NICE
j( OTRE lifttel est eiifonc^ <kiis un massif ^ d'eucalyptua wi fleurs, nt de vers tamamiiriim, k travel's lesquols brillent §a et U, conime les pommel ties heMperides, les citrous *t les oraiigea.
I^w parfunis qui s'exalentdes piiis, des eucalyptus et des arbousiers, impregnent I'air de je ne sais quel flulde qui vous ^nerve. Etendez-vous sous ces umbrages, et vous j-erez pris de langueur ; uiie espfece de somnolence vous envahira, et votre esprit n'aura plus I'^nergie de vouloir, si toutefois il conserve la for<ie de penser.
Mais Bi vous sortez de cette ombre, vous sei-ez ^bloui par ce soleil, qui fiamboie au milieu de I'imperturbable s^r^nit^ du ciel. Traveraez le torrent du Paillon^ qui s^pare la uouvelle Nice de I'ancienne, ettournez k gauche, oil le Jardin public vous invite. Comptez ces palmiers de toutea formes et de toutes tailles, ces inyrtes aux petites fleurs timidement cach^es dans les feuilles, ces arbustes et ces bouquets de" toutes couleurs qui parfument les aliees et les charm illes.
Quand vous aurez joui de ee spectacle, et respir^ ces parfums, vous ^couterez un bruit harmonieux dont vous voudrez savoir la cause.
Traversez alors le jardin dans toute sa longueur, et vous allez d&ouvrir d'oii vient cette harmonie, qui grandit k mesure que vous avancez, et qui devient plus distinete. Ce ne sont ni des voix humaines, ni des instruments de musique. Ce n'est pas le vent qui chante dans les palmiers ; ce n'est pas le torrent qui murmure dans les cailloux de la grSve ; c'est la mer.
La mer ! la grande cantatrice qui lance vers les cieux les ondes sonores de ses ^ternels concerts. Ses vagues s'ouvrent comme des ISvres qui sourient, et m^lent dans un rythme inimitable leurs accords toujours les m^mes etqui ne lassent jamais.
Sur la gr^ve s'allonge la promenade des AnglaiSy route admirable qui manque un peu d'ombrages, ' mais que ses bords fleuris embaument. Quelle jouissance de s'y promener lentement k I'heure du soleil couchanti D'un c6t6 c'est la mer, dont I'azur est d'une transparence incomparable ; de 1 'autre ce sont les fagades blanches et roses des superbes villas que les millionnaires de tous les pays viennent s'y blltir. Au-dessus, c'est le firmament eblouissant et pur, prenant vers 1 'orient une teinte l^g^rement violette, et decoup6 k I'horizon lointain par les sommets neigeux de I'Est^relle, auquel les rayons du soleil couchant donnent l'6clat du vermeil.
Cette plage charmante s'appelait jadis la Baie des Anges, N'est-il pas singulier que les anges aient 6t^ remplac^s par les anglais, que leur ap6tre primitif, gaint Augustin, avait aussj nomm6s anges ?
Mais toutes les nationalit^s sont aujourd'hui representees k Nice, dont la population est trfes h6t6rogSne. II vient iDi des gens de tons les pays, les uns pour leur plaisir, les autres pour leur sant4. C'est-idire ceux-ci pour retrouver les forces qu'ils ont perdues, et ceux-lgl pour perdre celles qui leur restent.
Au milieu des dyspeptiques, des phtisiques, des an6miques, qui cheminent lentement au soleil en aspirant avidement Pair pur que la brise apporte, les enfants prodigues, les femmes du grand monde, les viveurs de tout ^ge, courent, volent k leurs amusements, avec un empressement qui t6moigne de la rapidity des jours.
De gais Equipages montent et descendent, emportant des femmes souriantes; qui laissent voltiger si la hauteur de leurs 6paules les rubans et les dentelles de leurs toilettes 6clatantes. Des files de cavaliers galoppent sur les bords de la promenade, accompagnant de jolies amazones ai^x joues empourpr6es. Mais quand la nuit arrive, les invalides fuient Phumidite de Pair, la fralcheur de la mer, et se confinent dans leurs chambres k peine ^clair^es^ pour n'en sortir que lorsque le soleil y rentrera.
Pour les jouisseurs, au contraire, la nuit est encore le temps de la joie. Les courses, les.r^gates, les bains, le billard, ont pris le jour. Mais le soir les th^^tres s'ouvrent, les salons s'illuminent, les caf6s se remplissent, et la joie delate partout. On rit, on chante, on danse, on mange, on boit, on use enfin sa sant6 de toutes maniferes, sans songer qu'aprfes quelqucs ann6es peut-^tre, on reviendra, amaigri et sans couleurs,
190 AU PAYS DU SOLEHi
boire quelque tisane au lieu m^me oii Von a vicl6 tant de verres de punch.
Si Ton veut avoir un coup d'oeil vraimentfSerique, il faut monter au Vieux Chdteau — dont il reste k peine quelques mines. On y arrive par des allies sinueuses bord^es d'agaves, de cactus et d'aloSs, qui poussent en cet endroit com me le chiendent sur nos terres. Du haut de la plate-forme qui couronne le monticule, et qui s'^lSve ^ plus de trois cents pieds au-deg^sus de la mer, vous verrez se derouler sous vos regards, un panorama magnifique. A gauche, au pied du promontoire, une jolie rade k demi ferm6e par un m6le ; h droite une greve de sable et de gravois s'etendant k perte de vue du c6te de Pouest; en face, la mer venant battre le in6le en mugissant, et bofdant la Promenade des Anglais d'une dentelle d'^cume.
Au nord-ouest, entourant presque le Vieux Chdteau^ la Nice Ancienne, qui, comme toutes les vieilles villes du littoral, fut fondle par les Phoc^ens, et qui a bien des fois chang^ de maltres. L^ naquirent Massena et Garibaldi. Du m^me c6t6, mais au deist du Paillon, la Nice nouvelle 6talant ses longues rang^es de villas et d 'hotels aux vives couleurs blanches, roses, orange et lilas. C'est la vraie Naiade antique, dont la Mediterranee vient baiser les pieds, et que les anglais ont voilee k demi de palmiers et de lauriers roses. Pendant que les montagnes rang^es en hemicycle derriere elle, seeouent sur ses 6paules les fleurs de leurs jardins, les palmiers balancent l^gferement sur son front leur larges ^ventails.
J'ai voulu juger du th^Mre de Nice, jesuis all6 en
tendre Alice de Nevers, op^ra comique de M. Herv^. La morale dominante de la pi§ee est dans ce couplet qui revient souvent :
II faut boire k plein verre :
Void le tenQps des amours,
Plus la vie est l^g^re, Et plus les maux en sont courts.
Paroles et musique, tout m'a paru fort mediocre, mais le succ^s a 6t6 immense. M. Herv6 lui-m^me dirigeait Torchestre, et ses amis lui ont fait une ovation. A tout instant, de nouvelles couronnes lui etaient apport^es, et quand le rideau tomba, i'auditoire exigea qu'il fClt relev6 pour acclamer une derniere fois Pauteur..
A la porte du th^^tre, je passai pr^s d'un groupe d 'amateurs qui discutaient le merite de I'cevivre ; et Pun d'eux r^suma le debat en disant : enfin, le public est content, les acteurs sont contents, I'auteur est content, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ; mais cela n'emp^che pas que c'est de Vinsenseisme.
Quand je revins k mon h6tel, la lune descendait au pas de course des hauteurs de la coupole celeste, et dans le firmament brun se groupaient k ses c6tes, de petits nuages qu'on aurait pris pour un troupeau de brebis blanches paissant tranquillement dans les p£lturages infinis.
Ce spectacle me rappela une ballade du charmant
po^te proven^al, Mistral, dans laquelle revient sans cesse ce refrain :
La luno barLano D6bano De lano
La lune spectrale — divide — de la laine.
C'6iait bien cela. La lune, fuseau 6norme, sem-
blait divider de la laine en tournant au milieu de
toutes ces toisons 6clatantes.
OMMENT vous d^crirai-je ce royaume en miniature, le plus pittoreBque etle us charmant que I'on puisse voir ? Mon ibarras est extreme.
Un peintre pourrait.jeter suria toilecet
mirable paysage, grace aux ressources
la perspective et de la vari6t6 des cou-
leurs, et quand son pinceau aurait mis en
relief toutes ces beaut^s, il n'aurait plus qu'il vous
dire ; voil^, regardez I
Mais je iie suis pas artiste, et c'estuvec des paroles que je dois vous peindre cette jolie petite ville, perch^e sur un promontoire taill4 d, pic. Vous dirai-je que ce plateau superbe, dont les Danes escarp^s sont battus par la mer de trois o6tfis, et qui s'adosse aux Alpes Maritimes, ressemble au viel Atlas portant le monde sur ses 4paules ? Vous repr^senterai-je ces bords de la Mediterran^e coninie une ligne de fortications naturellcs, et Monaco comme un bastion avanc6, destined porterquelquebatterie formidable?
Mais ces images sont absolnment insufiisaiites k I'eproduire le tableau que j'ai sous les yeux. Disons done simplement que Monaco est b&ti sur un v^ri-
194 AU PAYS DU SOLElL
table quai . nature!, fait d'un seul bloc de pierre, s'elevant £l plus de deux cents pieds au-dessus de la mer, et s y avangant t. plus de mille pieds du rivage. Mais le rivage est un mont cyclopeen qui s'appelle la T^te-de-Chien.
Je soupgonne quelques aventuriers de la mer d'avoir trouv6 cette ressemblance et ce nom. lis ont dft observer alors que ce chien tire la langue et la plonge dans I'eau limpide pour se desalterer, et ils se Bont dit que cette langue de pierre conviendrait admiraMement aux assises d'une ville et d'un chAteau-fort.
Quoi qu'ij en soit, on ne saurait trouver un meilleur observatoire que cette plate-forme iliondee de soleil pour admirer la beaute de ces plages incomparables. Trois ruelles courent de la gare, qui est au bas de la T^te-de -Chien, jusqu'^ Textr^mit^ du promontoire, .et vous conduisent d une terrasse suspendue sur Pablme, et plants de pins, de cypres, de palmiers, de poivriers, de lauriers et de figuiers.
De R le regard s'etend ^ perte de vue sur la mer, bleue comme un lapis-lazuli. A gauche, une rade charmante est creuzee dans la montagne, et prot6^6e du c6te de TEst par un autre promontoire admirable, oii s'el^ve Monte-Carlo. D 'elegants esquifs et quelques voiles blanches sillonnent en ce moment les gracieuses ondulations de la baie.
Du c6te de TOuest la plage offre la perspective la plus variee de promontoires escarpes, d'anses de sable, de villages coquets se mirant dans la mer, et de collines bois^es, ^maill^es de blanches villas.
Le Palais de Monaco m^rite une visite.
La Tour de la grande fagade, couronnee de cr6neaux, la Cour d'honneur avec ses murailles peintes k fresques, une suite de salons assez richement ornes, la chapelle Saint-Jean-Baptiste, d6cor6e de marbres, de dorures et de mosaiquea, attirent I'attention etles ^loges des visiteurs.
Mais les jardins sont d'une splendeur vraiment feerique, et les murailles des fortifications disparaissent sous les fleurs. Aussi bien, n'est-elle pas en humeur de faire la guerre la priucipaute de Monaco. Elle a des bastions formidables, mais les geraniums et les aloes les ont escalades et pris d'assaut ; ils en remplissent les fissures et en disjoignent les pierres. On y voit des canons, mais ils sont en bronze dore: des objets d'art, et il n'v a pas de canonniers.
J 'y fii vu des grenadiers superbes ; mais ils ne portaient que de belles grenades rouges qui m'ont fait venir Peau a la bouche.
Le prince de Monaco a une armee cependant, composee de cinquante homines ! Je suppose que dans ce nombre il y a un gen6ral-en-clief, plusieurs aiitres g^neraux et de nombreux officiers, et je me demande coinbien il reste de simples^ soldats. Voila mon ideal d'une arm6e permanente. Je ne reve pas la paix universelle, qui est absolument impossible, maisje regrette souvent que les emplois jniliiaires ne soient pas des sinecures.
L'administration du prince est proportion nee a son armee, et il me semble que ce petit peuple doit ^tre
bien heureux, II a sous les pieds un paradis terrestre, 80I1B les yeux une mer pleine de seductions, et sur la tete un ciel ^clatant. Quels parfuma embauinent I'air I Quelle briee court sur les eaux ! Quels reflets' colores partout 1
Imaginez-vouB qu'en Janvier, alors que nous grelottons sous noB ^paissee fourrures, les fenfires des maisons sont ouvertes ici, et les femmes se prom^ nent sans manteaux, avec des ombrelles sur la t6te !
Ah 1 le soleil peut bien Stre parcimonieux cbez nous ; il gaspille lei ses splendeurs, 11 Kconde ici jusqu'aux rochers et leur fait produire des fleurs.
Mais toute m^daille a son revers, et quand vient r4t6 11 n'y a plus que les cigales qui continuentd'aimer le soleil et de chanter ses ardeurs. Les hommes dorment le jour et veillent la nuit. Les rayons du soleil ne les charment plus, et ils pr^firent les bees de gaz et le trente-et-quarante. Le voisinage de Monte-Carlo trouble le sommeil et le bonheur de Monaco.
En longeant la plage de la rade, nous laissons it droite les grands ^tablissements de bains de Monaco, ft, gauche les nouveaux h6tels et les villas de la Condamine, et nous atteignons par une pente assez forte le plateau de Monte-Carlo.
C'est ici que M. Blanc a biti une immense maison de jeu, un grand caf6 et un hfltel. Une belle place carr^e, orn^e de jets d'eau, s^pare les trois ^tablissements : au sud le Casino, k I'est le caf4, et A I'ouest le Grand-H6tel de Paris. On y accourt de Nice, de
Cannes, de Menton, de Paris, de Londres, de Saint- P6tersbourg, des bouts du monde. Le jen est le d& mon de ce pays, et les millions tombent comme par enchantement dans la caisse de M. Blanc.
De pauvres diables y viennent engouffrer en qnelques minutes leurs Economies de plusieurs ann6es. Des m^res y viennent exposer au hasard de la roulette Fh^ritage de leurs enfants. Des fils de families y viennent fondre en quelques ann6es le patrimoine qui a cot!lt6 k leurs pferes tant de labeurs et de veilles.
C'est une passion, un entratnement, un vertige. Pendant qu'un orchestre de quatre-yingts musiciens remplit vos oreilles d'harmonies enivrantes, les tapis verts tout resplendissants d'or fascinent vos yeux, et les roulettes, tournant sans cesse, finissent par faire tourner la t^te des joueurs.
J'ai vu quelqu'un s'approcher d'une table de jeu, tout p^le et enfi6vr6, et y perdre 20 000 francs, sans avoir pris le temps de s'asseoir. On m'a nomm6 un prince Russe dont la d6veine a dur6 deux saisons, et lui a fait perdre une fortune de quelques millions. M. Blanc h^berge actuellement sa famille au Grand H6tel de Paris, en attendant que le prince ait pu se cr6er de nouvelles ressources.
II va sans dire que M. Blanc realise de beaux b6n6fices, et Ton assure qu'ils se sont 61ev6s Pann^e demi^re k dix millions. C'est un joli denier comme revenu.
Aussi bien, le prince de Monaco n'est ici qu'un
prince ; mais M. Blanc est le roi, et d'autres princes lui font la courbette sans d6guisement. XJne de ses fiUes est fianc6e au prince Radziwill, et I'autre, dit-on, k un prince de Bourbon des Deux-Siciles. EUes apporteront en dot une quinzaine de millions chacune.
M. Blanc est d'ailleurs un roi g6n6reux, qui fait restaurer les fresques du Palais, qui bMit des 6glises (protestantes et catholiques), qui construit des quais, macadamise des chemins, les ombrage de lauriers roses, et fait enfin construire une route carossable sur la grfeve de Monaco k Nice. Ce dernier travail lui coMera pr&s d'un million ; mais il amSnera i son tapis vert des Anglais et des Russes qui lui en verseront dix fois autant. fascination de I'argent !
A part le grand salon de jeu, il y a au Casino une magnifique salle de concert, et une vaste chambre de lecture oii j'ai compt6 prfes de trois cents jo urnaux, Je n'en ai vu aucun du Canada, h^las !
Le concert du soir a 6te trSs beau ; mais sans attendre la fin je suis entr6 au salon de jeu. Assis dans un fauteuil, je me suis content^ de regarder jouer, en me rappelant ces versde Musset:
" Vous qui venez ici, mettez bas Fesp6rance, Derri^re ces pilliers, dans cette salle immense S'etale un tapis vert, sur lequel se balance Un grand lustre blafard, au bout d'un oripeau Que dispute k la nuit une pourpre en lambeau.
L^, du soir au matin, roule le grand peuU-itre, Le hazard, noir flambeau de ces si^cles d'ennui,
Le seul qui dans le ciel flotte encore aujourd'hui.
L'abreuvoir est public, et qui veut vient y boire ; J'ai vu les paysans, fils de la PorM-Noire, Leurs batons k la main, entrer dans ce r6duit ; Je les ai vus pench^s sur la bille d'ivoire, Ayant k travers champs couru toute la nuit, Fuyards d6sesp6r6s de quelque honn^te lit ;
Je les ai vus debout, sous la lampe enfum^e, Avec leur veste rouge et leurs souliers boueux, Tournant leurs grands chapeaux entre leurs doigts Poser sous les r^teaux la sueur d'une annee, [calleux, Et lai, muets d'horreur devant la destinee, Suivre des yeux leur pain qui courait devant eux !
Dirais-je qu'ils perdaient ? H^las ! ce n'6tait guSre. C'6tait bien vite fait de leur vider les mains. Get or, ces volupt6s, ces belles passagSres, lis regardaient alors toutes ces 6trang^res, Tout ce monde enchante de la saison des bains. Qui s'en va sans poser le pied sur les chemins.
lis couraient, ils partaient tout ivres de lumi^res, Et la nuit sur leurs yeux posait son noir bandeau, Ces mains rudes, ces mains qui labourent la terre, II fallait les 6ten(dre, en rentrant au hameau, Pour trouver a tMons les mftrs de la chaumi^re, L'aieule au coin du feu, les enfants au berceau !
fcris, je d^cris, je dferis. Que voulez-
U8? C'est le seul moyen de rendre
impreBsions au pays du Boleil. Ce
les yeux qui jouissent ici, et la nature
ible prodigiier ses beaut^s pour leur
r. Lea hommea Bont rejet^s tout k
ins I'ombre ; on ne les regarde nifime
pas. Lea montagnes, leB bois, les fleurs, la mer, avec
leurs aspects varies i I'infini et leurs incoraparablea
perspectives, voili ce qui abaorbe I'attention, et
quaod on ne tient pas le pinceau il faut bien recou-
rir k la litt^rature descriptive,
De Monaco k G&nea aerpente Bur les sommets la fameuae RotUe de la (hmiche, que je voudraia bien parcourir en diligence. Mais la locomotive eat Ik qui m'appelle en rugissant, et j'ai beau la trouvec horrible, il faut bien lui reconnattre le m^rite d'aller vite, et le tempa eat ai prficieux. Je remonte done en chemin de fer, bien k contre-cceur.
La voie continue de longer les rivagea de la M^diterran^, qui sont ici lea plus pittoreaquea et les plus beaux que I'on puisse voir. De distance en distance lee Alpes.allongent leura pieds giganUisques et lea plongent dans la mer, formant ainai une BUcoession
mt
de.caps et de bales, autour desquels le chemin court en zigzags. Lorsque les promontoires ont des escarpements qui ne permettent pas d'en faire le tour, 11 passe dessous, et quand nous arrlvons au Cap-Martin le train s'61ance en mugissant sous une for^t d'ollviers.
Tant6t, comme un grand serpent d'airaln, 11 replie ses anneaux pour gravir une colllne, et tant6t 11 descend au fond d'un golfe de sable, oii des hommes, des femmes et des enfants font la p^che avec de^ filets.
Icl s'ecroulent, du sommet d'uii roc escarp^, les ruines d'un convent ou d'un chateau-fort ; 1^ s'6panoult un village sourlant au milieu des platanes, des ollviers et des vlgnes ; plus loin c'est une gorge etrolte au bout de laqiielle ondule a perte de vue la nappe transparente de la M^dlterranee.
Oh ! que cette mer est belle ! Plus je la vols, plus je Talme, et il me semble en F^coutant qu'elle me chante les chansons de mon pays. Je pense si I'lmmortel Colomb qui est n6 sur ses bords, et qui I'a slllonn6e tant de fols, avant de s'elancer k la recherche de rinconnu, au dela de la Mer-Ten6breuse.
Ce souvenir hlstorlque en evellle mllle autres dans mon esprit.
II fut un temps oil ce grand lac 6talt le centre du monde civilise, Sur ses rives s'6talent 61ev6es, en face Pune de I'autre, deux vlUes superbes qui r^valent la domination unlverselle — Rome ei Carthage. Les deux grandes rlvales, riches et pulssantes, se regardalent
A.U PAYS DU SQLEIL 203
d'un oeil jaloux par-dessus cette mer, qui devint leur champ de bataille. II fallait que I'une dea deux fftt d6truite : la paix du monde 6tait k ce prix.
C'est la voix de Caton qui s'6cria : delenda est Carthago, et les Scipion furent les instruments de la Providence dans Paccomplissement de ce programme. La M6diterran6e devint une mer romaine.
De combien d'6v4nements elle a ^t6 le th^fttre I Que de batailles cel^bres y ont chang6 les destinies du monde depuis Actium jusqu'^ L^pante ! Que de flottes et que de marins illustres I'ont sillonn6e en tout sens ! Que de naufrages m^morables, outre celui de saint Paul, qui fut un triomphe pour le Dieu inconnu qu'il venait pr^cher k Rome.
Nous avons d6pass6 Menton, jolie petite ville bMie en amphith^toe sur une pointe peu 61evee, qui protege le golfe de la Paix.
La vieille ville grimpe les flancs d'une coUine escarp6e que couronnent les ruines d'un antique chltteau-fort, et conserve I'aspect d'une cite f6odale. Mais la ville neuve s'6tend au bord de la mer, et s'y pr6lasse comme une grande dame en vill^giature. Le quartier des Strangers, nomm6 Garavan (garde du vent), s'allonge sur un quai long de plus d'un mille, et s'adosse k des collines couvertes d'orangers, de citronniers et d'oliviers.
Nous sommes bien encore ici au pays du soleil, et de toutes parts viennent s'y r6fugier les victimes des rhumatismes, des catarrhes et des bronchites. La
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At PAYS Dt SOLEIL
brumeuse Albion y vient prendre tous les ans des bains d'eau pure et de lumi^re.
Le train poursuit sa course, contournant les bales et les falaises, escaladant les coUines, s'engoufFrant dans les tunnels, qu'il remplit de son horrible fum^e, et nous donnant k peine le temps de jeter un regard sur les plus admirables paysages.
Si j'etais riche, et si j'aimais moins mon pays de neige, je voudrais avoir une maison de campagne au bord de cette mer.
Serait-ce ^ Cannes, au milieu de ces grands seigneurs Anglais qui ont tant de bonnes qualit6s, et dont les d^fauts ne sont pas i charge au prochain ? Serait-ce k Nice, oii je retrouverais une colonic parisienne fort joyeuse mais un pen foltoe ? Serait-ce k Monaco, si Menton, k San-Remo, charmantes baigneuses qui livrent leurs pieds aux baisers de la mer, et qui portent sur les 6paules des manteaux de verdure et de fleurs ?
Je serais fort embarrass^ de choisir.
Et cette maison r^v6e, k quel endroit precis de la c6te la b^tirai-je ? Serait-ce au bord de Feau, sur la gr^ve, comme les villas d^ la Promenade des Anglais k Nice ? Ou bien plut6t, ne serait-ce pas en arriSre, sur les premiers coteaux des Alpes, au milieu des bois touffus, aveo une seule 6chapp6e sur la iner bleue qui me sourirait de loin ?
Si c'6tait sur les rivages de PAtlantique, je n'h^siteraispas; carjeboude cette mer terrible qui m'a
effray^ et rendu tnalade. Je I'aimaiB beaucoup avai de la Gonnaltre, et je chantais ses louanges ; ma. elle a si mal pay^ ma tendresse que je lui garde rei cune. Oui, je m'^loigneraied'elle, etje me placera sur une montagne afin de ne la voir que de loin i de haut. Je voudrais la -voir eepetldant— <e qi prouve que je ne suis pas entiSrement gu4ri de m passion pour elle,
Maie c'est la M4diterrann6e qui est H devant mo elle ne m'a fait ni peur ni mal, et je la trouve si joli^ si riante, si limpide, si bleue ! Son ^cuine est , blanche, et quand elle vient ^tendre sa broderie ai le sable de la gr^ve, elle chante un air si gracieux !
Oui, je batirais tout pr&s d'elle, afin d'asplrer '. vapeur transparente qui s'^lfeve de son sein, et c sentir les souffles parfum^s qa'elle exhale. Mais, m'entourerais de verdure, de manifere it voiier u peu I'ficlat de ses flote quand le soleil de midi flamboie, et pour que sa voix, se m^lant A celle d vent dans les feuilles, me chante un ^ternel duo.
Je choisirais cette petite anRe (que nous trave sons) profond^ment creus^e entre deux promoi toires feuillus, relics en arri^re par des montagm tr^s rapproch^es, dont les gradins seraient tevfiti d'une for6t solitaire, avec quelques jolie pr^s au verts gazons conatelUs de mai^uerites.
De ces montagnes descendrait' une petite riviSi qui jaserait en sautillant, et qui, se divisant poi embtasser un (lot, a'^lancerait ensuite d'un sei bond de quelques rochers abrupts, et formerait di
cascades 6parpillant une pluie de perles sur la mousse des rivages.
Ma maison (pourquoi pas mon chllteau, puisque c'est un r^ve que je fais ?) aurait au moins une tourelle, et un balcon soutenu par une colonnade, sur la pointe formfe par la rivi&re en se jetant dans la mer ; et du haut des terrasses je n'entendrais plus seulement un duo, mais un trio que la mer, la cascade et la brise me chanteraient
J'eii 6tais \k de mon reve lorsque le train s'arr^ta tout k coup au bord de la falaise en tournant une petite bale, au fond de laquelle un torrent d^gringolait des montagnes.
Que signifiait cet arr^t ? II n'y avait pas de gare dans le voisinage, et nous 6tions en pleine solitude. A droite, la mer d^roulait ses ondulations de moire violette k perte de vue, et sur notre gauche la montagne faisait onduler aussi ^on 6charpe de verdure.
• Nous descendons de voiture au bord de Pescarpement, et nous constatons que le pont du chemin de fer qui traverse le torrent s'est eflfondr6. Le train s'est arr^te au bord du precipice, et nous devons attendre qu'un autre train vienne nous chercher de I'autre cot6 du pont.
Profitant de ce loisir pour admirer ce site champetre et pittoresque, nous nous ^parpillons sur les rochers et dans les bois. Les uns descendent sur la greve formee de petits cailloux luisants. D'autres