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vont s'asseoir k I'ombre de grands m^lfezes, et tirent de leurs sacs de voyage des gUteaux et des fruits.
Un monsieur, coifF6 d'une casquette de soie, et deuxjeunes fiUes prennent leurs calepins et leurs crayons, et s*61oignent un peu pour dessiner le paysage.
Si j'etais artiste, je choisirais ce coin du tableau o\i les deuxjeunes filles sont assises au sommet d'une roche et forment relief sur le fond de verdure. Elles n'^ont pas Pair de se douter du charme qu'elles ont ajout6 au paysage, et, chose qui me surprend, le monsieur k la casquette de soie ne s'en doute pas non plus. J 'en congois une pauvre id6e de son talent !
Ne pouvant faire de Part, je me livre k la prose, et je songe k manger. N'avons-nous pas aussi un panier, et dans ce panier quelques friandises ? Allons sur la gr&ve, et voyons ce que nous dira cette bouteille de Marsala, avec une aile de poulet.
Pendant que nous vidons nos verres, la mer parle et nous recite des reminiscences classiques. Ulysse et Homere, En6e et Virgile sont les vieux noms qu'elle nous apporte. C'etaient de fiers marins que les heros des deux pontes, mais ils n'^taient vraiment pas chanceux, et cette mer a failli les engloutir bien des fois.
Dame, ils avaient tant de dieux et de deesses conjures contre eux I Junon, par exemple, qui m'a toujours fait Peffet (comme It Jupiter) d'etre une femme tr^s acariMre, en a-t-elle cause des tribulations a ce
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pauvre En^e I Et le vieux Neptune, ayec son trident, il 6tait alors fort incommode.
Qui sait si le brave En6e n'a pas jet6 ses vaisseaux sur cette c6te, dans cette petite baie oA nous sommes ? II me semble les voir ces glorieux restes d'llion. Aprfes un naufrage, ils ne se contentaient pas d'une cuisse de poulet,,»'il.faut en croire Virgile.
C'^tait par quartiers qu'ils faisaient cuire les cerfe, -et par tonneaux qu'ils buvaient le vin. Scarron, travestissant I'En^ide dit :
' Ils se remplirent k foison De vin vieil et de venaison.
Si bien burent, si bien mangferent Que la plupart s'en d^voy^rent. . .
Est-on plus sobre, et moins sbuvent d6voy6 aujourd'hui ? J'en doute beaucoup. Fait-on moins souvent naufrage ? Je n'oserais Fafiirmer, puisqu'il arrive au chemin de fer, m^me sans d^railler, de Jeter ses passagers sur le rivage.
ti
I le rfive que je viens d'6crire n'est qu'une fentaiaie de mon imagination, ■n eat un autre que j'ai longtempe ca- 3^ et dont la realisation commence :
r I'ltalie. Ce sol que je foule^c'eet le italien ; eette brise ti^de et parfum^e I m'efBeure pendant que je flftne dans les all^ ombreuseB de I'Acgua Sola, joU petit pate de Gfines, c'eat la brise d'ltalie,
Lee vers du po&te breton me reviennent & la m6moire :
De Bon voyage d'ltalie Toute la vie on se souvietit ; C'est comme une douce folie, On en parle toujoure 8it6t qu'on en revient.
Je me sens heureux et dispoB^^ voir tout en beau.
Et poartant, le confesserai-je ? je viens d'avoir un dfisenchanlenient. J'ai voulu parcourir un peu la vieille ville, et voir le port de G6ne3, que I'on vante beaacoup. Je me suis aventut^ dans une ruelle etroite, tortueuse et sale, pensant qu'elle n'^tait qu'un passage conduiaant k qnelque laige avenue. Mais je me suis perdu dans uu d^ale de ruee toutea sent-
blableis, et avec lesquelles la rue Champlain de Qu6 bee peut seule rivaliser. C'est avec peine que je me suis tir6 de ce labyrinthe, pav6 de cailloux ronds, et qui n'est pas arros^ d'eau de Cologne.
Oii done est G^nes la Superbe, coinnie on I'appelle ? Pour la bien voir, il faut se rendre k Santa Maria di Oarignano, et monter dans la coupole.
Cette 6glise est admirablement situ^e au sommet d'une coUine, sur laquelle on arrive par un pont jet6, non pas sur une rivifere, mais sur une rue profond6ment encaiss6e, et dont les maisons k cinq Stages sont sous nos pieds. L'int6rieur de I'^glise est orne de peintures, et surtout de statues colossales.
C'est de la derni^re galerie du d6me quej'ai pu contempler G^nes la Superbe. EUe etait toute entiere sous mes yeux avec sa ceinture de montagnes couronn^es de chMeaux-forts, sa bale spacieuse et calme, entour^e de promontoires, son port magnifique ferm6 par deux m6les et rempli de navires, ses grandes rues neuves bord^es de palais de m^rbre. La vue s'^tend m^me au loin sur la M^diterranee, jusqu'aux rivages de la Corse, que le guide montre, mais que personne ne voit.
Comme les autres grandes villes d'ltalie, G^nes a une histoire pleine de p6rip6ties. Elle a eu des siScles d'Jnd6pendance et de guerres glorieuses, des si^cles de querelles intestines entre ses plus illustres enfants, et d'autres 6poques oH elle subissait le joug etranger.
Au XV^ si^cle, dit un historien, elle se couchait
G^noise, se r^veillait Milanaise, faisait sa sieste fran- 9aise, et se rendormait Napolitaine.
Les principales ^glises de G^nes sont remarquables par leur richesse, plut6t que par leur architecture. San Lorenzo, la cath6drale, date du XII® si^cle ; elle a trois styles difF6rents, et deux esp^ces de marbre, le blanc et le noir, qui alternent. L^Annunziata et San Amhrogio sont, k Pint^rieur, d'une grande magnificence. II n'y a qu'en Italic qu'on puisse voir pareille profusion d'or, de marbres pr6cieux, de mosaiques, de peintures, de sculptures et de tentures. Les votites de VAnmmziata surtout sont admirables.
Les palais sont encore plus riches que les 6glises, et plusieurs contiennent des galeries de peinture et de sculpture d'une immense valeur. Les principaux sont le palais Royal, et les palais Doria, Durazzo, et Brignole.
Je n'ai pas voulu quitter G^nes sans aller visiter son Campo santo, et j'en ai 6t6 ravi, C'est une vaste galerie quadrangulaire, dans le style des cloitres, dont la votite est soutenue. par une colonnade, construite sur le versant d'une montagne et couronn6e d'une coupole. II y a 1^ des monuments fun^bres remarquables, et I'un d'eux m'a profond^ment touch6.
On y voit aussi le tombeau de Mazzini, et peut- ^tre y verra-t-on bient6t celui de Gambetta ; car tons deux 6taient G^nois.
Le nom d'un autre G^nois, bien plus illustre, absorbait mes pens6es quand je revins k la ville, et je
courus k la place Acquaverde admirer le monument que G^nes vient d'^lever k la m^moire de Christophe Colomb.
Aux pieds du grand homme, appuy6 sur une ancre, l'Am6rique est k genoux, et autour de lui sont rang6es des statues repr^sentant la Religion, la Science, la Force et la Sagesse. Sur une des faces du pi6destal on lit les mots : A Christoforo Colombo^ la Patria,
La vue de ce groupe de marbre magnifique a r6-
veill6 en moi le souvenir de la patrie, et c'est pour
elle que j'6crivis alors ce sonnet :
Nuages qui flottez au firmament vermeil,
Epaves de Pother dans Tinfini perdues,
Vous qui leg^rement volez vers le soleil,
Comme de grands oiseaux les ailes 6tendues ;
0\i courez-vous ainsi sans relai ni sommeil, Blanches nefs du Seigneur dans I'azur suspendues ? Si, quittant quelque jour votre ciel sans pareil, Vous cinglez au couchant sous vos voiles tenduee.
Par del^ I'Atlantique et ses flots 6cumeux,
Vous trouverez un ciel et plus froid et plus sombre,
Un vaste continent et des fleuves sans nombre :
C'est 1^ qu'est le pays ; portez-lui tons mes voeux,
Dites-lui que je Paime avec idoltoie,
Et que rien n'est si beau que ma douce.patrie.
AROLUS de Maximis a chant6 lea beaut^a et la salubrity de cette ville, oil soleil lie iaisse tomber que des rayons nt la clialeur est temp^r^e par la brise iritime, o^ I'air arrive embaumS par le rfrnn des fleurs des collines environ- Tites, oi I'oranger fleurit en plein hiver, I'atmosphfere toujours pure n'est jamais
troubl^e par le Sirocco. Ville d'fitude et de plaisir,
asile des muses et des malades.
Pise est une des plus anciennes villes d'ltalie, et fut avant JSsus-Christ une colonie romaine. Elle a 6te plus tard une r^publique cSl^bre par les annes, par son commerce, par les arts et lea lettres. Elle poss^da longtemps une university don t l'6clatrayonna dans touts I'Europe, et Dante y laissa beaucoup de eou venire.
II fut un temps oi sa population s'fleva jusqu'i 150000 habitants. Elle est ajourd'hui rfiduite k 25 000.
Les campagnes qui I'entourent aont ravissantea. Ellea aont couvertes de vergers et de vignea, ou sent parsem^es de villaa et de fermes qui respirent la
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prosp6rit6 et le bonheur. Nous les traversons par un temps d^licieux, et sous ua ciel tout bleu qui n'a pas I'ombre d'un voile.
Le train roule k toute vitesse, et nous arrivons bient6t au bord de I'Arno, le grand fleuve de Pltalie. Qa'on n'oublie pas que les grands fleuves d'ltalie ne sont que de Ir^s petites rivieres, comme celles qui, chez nous, font mouvoir les moulins et les manufactures.
Mais tout k coup surgissent, comme une vision, de Tautre c6t6 du fleuve, en pleine campagne, les trois merveilles de Pise, le D6me, le Baptist^re et la Tour pench6e. C'est un coup d'ceil vraiment feerique, que nous pardons malheureusement de vue en entrant dans la ville.
A peine descend us k la gare, nous nous batons d'en sortir pour aller contempler de prfes les splendides monuments qui font la gloire des Pisans. Nous traversons TArno sur le Pont Solferino, et nous apercevons bient6t devant nous, un vaste champ convert de gazon, oii s'^l^ve dans I'isolement Fincomparable groupe de marbre.
Car la ville, assez pauvrement bMie et sans mouvement, a Pesprit de 'Be tenir k I'ecart. On dirait qu'elle sent son indignity, et qu'elle n'ose pas approcher de ces splendeurs qui I'eblouissent. Peut-^tre regarde-t-elle ces monuments comme le tombeau de sa grandeur passee, et lui semble-t-il convenable de les entourer de solitude et de silence.
Quoi qu'il en soit, c'est ainsi que je les aime et les
admire, et ce lit de gazon sur lequel ils reposent, cet azur libre du ciel, qui les enveloppe et fait 6clater leur blancheur, sont bien le seul 6crin qui convienne k ces joyaux.
Bien des fois, dans d'autres villes, j'ai regrett^ de voir les plus belles cath6drales enfouies dans un ignoble entourage de bicoques en mines, ou perdues dans des ruelles 6troites, au milieu de sombres et hautes maisons, qui nous cachent leurs belles proportions et leurs harmonies. Ici, les grands Edifices sont Isolds, seuls entre ciel et terre, comme si les artistes qui les ont bMis les avaient places 1^ en exposition, afin qu'on puisse librement admirer ces chefsd'oeuvre dans tous leurs details.
Vous pouvez ainsi les contempler k distance pour juger I'ensemble, puis vous rapprocher et les toucher, s'il vous plait d'en mesurer les lignes, d'en compter les ornements, d'en 6tudier les formes et le fini. Non seulement rien ne vient obstruer vos regards ; mais rien ne trouble m^me vos pens6es, et, tout en admirant les beaut6s qui se multiplient devant vous, vous poursuivez en paix votre meditation int6rieure, ou votre reverie.
La construction du D5me remonte au XP si^cle. C'6tait en 1063 ; la R6publique faisait la guerre aux Sarrasins de Sardaigne, et venait enfin de detruire leur fiotte prSs de Palerme. Les Pisans attribu^rent cette victoire signal6e k la protection de la sainte Vierge, et pour t6moigner leur reconnaissance ils commenc&rent k bMir cette cath6drale.
Elle est en marbre blanc avec des incrustations noires ou de couleur, et pent 6tre consider^e comme un des chefs-d'oeuvre de Part bysantin. C'est un melange harmonieux de grec, de remain et d'oriental, dans lequel les artistes ont rev^tu les formes antiques d'embellissements et de d6cors pleins de gr§,ce et de 16gferet6.
Ce n'est pas le temple grec avec ses magnifiques colonnes et ses vastes portiques ; ce sont des rangees de colonnettes s'etageant les unes au-dessus des autres, et peuplant toute la facade de portiques aeriens et d 'arcades legeres.
On y retrouve le d6me romain, mais plus l^ger, plus elanc6, plus ornement6.
L'int^rieur a moins d'harmonie ; mais on y admire une for^t de colonnes d'origine romaine ou grecque, que les Pisans ont rapportees de leurs expeditions.
Le Baptist^re est un d6me de marbre ^l^gamment orn6 et pos6 sur le sol. L'echo en est merveilleux : il r^p^te les trois notes - harmoniques de chaque son. Le ciseau de Nicolas de Pise y a sculpts une chaire en marbre de Paros qui est un vrai bijou. La Tour penchee, avec ses huit Stages et ses six galeries k colonnettes, ressfemble a un 6norme telescope renvers6, braqu^ sur le soleil, qui decline k Phorizon. C'est ici que Galilee fit plusieurs de ses experiences.
Tout prSs s'ouvre le Campo Santo, esp^ce de cloltre quadrangulaire entourant un cimeti^re dont la terre
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fut apport^e de Palestine. C'est simple, grand et triste. Des fresques recouvrent les murs, et representent le Triomphe de la mort, le Jngement dernier, I'Enfer. Ces dernieres sont attribuees ^ Orcagna, qui s'est evidemnient inspire du poeme de Dante.
Autour de la galerie sont ranges des monuments fun^bres, des inscriptions, des bustes et d'autres sculptures. Je ne connais pas de promenoir plus melancolique et plus soleunel.
Quand nous retourn^mes vers la gare, nous etions r^veurs et silencieux.
Et nous allions encor par la noble cite. Aspirant son air doux, rasant ses larges dalles : Tout brillait rev^tu d'une noble clarte, Les vieux murs creneles et les tours feodales ; Et le chantre, 6voque, des choses ideales, Dante, nous precedait avec solennite.
Oui, c'etait bien cela, car ces lieux sont hant6s par Fombre du grand po^te. Bien souvent il les a parcourus, et son souvenir nous y accompagne.
En passant par la piazza dei Cavalieri, on nous montre I'endroit oH s'eleva jadis la cel^bre Tour de la Faim, dans laquelle moururent le malheureux Ugolin et ses enfar^ts.
Tout le monde connait le r6cit dramatique que Dante a fait de cette mort lamentable, et qui se termine par cette imprecation restee fameuse :
** Pise, opprobre de c^ belles contrees, puisque
" tes voisins sont lents k te punir, que les lies de la " Capraja et de la Gorgona s'6branlent, et qu'elles " ferment comme d'une haie les bouches de I'Arno^ " afin que tous tes habitants soient noy^s dans tes " murs ! "
vnt
HOTEL DE LA LUNE, qu'on m'avait »pfcialement recommande, a une table jxcsllente ; maia il est situ6 dans une rue fitroite, bordfe de hautes et sombres maisons qui nous d^robent compl&te- [jient le ciel. Par bonheur, nous n 'a von a que troie pas i, fiiire pour dfibouehet sur la piazza aeignwria, qui est admirable.
Quand on y arrive par un de ces couloirs ^troits qui aillonnent la Florence du moyen ftge, il eat difficile de retenir un eri d'enthouaiasme en apercevant tout A coup la Loggia dei Laml, ie Palaizo Vecchio, et la fontaine d'Ammanato.
Cette place n'est paa trop grande, et I'enBemble se voit d'un coup-d'ceil. Elle est harmonieuse sans 6tre tir^e au cordeau, varifie sans bigarrure. On sent en la voyant qu'elle est I'ceuvre du temps et du gfinie, et non pas celle d'un Conseil de Ville qui decrSte un bon matin qu'il va ouvrir une place nouvelie, et qu'il va faire un chef-d'ceuvre.
C'est ici que bat le coeur de la ville artistique, comine ce fut le centre et le forum de I'ancienne rSpublique fiorentine.
Le Palazzo Vecchioj avec ses murailles massives qui n'ont d'autre ornement que des cr6neaux, ressemble k un chMeau-fort. C'est I'antique symbole des liberies populaires au moyen-^ge. Sa haute tour carr6e serait prise pour un beffroi, si elle n'6tait pas couronn^e par une excroissance qui ressemble au casque d'un chevalier.
Que de batailles ont 6t6 livr6es autour de ses murs I Que d'6meutes sont venues battre ses portes ! C'est une histoire bien mauvement^e que celle de toutes ces petites r^publiques de Pita lie au moyen-ftge, et, comme dans les r6publiques contemporaines, on y connaissait les guerres intestines.
Les combats succedaient aux combats avec des alternatives de succ^s et de revers, et Ton peut imaginer combien duraient les guerres avec les Etats voisins, quand on se rappelle que certaines guerres civiles dur^rent trente ans.
La lutte de deux families nobles partageait la Republique en deux camps, et les paysans venaient des campagnes s'enrdler et combattre, qui pour les Baondelmonti, qui pour les Uberti, les uns pour les Guelfes, les autres pour les Gibelins.
Les vainqueurs rasaient les palais des vaincus,
qu'on exilait, et des haines implacables, couv9,nt
daris les coeurs des h^ritiers, pr6sageaient de nouvelles luttes pour I'avenir..
Unjour venait oil les exil6s se ralliaient, recrutaient des troupes 6trangeres, et investissaient les villes qui les avaient proscrits. Parfois alors la fortune chan-
geait, et les pers^cuteurs 6taient proscrits h leur tour.
Chose Strange, et qui montre combien le christianisme dut rencontrer d 'obstacles en pr^chant la loi de charit6 et le pardon des injures, la vengeance 6tait le premier article du code de Phonneur. La moindre injure devait 6tre lav^ie dans le sang, etchacun avait toujours la main sur son ep6e. Mais au lieu de deux individus croisant le fer en presence de t^moins, c'^taient presque toujours deux troupes armies qui s'engageaient dans ces duels.
Sur le perron du Palazzo Vecchio, deux colosses de marbre ont vu passer bien des generations ; ce sont THercule de Bandinelli et le David de Michel- Angelis ont Pair un peu ennuy^s de monter la garde depuis des sifecles.
Au-dessus de la porte, I'inscription suivante attire Tattention :
Jesus Christus, rex florentini populi, S. P. decreto electus.
Certes, les Florentins qui firent cette Election n'6taient ni Juifs, ni paiens. Elle d^t ^tre faite aux jours m^morables oH Savonarole ^tait devenu I'oracle de Florence.
La Loge des Lanzi est un balcon ouvert avec des
arcades et des colonnes pleines d 'elegance, dans les-
"-quelles s'encadrent des statues antiques aux poses
hardies et saisissantes. Les plus remarquables sont
le Fersee de Benvenuto Cellini, etude anatomique
d'un r^alisme effrayant, la Sabine enUv&e de Jean de Bologne, et la Judith de Donatello.
Cette derniere est tourn6e du c6te du palais de la seigneurie, et lui montre la t^te couple d'Holopherne, eomme pour dire aux Grands-Ducs qui gouvernaient ci-devant Florence % gare 2L vous, si vous devenez des Holopherne I L'inscription du pi6destal, portant la date de 1415, accentue cette menace : exemplum aalut, publ. cives posuere.
Le groupe de la fohtaine d'Ammanato est tout ce qu'il y a de plus Renaissance. C'est un Neptune colossal debout sur une couque trainee par quatre chevaux marins, et entoure de tritons, de nymphes et de satyres, dans les poses les plus effrontement voluptueuses.
Entre le Palais- Vieux et la loge des Lanzi s'ouvre une rue qui conduit aux Uffizi, dont on voit s'allonger le portique orne de colonnes et de statues.. Nous y reviendrons passer tout un jour ; mais aujourd'hui je veux parcourir un pen la ville.
En tournant le dos k la piazza Seignioria, et en suivant la via Balzajoli, nous arriv5ns bient6t en face des trois grands monuments religieux de Florence: le D6me, le Baptistfere et le Campanile.
Le Campanile, isol6, pos6 sur le sol, comme c'6tait la coutume au XIV** siecle, est une tour carree, de marbres de couleurs diff6rentes, formant une veritable marquetterie, ornee de statues et de bas-reliefe, percee de fenetres a colonnes torses, et s'elan9ant ^ une hauteur de 2o8 pieds. C'est un travail prodigieux,
et quand on se rappelle qu'il est I'oeuvre de Giotto,' et qu'Andr6 de Pise, Donatello et Luc de la Robbia on travaiil6 d. Tomer, on ne s'etonne plus de sa beaut6.
Ce qui est regrettable, c'est qu'il ait 6t6 b4ti, comme le D6me et le Baptist^re, sur un terrain bas au lieu d'etre sur une Eminence.
Le D6me n'a pas de fa9ade et n'en aura probablement jamais, parce qu'il faudrait, pour en faire une qui fdt digne de I'edifice, des sommes d'-argent que Florence ne souscrirait plus, et des artistes comme elle n'en produit plus. C'est une montagne de marbre de couleurs vari6es, surmont^e de I'immense coupole qui fait la gloire de Brunelleschi. Tous les styles d'architecture y sont reunis. II y a de la grandeur dans les proportions et de la richesse dans les details ; mais I'ensemble n'a pas I'harmonie du Dome de Pise. La coupole, octogone, allong^e, et surmontee d'une lanterne pointue, est d'une grande hardiesse, mais elle n'a pas I'elegance unie k la majest6 de^celle de &aint-Pierre du Vatican. L'interieur est immense, mais sombre, et inachev6 comme la fa9ade.
Le Baptistere ressemble k celui de Pise, sans 1'6galer. Mais les portes en sont merveilleuses comme imagination et comme travail. Elles temoignent de la souplesse avec laquelle Ghibprti maniait le bronze, et en m^me temps de son go^t entache de paganisme. Michel- Ange disait que ces portes seraient dignes de fermer le Paradis. Mais pourraient-elles aussi bien I'ouvrir ?
J'ai vu Santa Maria Novella avec son cloltre et ea grande fresque de I'Enfer, copi^e de Dante par Orcagna ; San Lorenzo et «e8 tombeaux de Laurent de M^dicia et d'autres Grands-Ducs, ceuvre prodigieuse de Michel-Ange ; I'Annunziata avec ses belles fresquea d'Andr^ del Sarto ; San Marco et ses cloftres tout peupl^s des souvenirs de Savonarole et de Fra Angelico de Pi^sole ; San Spirito, Santa Croce, Santa Maria del Carmine et ses fresques c^lSbres de Masaccio. Toutes ces ^glises meriteraient d'fitre d€crites ; mais je suis las de "faire des descriptions, lecteur, et vous devez Stre bien ennuyS d'en lire.
Faisons plutdt une petite excursion i travers Thistoire.
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