de faiblesse naturelle ?

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-Enfin une autre porte s^ouvre encore du c6t^ sud, vers le milieu de la nef, pareillement orn^e de colonnes avec les chapiteaux histories les plus ^tranges.

Mais ce qu'il y a de plus 6tonnant peut-^tre dans cette prodigieuse architecture, ce sont neuf chapelles en h^micycles appuy^es sur le chevet ext6rieur, et ressemblant gl ce que nous appelons dans nos constructions contemporaines des bay-mndoms,

" C'est, dit un artiste, un veritable entassement de " monticules harmonieux, qui servent de contreforts " k une montagne centrale. Puis, du sommet de cette " montagne s'elfeve, comme un pic aigu, a^rien, au- " dacieux, la belle fleche k sept Stages construite sur " la coupole du transept.."

L'aspect de l'int6rieur n'est pas moins grandiose. La grande nef a I'elancement de Pinfini, et sur le fond elev6 du chevet, tout prSs de la votite, une immense fresque represente Dieu planant sUr le globe terrestre.

Les vofites des nefs laterales sont moins elevees, et leurs grands arcs plein-cintre sont separ^s en deux baies par de fortes colon nes g^minees.

Les piliers octogones du transept rompent malheureusement I'harmonie de cet ensemble, et d^truisent la beaute de la perspective^ parce que leurs dimensions sont trop vastes* lis n'avaient pas k Vorigine cette grosseur hors de proportion ; mais k la fin du XIV® si^cle, il a fallu leur donner de plus larges assises parce qu'alors fut plac6 sur leurs ^paules I'enorme clocher qui dpmine la coupole.

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Rieti de plus original qiie cette flfeche ociogone k sept Stages, qui se r^tr^cissent en s'flevant, perc6e sur chaque face et k chaque ^tage d*une fenfire g^tnin^e, et se terminant par une pyramide. Je ne me Bouviens pas d'en avoir vu de semblable ailleurs.

Le sanctuaire est 61ev6 de plusieurs degr^s audessus d'une crypte spacieuse qui renferme, assuret-on, plus de reliques pr^cieuses qu'aucune 6glise de France ; et dans le pourtour du chevet s'ouvrent les chapelles que j'ai mentionn^es gl Pext^rieur.

Je m'arrache k toutes les choses dignes d'6tude que renferme Saint-Sernin pour courir au Musee,

Quel imposant Mifice I C'est Pancien cloltre des Augustins, et Pun des plu& beaux monuments gothiques du midi de la France. Ses larges galeries, divis6es chacune en vingt arcades ogivales, sont peupl^es de tombeaux et d'inscriptions, et je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de promenoirs plus int^ressants pour Parch^ologue. Impossible de m'arr^ter aux details, et de vous d^crire ces galeries qui sont encombr^es de richesses artistiques.

Ici sont les tombeaux de plusieurs ^v^ques, de guerriers, de capitouls et de ch§.telaines. Viennent ensuite un grand nombre de pierres s^pulcrales et d 'inscriptions gothiques. Lk sont les statues et les bas-reliefs, et plus loin des corbeilles de chapiteaux, de toutes les formes que le ciseau a ex^cut^es du XP si^cle au XVP .

La collection de peintures est install6e dans la vaste 6glise qui d6pendait jadis du monastere.

Je vols, tout cela en courant, li^las ! j'ai si peu de temps k ma disposition ! Apr^s Saint-Sernin et le Mus6e, rien ne m'interesse plus gu^re ^ Toulouse, pas m^me ses palafe, qui sont pourtant dejolis monuments de la Renaissance, et son j<rand pont sur la Garonne.

Mais j'ai voulu traverser ce fleuve pour juger de Pinondation qui vient de d^vaster toute la partie de Toulouse qui est bMie sur la rive gauche. C'est le plus triste tableau que Ton puisse voir. Le fleuve a tout d^truit, tout emporte, excepte les niurs des maisons qui etaient assez solidement construites pour r^sister aux flots d^vastateurs. Des rues entiferes sont compl^tement d^molies, et des monceaux de d6combres gisent ga et li dans la solitude et le silence.

ES a»URANT.

UEL regret j'^prouve d'etre I'esclave 'un itiD^raire trac6 d'avaiice, et dane ael toutes iiies minuter sont compt6es listribu^es ! Je p«reourB uti paj's qui icliuiite, auquel je voudraia consacrer ^eiiiaines. et je puis k peine y jeter ___ ;oup d'ojil. Un jour ici, quelqiies hemes U, voiU les seula loitsirs dont je dispose.

Ce Midi de la Prauce,tuut peupl6 d'aiitiques souvenirs, ^veille pourtant mon int6r6t au plus haut degr^. II reasemble k I'ltalie et me fait jouir par anticipation des impressions suavea qui in'atlendent dans le pays oil fleurit I'oranger.

Non seulemeat ia nature y est tout impr%n6e d'air et de lumi&re; non seulement les brises embaum^es de la M4diterran6e et les vapeurs dont eltes aont charg^es y foot circuler leurs parfuins ; mais on y retrouve, comme en Italie, les mouvetnents de I'ancienne civilisation romaine mSlant ^ ceux de l'6re chr^tienne leurs mines ^loquentes.

Les antiques C'^sara et leura legions ont tr»vers4 ces oontrfes, ils y ont v^cu, construit des viltes, des forteresses, des aqtieducs, des temples, des amphitheatres, et nous y letrouvons 9a et 14 des traces de

leur puissance. Le Romain et le Franc s'y sont coudoyfe et m^l6s, et de cette alliance oii le romain pr6dominait sont nes les idiomes du midi, la langue d'oc et le proven9al. Les paiens civilises et les barbares y ont fait place aux chr^tiens, et les debris de leur passe, t6moins de races et de religions ^teintes, attestent le triomphe et la vitality de la vraie religion.

Mais en m^me temps ces grandes mines t^moignent de la puissance romaine, de sa richesse et de sa force, de ses d^veloppements prodigieux etde son immense influence, et I'observateur se dit en les contem plant : s'il y avait un empire capable de lutter contre le christianisme, c'6tait bien celui-li ; et cependant il a 6t6 vaincu.

Toute la force de ce g6ant a 6t6 vaine en face de cette faiblesse qui s'appelait FEglise I

Pendant que je me livre k ces r^flej^ions nous sommes arrives gl Carcassonne. II reste encore ici quelques traces de la ville romaine, mais ce n'est pas ce qui en fait l'inl6r^t. Carcassonne est le specimen le plus parfait d'une ville du moyen-^ge, et quand le touristy parcourt ses rues solitaires et ses fortifications immenses sans soldats, il est tent6 de croire que ce squelette formidable a ^t6 enterr6 pendant cinq siScles et qu'il vient de revoir le jour.

Celui qui voudrait apprendre comment on faisait la guerre dans le XIII® et le XIV® si^cle n'aurait qu'a visiter Carcassonne, et ce livre monumental dispenserait de toute autre 6tude, Car il y a U uq

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ensemble merveilleu3t de fortificationg k double enceinte.

Les parties les plus importantesj et qui attirent surtout le regard, sont la grosse Tour de Trfeau, la porte de Narbonne, la tour Cr6made, la tour de I'E* v^que, et la haute tour carr6e du chMeau Vi^omtah

La porte narbonnaise est k elle seule un ch^teaUfort complet. Tours k eperons, courtines, m^chi* coulis, vantaux, herses^ chaines de fer, meurtri^res, galeries ext^rieures, rien ne manquait k ce magnifique ou vrage militaire dont la beaut6 et I'harmonie ^galaient la force.

La tour de I'Ev^que est massive, carr6e, de Faspect le plus imposant, et elle est flanqu6e k chaque angle de deux tourelles octogones, percees de' meurtri&res. Elle est d'ailleurs munie de tous les ouvrages de defense usit6s k cette epoque.

La tour de Tresau et la Cr6made 6taient aussi de vraies forteresses ; mais le chateau des vicomtes etait le plus inabordable de tous ces ouvrages gigantesques. II eut pt. resister encore, m6me apr^s la prise de la ville. Du c5te de I'Aude il 6tait absolument imprenable, et la poterne qui conduisait de la riviere au castel est un chef-d'oeuvre du genre. Je n'ai pas le temps de la decrire en detail. Qu'il me suflSse de dire que pour p6n6trer dans Fenceinte il fallait s'emparer de dix portes, escalader dix escallers, faire dix si&ges avec deux hommes de front seulement, tant les escaliers 6taient 6troits.

Mais ce n'est pas tout. Ces parties importantes

des fortifications de Carcassonne 6taient relives entre elles par des conrtines trfes 61ev6es, flanqu6es d6 vin^t-et-une tours de dimensions diverses ; et si vous vous repr6sentez autour de cette premiere enceinte une seconde ligne de remparts, flanqu6s.de quinze tours routes, vous comprendrez comment Carcassonne a pu rfei&ter aux Sarrasins et k I'h^ritier des Trincavels, et comment Simon de Montfort lui-mdme n'y est entr6 que par trahison.

A c6t6 de ces forniidables engins de guerre s*61eve dans le silence un asile de pri^re et de paix, P^glise Saint-Nazaire. Une partie de I'^difice est romane et I'autre gothique, mais toutes deux renferment de gran des beautes.

Narbonne est loin d'offrir a ses visiteurs les beautes f6adales de Carcassonne. Elle fut une ville romaine beaucoup ])lus importante, et lorsque le roi Ataulphe y epousa Placidie, soeur de I'erapereur Honorius, elle pouvait montrer avec orgueil aux nouveaux epoux, un capitole, un amphitheMre, des portes monumentales, des temples, des palais, des arcs de triomphe. Mais il ne reste plus de tous ces monuments que des fragments de colonnes, de pilastres, de chapiteaux, des bas-reliefs et des statues. Un grand nombre de ces d6bris sont encastres dans les remparts, et les autres sont reunis dans le jardin de I'ancien archev^che.

Sur les ailes de la vapeur nous volons vers la mer, et nous sommes bientot arrives a Cette, petite ville pittoresque b^tie en amphith^Mre sur une langue de terre trfes 6troite qui s6pare P^tang de Thau de la

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M6diterran6e. A certains endroits, I'eau vient battre le chemin de fer des deux 66t6s. On nous apporte de belles grappes de raisin blanc que nous payons quelques sous, et que nous d^gustons avec app^tit- Les grains en sont gros et trfes sucr6s. Je m'explique qu'on puisse en faire ce vin 6pais et sucr6 qu'on nous vendait au Canada il y a quelques ann^es sous le nom de vin de Cette, et qui ressemblait plut6t k une liqueur.

Nous reprenons notre course, et nous d^passons bient6t le chMeau de Mireval que nous distinguons k peine dans la vague lueur du cr6pu8cule. Quand nous arrivons k Montpellier, la nuit est venue.

La locomotive nous emporte toujours, k travers un pays dont nous ne pouvons plus ni admirer, ni critiquer I'aspect g^n^ral, puisque les ombres Penveloppent, et je prends des renseignements de mon voisin qui est mont^ dans mon compartiment i Montpellier.

II me parle du patois de ce pays, qui est trfes harmonieux, et dont la prononciation est presque italienne. On en jugera par les couplets suivants :

Se savies quints 6s lou tourm6n,

Q'u6sprouva ta dotlga m6str6ssa ;

Doutarifes-pa d'un soul mouih^n

D6 mouncar 6t d6 ma t6ndr6s8a.

Tircis, jusqu'4 moun dergn6 jour Serai fid^la aou diou d 'amour.

Tant que v6yrai lous a6asselons 86 b6qu6ta sur la coudreta

parpaions flour^ta ;

oun, etc, '"

dane une gare spacieuse.

itique Nemauaus dea Ro-

9 qui doit me conduire et j'y trouve plusieurs tre autres un pSre Trap- !che de Bien voir.

gagner par le somtneil, li dit : " nans mes voyat fait de loDgues courses t je n'avais pas froid." le, et je me penche en prononc^ : c'est le p^re

Dia tendrease ?

jn demier jour

is uioillons . coudrette,

- la fleurette,

bAKs Lk Mtt)i l4l

atoA

Trappiste* Je Peiamine aloi*9 aVec attention, et je reconnais le Pere Frangois d 'Assise, que j'ai vu k Kamouraska il y a quatre ans, qui a din6 alors che2 moi, et avec lequel j'ai pass6 deux soirees charmantes.

Je lui tends la main en me nommant, et il pousse un cri de surprise. Quelle rencontre ! Et quelle singulifere coincidence ! Depuis que nous nous sommes connus dans un village des bords du Saint- Laurent, il est revenu en Europe, puis il a re traverse FAtlantiquCj voyage pendant deux ans aux Etats-Unis, et quand il rentre en France et se dirige vers son monast^re, nous nous retrouvons tout k coup a Nimes, dans le m^me omnibus, allant au m^me hdtel !

C'est une joie d'autant plus grande qu'elle est plus inattendue. Arrives a Phdtel du Luxembourg, nous soupons ensemble, et nous parlous du Canada et des excellents amis que nous y poss6dons en commun.

II 6tait deux heures du matin lorsque nous nous s^par^mes. Le bon Pere devait repartir k cinq heures, en route pour son convent de Notre-Dame des Neiges. II me pressa de toutes manieres d'aller visittir ce monast^re lorsque je reviendrais d'ltalie et passerais par Lyon. Mais je ne pouvais pas le lui promettre, et je lui dis adieu pour ne plus le revoir.

i villes de France, o^ I'on retrouve le [us de traces de ta civilisation romaine nt Aries et NImes,

Tout«s deux eveilientuu puissant iiit4- ,, RUrtout A cause de leurs monumente tiques, les nns datant du moyen-age, et : autres remontant jusqu'^ l'%oque des C^sars. Mais les mines H'Arles ont sur cellep de NImeH cet avantage qu'on ne les a pas rajeunies.

Dans leB deux villew, les tnonumentfl de I'antiquit^ . romaine sont du m^me t;enre„ et tela qu'on les retrouve encore dans Rome. lis nttestent que la civilisation pa'ienne ne songeait i procurer aux citoyene que des amusements et Hes plaisirs.

L'4difice indispensable au bonheur du peuple, c'^tait I'amphithMtre. On le faisait immense, et il ^tait toujours trop petit ! On le faisait solide, parce qu'on croyait qu'il serait toujours nfeessaire.

C'est en cela que le Romain s'est bien tromp6. Le cceur humain, moina dur que la pierre, s'est laiss^ toucher par d'nutres amours. Chose 6tonnante et myst^rieuse, il a pris goflt au sacrifice, A la souffrance, ^ la iiere&ution ! Lui qui aimait tant lea jeux, les

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combate et le sang, il aima la priel*e et la retraite, il chercha et procura la paix, il pratiqua et pr^cha la charity universelle I

Voil^ comment les arSnes surv^curent aux moeurs dont elles avaient 6t6 Pexpression la plus vraie.

Les ar^nes de Nlmes sont splendides, moins spacieuses mais bien mieux conserv^es que celles de Rome. Leur histoire exigerait bien des pages, et si nous leur faisions raconter tout ce qu^elles out vu de^puis les jours de Titus ou de Domitien, nous n'en finirions pas.

Elles nous apprendraient sans doute les noms de quelques martyrs tombes sous la dent des lions et des panthferes, pour I'amusement de cet horrible peuple que le paganisme avait form6. Elles nous parleraient des Visigoths, qui en firent une redoutable citadelle, du haut de laquelle ils lanc^rent un jour des nu6es de filches . con tre les armies de Clovis. Plus tard, au sommet de leurs gradins, apparaissaient d'autres archers chamarres d'or et bardes d'azur, qui ne portaient plus le casque, mais le turban de Mahomet sur leurs t^tes orgueilleuses. Puis, les guerriers sarrasins disparaissaient, ecl-ases par ce terrible homme de guerre que Phistoire a nomm6 Charles- Martel. Au XI® si^cle, elles devenaient k la fois, une 6glise consacree a saint Martin, et une forteresse gard^e par de fiers paladins qui s'intitulaient chevaliers des Arfenes. Enfin, apr^s avoir, pendant plusieurs si^cles, servi de refuge a la classe pauvre, qui s'y construisait sous les portiques et dans I'enceinte de miserables cabanes, elles furent d^blayees, r6pa-

r^es, et remises k I'^tat de conservation que nous admirons aujourd'hui.

J'ai essay^ de me repr6senter ces scenes du pass6 quand je me suis assis sur les gradins. Mais un souvenir plus moderne a bient6t absorb^ mon esprit.

Au commencement de ce si^cle un enfant du peuple, fils d'un serrurier de Ntmes, venait souvent dormir au soleil sur ces bancs de pierre. C'est k lui que j'ai pens6 en me rendant de Pamphith^toe k TEsplanade, qui fait face au Palais de Justice. Je suis all6 m'appuyer k la Fontaine c61Sbre que Nimes a fait omer, par M. Pradier, de cinq statues magnifiques en marbre de Carrare, et tout en ^coutant les symphonies qu'une bande militaire 6parpillait au loin, il m'a sembl6 revoir grandi le gamin des argues. Devenu boulanger, il s'en allait dans ce caf6 qui touche k I'Esplanade, et il y composait des chansons humoristiques qui attirSrent I'attention.

Un jour, Chateaubriand passant k Nimes alia voir ce boulanger qui p^trissait si bien la po^sie fran- 9aise, et il reconnut que le pain qu^il faisait le mieux 6tait celui de I'intelligence I

La reputation de Reboul 6tait faite, et ses oeuvres resteront. J'en extrais deux strophes sur les ar^nes, la premiere et la derni^re.

" Reste d'un vieux g6ant, debris dorit la statue " Du Nimes d'autrefois pent oflfrir la mesure, " L'6tranger est plough dans un profond ^moi " Quand tes vastes contours s'offrent k ses paupiSres ;

" Mais tant de fois, enfant, j'ai dormi sur tes pierres, " Qu'elles sont sans r^ves pour moi.

" Car il fut une epoque od Rome d61aiss6e " Dans tons les souvenirs se voyait abaiss6e, " 06 les grands monuments qui faisaient son orgueil " Purent humili^s jusqu'gl I'^tat d'usine, " Oii le Goth, sans respect pour sa cendre divine, " Fit une auge de son cercueil."

Nlmcs poss^de encore La Maison Carrie, ce bijou d'architecture, qui, depuis Tempereur Antoilin jusqu'S nos jours, a pu se conserver au milieu de vicissitudes 6tranges. La plupart des antiquaires s'accordent k dire que la Maison Carrie 6tait le sanctuaire d'un temple ou d'un Forum ; car elle 6tait flanqu^e de deux galeries, et les bases des colonnes ont pu 6tre retrouv6es en partie.

Mais si Ton ne sait pas exactement ce qu'elle fut dans I'antiquit^ paienne, on sait mieux ce qu'elle est devenue depuis.

Apr^s avoir servi quelque temps d'6glise catholique, puis d'H6tel-de-ville, elle passa entre les mains de certains particuliers, et notamment d'un seigneur qui en fit son ecurie.

Plus tard, on la voit avec plaisir devenir la propriety des Augustii;!'', qui en firent de nouveau un sanctuaire. Et lorsque la Revolution en expulsa les Augustins, elle la transforma en un hangar qui fut rempli de bottes de foin et de sacs de bl6. Enfin la Maison Carrie a 6te rendue aux beaux-arts, et fait I'admiration des artistes et m^me des Souverains ;

oar Louis XIV et Napoleon I ont eu des vell6it6s de la transporter k Versailles.

EUe contient un mus6e peu considerable, quelques jolies peintures des grands maltres, et la plupart des oeuvres de Sigalon, le grand peintre nlmois.

La Fontaine, le Temple de Diane et les Bains Antiques, ferment un ensemble de constructions en marbre, ombrag6es de grands platanes, qui produit une vive impression. Le temple est en mines, mais la fontaine et les bains sont bien r6par6s, et Peau y circule abondamment dans de vastes bassins, de styles divers, entour^s de colonnettes d'ordre corinthien.

Apr^s avoir admir6 toutes ces beaut6s, nous gravissons lentement le mont Cavalier, dans un sentier ombreux et embaume, plongeant nos regards sur Nlmes, qui s'6tend k ses pieds. Bient6t nous sommes au sommet, et devant nous se dresse, au milieu d'une masse de d6bris, une espSce de mausol^e antique, conservant encore des arceaux et des piliers en mines : c'est la Tour-Magne (Turria Magna).

Bien des siScles et des orages ont pass6 sur ce vieil Edifice, qui fut, dit-on, k son origine le tombeau d'une opulente famille grecque, et qui plus tard a servi de forteresse et subi bien des sifeges, et qui depuis est abandonn6e, mais v6n6r6e comme une relique par les Nlmois. Tons en parlent avec. enthqusiasme, et la d^crivent avec amour.

" II faut la voir, s'6crie I'un d'eux, quand le soleil " brtllant fait onduler Pair contre ses flancs arides ;

" il faut la voir au coucher du soleil, avec cette teinte " chaude qui fera toujours le d^sespoir du peintre ; "il faut la voir au clair de la lune, comme un grand fant6me aux formes indecises et fantastiques "

Je ne puis rfeister au plaisir de eiter encore quelques vers du poSte de Ntmes s'adressant k la Tour Magne :

" Si je demande au temps ce que tu pouvais ^tre, Le ten'ips t'effleure, passe et ne me r^ponds pas : Temoignage d'un deuil que tu n'as pu transmettre, Portais-tujusqu'au ciel le n^ant d'ici-bas ?

Ou bien, phare 61ev6 sur de tristes parages, Afin d'en Eloigner les imprudents nochers, La vieille mer, un jour d^sertant ses rivages, T'aura-t-elle laiss6 k nu sur tes rochers ? "

Du haut de la Tour Magne, on pent encore <iistinguer quelques restes des murailles qui entouraient ^antique cit^ romaine, et qui lui donnaient plus d'^-, tendue qu'^ la ville moderne. Cetle enceinte avait dix portes, dont deux subsistent encore, la porte d'Auguste, ouvrant sur la route d 'Italic, et la porte de France, ainsi nommee Ton ne sait pas bien pourquoi.

Les autres portes et la plus grande partie de Penceinte ont 6t^ d^truites, ainsi que plusieurs autres monuments qui completaient le caractfere romain de cette ville, tels que le Capitole, les Temples de Platine, d'Auguste et d'ApoUon, les Thermes, et les aqueducs.

L'aqueduc du Gard subsiste encore k I'endroit oil il traverse le Gardon, et ses proportions adrairables font le d^sespoir des arcliitectes. II est devenu le c6l^bre Pont-du-Gard depuis le commencement du. XVIP si^cle, et quoiqu'il se cache dans un ravin des C6vennes, k vingt kilometres de Ntmes, il attire encore un grand nombre de touristes. Tons reviennent enchant^s quand ils ont contemple sa triple rang^e d'arcades, et monte sur les plus hautes dalles du monument.

On s'6tonnera peut-^tre de m 'entendre parler si longuement de Nimes, et cependant que de choses me resteraient si dire !

Les C^sars semblent avoir voulu en faire une petite Rome ; et quand Lut^ce n'6tait encore qu'un bourg obscur, Ntmes 6tait ddjsl une grande ville riche de monuments. C'6tait la Rome des Gaules, comme Bruxelles est le Paris de la Belgique.

KSCENDUS liier soir A Vmtd d'Eif rope, nous en somines sortis de bonne hture ee matin pour jeter un premier up dVil Bur I'aucienne ville des Papes.

i)us avona auivi la rue qui afipare notre Itel d« I'ancien h6te! du Palais-Koyal, I futtug le mareclial Brune, en 1815, et dans laquelie ses meurtriers le trainsrent jusqu'au Pout, d'oil lis le pr^pit&rent dans le Rhflne.

A psine ^tais-je sur le pont que la. vieille chauson, tant de fois entendue au pays, surgit dans raa memoire et se trouva sur mes Ifevres :

Sur le pont d'Avignon, Trois dames s'y prominent.

Mais cette chanson me reporta i trois si^clea en arri&re, et I'aspect encore neufdu pont me convainquit bientfit qu'il ne pouvait pas avoir aervl de promenade & mes trois dames ; je regardai plus haut, et j'aper§U9 un grand pont de pierre en mine, dont plusieurs arches colossales et hardies ont rSsist^ jusqu'i CO jour au travail destructeitt de sept si&cles, C'^tait bien I^ sans doute le pont de la chanson, qui 4tait

c^l^bre bien avant elle sous le nom de Pont-Saint-B^ nezet.

Cette imposante ruine a 6veill6 I'int^r^t des arch6ologues et des hagiographes, et I'histoire de sa construction par saint B6nezet est voil6e d'une 16gende charmante.

Un jeune p&tre, nomm^ Benolt, gardait les brebis de sa mere, lorsque Jesus-Christ lui apparut, et lui dit qu'il I'avait choisi pour construire un pont sur le Rh5ne. Le jeune homme h^sita, puis ob6it k la voix, et se rendit k Avignon. II alia communiquer son projet k Pev^que, qui s'en moqua et le renvoya au provost. Le prevost rit aussi, et lui dit : " Comment ** veux-tu faire un pont IS oii Dieu, ni Pierre et Paul, " ni mime Charles (!) ni aucun autre, n'ont pu l'ex6- " cuter. Cependant je te donnerai une pierre que " j^ai dans mon palais, et si tu peux la remuer, je te " croirai capable d'ex6cuter ton oeuvre."

L'6v6que et le peuple se rendirent k I'endroit oil 6tait la pierre, que trente hommes n'auraient pu 6branler. Benolt la chargea sans efforts sur ses 6paules, et la transporta au lieu oii devkit se trouver la fondation de la premiere arche.

Des souscriptions. furent aussit6t faites, et le pont commenga. VoilS la l^ende.

Ce qui est historique, c'est que le pont fut construit par un architecte nomm6 B6nezet ; que cet architecte men a une vie exemplaire, qu'il a fait plusieurs mi" racles pendant sa vie, et que plusieurs gu^risons mi-» raculeuses out 6t^ obtenues par son intercesaion apr^

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sa mort ; et quoique I'on n'ait pu trouver la bulle qui I'a canonist, il est certain que plusieurs papes ont autoris6 et m^me encourag6 le culte que les Avignonnais rendent k saint Benezet.

Une petite chapelle romane dans laquelle il fut enseveli existe encore sur le pont, entre la deuxi^me et la troisifeme arche.

Sous mes pieds roule le grand fleuve de la France* Lorsque k Paris je vantais notre majestueux Saint- Laurent, on me disait : Mais vous n'avez pas vu le Rh6ne ! Eh bien, je le vois le Rh6ne, et je n'en suis pas emerveill6. II a sans doute ses m^rites. Ses eaux sont rapides, profondes et navigables sur une grande distance. Mais si vous saviez, Frangais, comme il est petit quand on le compare a notre Saint- Laurent !

De Vextr6mit6 du pont, Avignon pr6sente un joli coup d'oeil. Son enceinte de murailles gothiques et ses tourelles cr6nel6es, les vastes constructions du palais des Papes dominant toute la ville, le rocher des Doms s'^levant encore plus haut, se detachent sur le fond bleu du ciel, comme une decoupure sombre sur une tenture brillante.

Avignon comptait autrefois un grand nombre d'6glises et de monastSres, et Rabelais I'appelle ville • sonnante k cause des centaines de cloches qu'on y '' entendait sonner k toutes les heures du jour. Plusieurs de ces Edifices ont disparu ; quelques-uns ont chang6 de destination, et d'autres sont en mines. Parmi ces derni^res se trouve I'eglise des Cordeliers,

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qui renferme le tombeau de Laure, I'amahte ou plut5t I'aim^e de P^trarque.

La cath6drale, Notre-Dame des Doms, b^tie sur le versant du rocher, etdont I'ext^rieur est tr^s pauvre, r^glise St-Pierre, qui posse^e une belle fagade gothique, et I'Oratoire, jolie chapelle en forme de rotonde, m^ritent une visite. A Pint^rieur de la eath6drale surtout, le visiteur admirera des sculptures remarquables de Puget et de Pradier, des peintures de Mignard, et les tombeaux du brave Crillon et des Papes Benoit XII et Jean XXII. Ce dernier est un chef-d'oeuvre du gotbique fleuri,

Mais le monument par excellence d'Avignon, celui qui absorbe completementPattention du touriste, c'est le Palais des Papes. On le nomme Palais, mais c'est plutot une citadelle gigantesque, et la masse imposante de ses murailles date bien d'une 6poque ou les Papes etaient parfois obliges de faire la guerre et de soutenir des sieges.

Helas I tout ce qui pouvait ^tre brise dans ce palais Pa 6te, et Pindignation nous gagne, quand nous visitons les chapelles, de voir leur 6tat delabr6. II y avait la des fresques remarquables ; elles sont aujourd'hui m^connaissables. J'ai constate qu'on s'est particuli^rement applique a gratter la figure de J^sus-Christ dans les peintures qui le representaient.

On ne visite qu'une tres petite partie de ces immenses constructions, qui appartiennent au style ogival. Les murs sont couronnes de cr^neaux, perc6s de meurtriferes, et tellement ^pais qu'on y a pratiqu^

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de longs et beaux corridors. lis sont relics entre eux par sept tours dont Pune a regu le joli nom de Tour des Anges, et dont une autre, celle de Trouillas^ est rest^e c61&bre, parce que le fameux Rienzi y fut enferm^ sous le pontificat de Clement VI*

II va sans dire qu'il Tie faut pas croire un mot de I'histoire des Papes d'Avignon que les guides nous racontent en visitant le Palais. J'ai dix imposer silence ^ celui qui m'a conduit, quand il m'a parl^ des cruaut6s de Jean XXII et des absolutions quHl vendniL Ce qu'on nous niontre comme ayant 6l^ la salle des tortures n'etait que la cuisine du Palais, et Ton n'y torturajlt que des volailles.

Ces malheujeux Papes d 'Avignon, ils ont ^te bien calomni^s, et de la calomnie il reste tou jours quelque chose. Ce fut en 1309 que le Pape Clement V fixa le si^ge de la Cour romaine a Avignon, qui dependait alors des domaines pontificaux. Son but etait de s'arracher aux seditions populaires dont I'italie etait alors le theatre, et aux querelles des guelfes et des gibelins.

Mais d'autre part, en yenant ^ Avignon, il se rapprochait de Philippe-le-Bel, et Tindependance du Saint-Si^ge se trouvait autant exposee. Places entre les rois de France et les princes gibelins de Pltalie, les Papes d'Avignon ne pouvaient i)as toujours faire ce qu'ils voulaient.

Leur autorite politique en fut amoindrie, et ils durent se borner a un r61e plus modeste dans les affaires temporelles. On les a accuses d'avoir obei

aux suggestions et aux inspirations du roi de France. Mais il n'en est rien, et tons auraient pu lui dire comme Pun d'eux : Sire, si j'avais deux iLmes, j'en donnerais une pour vous ; mais je n'en ai qu'une, et je dois la sauver.

Au sortir du palais, j'ai gravi le roeher des Doms, et comme le mistral n'y soufflait pas alors, j'ai joui d'un des plus beaux spectacles que la nature puisse offrir. Au pied du promontoire, escarp6 comme la citadelle de Quebec, clapote le Rhdne, dont I'oeil pent suivre au loin le cours sinueux. De long bateauxtransports le remontent lentement. De toutes parts se developpent les perspectives les plus pittoresques, d'un c6te les mines d'une chartreuse et le cours de la Durance, de I'autre une lie verdoyante, et sur le sommet d'une montagne une vieille tour bMie par les Templiers ; ici des vignobles, et plus loin ChA,teauneuf-du-Pape et d'autres mines, puis enfin, au deljl du fleuve, Villeneuve avec sa belle tour de Philippele-Bel, et son abbaye qui croule. C'est vraiment a regret que j'ai dti m'arracher k ce spectacle, et revenir a mon h6tel k I'heure du crepuscule.

e connaia rien de plus d^licieusement

ncolique que Taspect de cette vieille

[ue le Rhflne traverse en g^miBsant.

Kuve ue lui apporte plus comme autre-

es cercueils des families qui voulaient

inhum^ dans aes Champs-Elys^ee ;

mais on dirait qu'il garde encore lea aire de croque-

mort qu'il a dft prendre en trans portant ainsi des ca-

davrea au cimeti^re pendant tant d'annees.

L'ancienne n^cropole a bien change de destination, et son nom m^uie a pria une variante : c'eet aujourd'hui un jardin public qu'on appelle lea Aliscamps. Sur ce aol qui recouvrait tant de morts, les generations actuellea vont chercher I'air aalubre et la sante, et quand j'y suis alU m'asseoir, une bande de muaique militaire y faisait rfeonner sea fanfares.

Au pas dea valaes et dea galopa brillants, 4 1'ombre des tilleuls, des mflriera et des haies de taniaries qui laissaient pendre nonchalamment leura gracteusea chevelures, les Arl6siennea circulaient joyeusement dans leur costume original. Les Arl^siennea et lee Avignonnaiaes passent pour les plus belles femmee de France, et elles meritent cette reputation. Parnii

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les Arlesiennes surtout, j'ai vu des t5^pes grecs remarquables, et leur costume pittoresque est charmant.

" II n'est pas rare, dit M. Jules Canonge/d'y ren- " contrer les trois types grec, romain et sarrasin, dans " leur puret^ originelle... Les analogies physiques " sont rendues encore plus manifestes par Panalogie " dans le caractSre : de icate et rieuse comnie l'h6- " taire grecque, capable de grandes pensees et de di- " vo(iments h6roiques comme la forte Romaine, I'Ar- " lesienne a la gr§,ce coquette de I'Espagnole... Elle '* aime les fieurs, raffole des parfums ; la po^sie ne '^ lui est point 6trangere ; le bruit la charme, le niou- " vement I'enivre ; elle se plait aux promenades, re- " cherche les fetes, court aux bals, aux serenades."

Elles ne sont pas toutes aussi mondaines; car c'est une Arl&ienne que le po^te Mistral a chant^e dans une de ses plus ravissantes poesies, intitulee la Communion des Saints. Oh ! qu'elle etait belle celle- Igl ! Mais qu'elle etait pieuse aussi !

Quand elle descendait I'escalier de Saint-Trophime, les saints de pierre du portail I'accompagnaient des yeux ; et quand la nuit ^tait sereine, ils parlaient d'elle dans Pespace.

" Je voudrais la voir devenir nonnette blanche, di- " salt saint Jean ; mais saint Trophime objectait : " j'en ai besoin dans mon temple, dans I'obscur il " faut de la lumiere."

" C'est aujourd'hui la Toussaint, observait saint " Honorat ; k minuit, Notre-Seigneur dira la messe " aux Aliscamps, et la sainte table sera mise." " Si

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" votis m'en croyez, reprenait saint Luc, nous y con* " duirons la jeune vierge." Et les quatre saints, s'en* VDlant avec la brise, prenaient en passant Vkme de la jeune fille et I'emportaient aux Aliscamps.

Je reproduis 1h traduction litt^rale de la derniere strophe :

Le lendemain de bon matin

La belle fille s'est lev6e...

Elle parle k tous d'un festin

Oil elle s'est trouv^e en songe :

Elle dit que les Anges 6taient dans I'air,

Qu'aux Aliscamps table etait mise

Que saint Trophime 6tait le clerc,

Et que le Christ disait la messe. ^^>

Cette po^sie nous conduit tout naturellement, et sans autre transition, des Aliscamps k 8aint-Trophime, la cath6drale d' Aries. Les saints de pierre sont la, debout sous le portique majestueux dont ils semblent supporter la corniclie et le fronton. I^e portail de cette basilique est une des plus belles

(1) Mea compatriotes seront peut-etre ciirieux de Ure cette strophe en vers proven9aux ; la voici :

Mai I'endeman de bon matin La bella jShos'es levado...

£ parlo en touti d'un festin Ounte p^r sounge s'est trovado :

Dis que lis Ange §ron en I'dr, Qu'is Alisc:imp taulo ^ro messo, Que aant Tretume §ro lou clerc £t que lou Crist disi^ la meiso.

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CEUvres de Part du XII* siScle. Douze colonnes aux chapiteaux varies, surmont6es d'une frise, soutiennent le grand arc plein cintre du fronton, et forment dix niches oii se tiennent saint Trophime, saint Etienne et huit ap6tres.

On sait que saint Trophime fut contemporain des ap6tres, et vint en Italic avec saint Paul, d'oii Pierre I'envoya evang^liser la Provence.

Hors le portail, P^glise n'ofFre aucun travail digne de mention. L'intSrieur est pauvre, mais si vous descendez Pescalier qui s'ouvre du c5t6 de la sacristie, vous aurez sous les yeux le plus beau cloitfc du moyen-§.ge que Ton puisse voir. Je renonce k vous d6crire cette admirable galerie quadrangulaire, enfermant un pr6au, accusant des epoques bien Jistinctes, et resumant k la fois deux histoires, celle de I'architecture, depuis le cintre pur jusqu'gl I'ogive parfaite, et Thistoire sainte, racont^e en marbre. • C'est un de ces poemes intraduisibles qu'il faut lire de ses yeux, mais que Ton ne saurait analyser.

En sortant de Saint-Trophime, vous vous trouvez sur la Place Royale, irr6guliere et de peu d'apparence. D'un c6l6, k droite, s'el^ve PH6tel-de-Ville, b^i sous le rfegne de Louis XIV, d'aprSs les dessins de Mansard. La fa9ade est de tr^s bon goClt, et surmont^e d'une tour carr^e, termin6e par une jolie coupole.

Apres rH6tel-de-Ville vient PEglise SainteAnne, monument gothique mauresque qui sert aujourd'hui de mus6e pour les Antiques. II y a dans ce mus6e

une riche collection de sculptures de tous les Ages, et surtout des tombeaux chr^tlens, apportfe de I'ancien cimeti&re des Aliscamps, et quelques sarcophages pa'iens.

Enfin, au milieu de la place, se dresse un ob^lisque dont les Arl^siens sont tr&s fiers. II est petit, et ne porte aucun signe hi^roglyphique. Mais il est probable qu'il ornait jadis un cirque romain quand Aries s'appelait la petite Rome des (Jaules. On Pa trouv6 en 1389, enfonc6 dans la vase sur les bords du Rhdne.

Comme on le voit, la Place Roy ale ne manque pas d'inter^t, puisqu'elle nous montre des monuments de toutes les ^poques, et surtout son merveilleux cloltre de Saint-Trophime.

Mais un des grands charmes d 'Aries, et qui fait les d^lices des antiquaires, ce sont ses monuments romains, qlie Ton conserve, mais que Ton ne xestaure pas.

L'origine d'Arles se perd dans la nuit des temps ; mais on salt que -du temps de C^sar elle 6tait ddjsl une grande ville avec une population de cent mille Ames.

Au commencement du quatri^me si^cle, Pempereur Constantin y s6journa quelque temps et en fit la m^tropole des Gaules. C'est alors que par reconnaissance elle prit le nom de Constantina.

Plus tard, elle fut conquise successivement par les Goths, les Francs et les Sarrasins. Ces conqu^tes,

et les siSges qu'elle eut alors 3 subir, r^duisirent ses monuments en ruines.

A la fin du neuvi^me sifecle, elle devint la capitale du petit royaume d'Arles, qui dura prSs de trois sifecles, apr^s lesquels elle fut ^rig^e en r^publique. Mais eette r^publique subsista k peine cent ans, et la vieille cite changea encore plusieurs fois de maitres avant d'etre r^unie k la couronne de France. Les guerres qu'elle eut at subir, et les calamit^s qui en r^sult^rent, lui firent perdre pour toujours sa pro3p6rit6 et son importance anciennes.

Les mieux conserves de ses monuments romains sont les ArSnes et le Th^lttre. Les Ar^nes sont plus vastes que celles de Nimes, et pouvaient contenir jusqu'st vingt-six mille spectateurs. Comme dans celles de Nlmes, on y donne tons les ans des courses de taureaux. Le TheMre s'elevait tout aupr^», et date du rfegne d'Auguste ; mais il n'en reste plus que cinq portiques, deux colonnes corinthiennes, le proscenium et une partie des gradins circulaires. On calcule qu'il pouvait contenir seize mille spectateurs.

Au temps de saint Hilaire, on prit les marbres de ces monuments pour en construire des ^glises en Phonneur du vrai Dieu. Mais I'epoque pa'ienne semble ^tre revenue ; et depiiis la Revolution, plusieurs 6glises d'Arles ont 6te converties, trois en greniers k foin, une en cabaret, et une autre en salle de danse.

De tous ks autres monuments de I'^poque romaine, il ne reste plus gu^re que des vestiges peu

considerable?*. Je me rappelle avoir cherch6 le Palais de Constantin sur la Place des Hommes, qui fait face k VHdtel dii Nord, oil je suis descendu, et avoir constate, k ma grande surprise, que je logeais en reality dans le dit palais. Car tout ce qui en subsiste se compose de deux colonnes granitiques et d'une partie de la frise, qui ont 6t6 plaquees k Tangle de la fagade de mon h6tel.

(ft-

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