‹ À travers l'Europe: impressions et paysagesChapitre 19 sur 28 · LES VISITEUES DF, ROME · texte numérisé non relu

LES VISITEUES DF, ROME

'est past doiin6 i tout le monde d'aimer

ne, ot p:irrni eeiix qui la visitent, il y

beaueoup qui reviennent dSsenchan-

C'est que I'uttrait quVUe possSde est

nature toute particuliere, quichanne

ns et que les autres ne sentent pas.

eeux-ei, la Ville-Eternelle est ime

^nigme ; pour ceus-Iii, elle est im livre ouvert dont

la lecture les captive de plus en plus. Quand ils I'ont

lu, ils le recomiflencent, et ne se lassent pas de I'^tu-

dier.

Mais ils n'y trouvent pas tous le m6me cnseignement. Qaelquefois raSma c'eat une Rom9 diflferento qu'ils aiment, et parmi ceux qui ont &rit leurj impressions de voyage, les uns oat aurtout affjctionne la Rome clir^tienne, tandis que d'autres n'y ont 6tudie, admire, goflte que l'antiqtiit4 paienne.

P^trarque, Boccaee, eQ visitant Rome, d^ploraient I'abandon des ^glises ; mais ce qu'ils regrettaient surtout, c'etait de voir crooler les arcs triomphaus, les tombeaux et les statues des anciens Remains.

Le Tasse avait des sentiments plus Chretiens, et s'adressant ^ Roma, il ^crivalt : " Ce ne soat pas les

" colonnes, les arcs de triomphe, les thermes que je " recherche en toi, mais le sang r^pandu pour le " Christ, et les os disperses dans cette terre mainte- " nant consacr6e, bien qu'une autre terre I'enveloppe " et la recouvre de partout. Oh ! puiss6-je lui donner " autant de baisers et de larmes que je puis faire de " pas en trainant mes membres infirmes !

L'infortun6 pofete ! ce qu'il cherchait k Rome, c'6tait une chambre dans un convent, oii il ptlt avoir la paix, et il la trouva k Saint-Onuphre, sur le Janicule. C'est Isl, en face du Capitole, oii le triomphe I'attendait, mais ne lui fut d6cem6 qu'aprfes sa mort^ c'est lA qu'il acheva dans les sentiments les plus Chretiens une vie pleine de d6boires et d'amertumes.

Balzac, le rh6teur du XVIP si^cle, dont le style est mani6r6, mais qui n'en 6tait pas moins un esprit sup6rieur, 6crivait de Rome : " Si je reve deux heures " au bord du Tibre, je suis aussi savant que si j'avais " 6tudi6 huit jours."

Rien n'est plus juste que cette observation ; car ici I'histoire s'illumine de clart6s qu'on ne rencontre nuUe part ailleurs.

Goethe n'a vu et aim6 que la Rome paienne. II en parle avec transport, avec d61ire : " Oh I quelle feli- " cit6 m'a 6t6 accord6e, it moi mortel! Est-ce un " songe ? Jupiter I p&re des dieux, ouvre-tu k " retranger ton palais parfum6 d'ambroisie ? "

Une fois lanc6 sur cette pente, il ne s'arr^te plus, et tous les dieux de Pantique Olympe rcQoivent ses hommages. II achate une t^te de Jupiter, et la place

en fiace de son lit, afin, dit-il, de pouvoir lui adresser sa pri&Te du matin.

Goethe avait un genie assez vaste pour comprendre Rome tout entifere. Mais la passion, le pr6jug6, le sensualisme Pont emp^ch6 de voir la Rome chr6tienne.

Tout protestant qu'il flit, Byron a su mieux apprfoier les deux Rome, et il a 6crit : " Dans son ensemble ancien et moderne, Rome surpasse la Gr^ce, Constantinople et tout, du moins tout ce que j'ai

vu Rome ! ma patrie, cit6 de r§,me, les d6s-

h6rit6s du coeur doivent se tourner vers toi."

Un po^te gaulois du V® siecle, qui n'6tait pourtant pas chr^tien, a pouss6 ce cri d'enthousiasme apr^s avoir visits Rome : " L'6ternit6 tout enti^re serait courte ^ qui admire Rome; rien n'est long qui plait sans fin "

Bien d'autres noms se pressent sous ma plume ; mais qu'il me suffise d'ajouter que les incr^dules, es viveurs, les esprits utilitaires, admirateurs passioiinfe du progr&s moderne, ne se plaisent gen^ralement pas k Rome, tandis que les ^mes d'^lite, les vrais. artistes et les hommes de foi, la visitent non seulement avec admiration, mais avec amour.

II ne faut pas chercher ^ Rome ce que Rome ne possfede pas. Ceux qui ne sont s6duits que par des rues larges, bien align6es, bien pav^es, bien lavees, bord6es de grandes boutiques et de vastes h6tels ^ perte de vue n'ont q;ue faire d'aller £l Rome ; New-

York, Philadelphie, Chicago, San-Francisco sont les villes qui leur conviennent.

J'ai connu k Rome un californien qui mourait d'ennui apr&s'y avoir passe huit jours, et qui n'y restait plus longtemps que pour plaire k sa soeur, une bonne catholique qui s'y trouvait heureuse.

" Je ne comprends pas, me disait-il un soir, pourquoi nous venons ici. San-Francisco est une ville bien mieux b^tie que Rome ; il n'y a pas ici un h6tel comparable aux ndtres ; les cafes sont pitoyables, et les boutiques mal instances : Le Cbrso, dont j'ai tant entendu parler, est une ruelle compar6 ^ notre Broadway, Le Pincio ferait triste figure k c6t6 du Central Park de New-York, et Union Square est preferable a la PUice du Peuple"

Le Yankee continua quelque temps sur ce ton, pendant ' que je lisais Vltalie, qui n'Stait pas plus spirituelle que lui. Enfin il termina sa tirade en me disant : " Est-ce que vous vous amusez dans Rome ?" — Non monsieur, mais je n'y suis pas venu pour cela. — Ah ! soupira mon interlocuteur, en me regardant comme un objet de curiosite, et il ne dit plus mot.

J'ai rencontr^ des Anglais qui allaient a Rome pour voir le Pape, Victor Emmanuel et Garibaldi, et quand ils avaient vu ces trois grandes curiosites de Rome — c'etait leur mot— ils s'en revenaient contents.

Sans vouloir d&rier mes compatriotes, je puis bien vous dire que tons n'apprecient pas les beautes et les hannonies de la ville incomparable. L'un 4'6ux»

qui ne manque pas d 'esprit ni de conaaissances, mais qui pose en homme pratique^ visitait la Ville- Eternelle, il y a quelques ann^es, en compagnie d'un abb6 cana^ien. II avait vu des 6glises, des temples, des palais, des mus6es et des galeries, et de temps en temps il r^pondait h. I'enthousiasme de son compagnon en disant : " Mais ^ quoi tout cela sert-il ? "

Un matin il arrive au Capitole, toujours avee son compagnon, et il gravit les degr^s avee des marques d'int^r^t beaucoup plus prononc6. Les chevaux de Castor et Pollux au haut de la rampe I'attiraient visiblement ; mais en arrivant au sommet, il se trouve en face de la statue 6questre de Marc-Aurele, et se met ^ tourner autour avee une apparence inaccoutumee d'^motion.

" Ah I M. I'abb^, s'6crie-t-il tout k coup, venez done " voir ce magnifique chefval, c'est un vrai percheron. " Tenez, placez-vous IS., et regardez-moi ce poitrail, ^' cette croupe, cette encolure, ces pattes... un vrai " percheron, vous dis-je ! "

L'abb6 lui jeta un coup d'ceil, 6clata de rire, et tourna le dos en disant : " Percheron vous-m^me."

C'est avee orgueil et bonheur que je me range parmi les admirateurs de Rome, parce que je I'ai contempl^e avee les yeux de la foi. Des le premier jour je m'en suis 6pris, et c'est en pleurant que je lui ai dit adieu.

Ce fut un r^ve, une vision enchantfe, qui a passe devant mes yeux comme les tableaux d'une faerie, avee une rapidity qui ne m'a pas laisse le temps de

noter toutes mes impreflpions. Les courses quoti- (liennes absorbiient toutes raes heures, et quand le soir arrivait, mon coeur -d^bordait d'6motions qui se refusaient k I'analyse.

Mais toutes pA.les qu'elles soient, ces pafires, Sorites sous le coup d'une admiration vive, enthousiaste, irresistible, feront peut^^tre mieux com prendre k quelques touristes le langage myst6rieux de la Ville- Etemelle.

VUE GfeNfeRALE.

UELLES destinies merveilleuses que 2lles de Rome I Et comme sa gloire ses souvenirs jettent dans I'ombre tee les autres villes du monde I

ans Ba marche it travere les siSclee, manit^ ob^it toujours successivement ^ deux forces, h deux principes qui se combattent : la mati^re et I'esprit. Or Rome a 6t6 la pluw haute expression de la matiSre, et- elle est aujourd'hui la plus haute expression de I'esprit. Elle a 6t4,la plus grande force temporelle de I'univers, et elle en est' aujourd'hui la plus-haute puissance spirituelle. Elle a conquis I'univers par les armes, et au moment oil ses armes ae sont briafes, elle a repris I'empire par la religion, ct elle le gouveme encore par les &mes.

Lorsque le penseur, jetant un coup d'ceil en arrifire s'arrfite k contempler I'histoire du monde, audessUB de tous les ^v^nements, au-dessus de toua les peuples, au-dessus de toutes les c416brit&, il voit Rome dominant les Ages, s'^levant comme une colonue gigantesque, comme une borne eolossale entre le monde ancien et le monde nouveau, et presentant deux faces dont I'une regarde le pass4, et I'autre I'ayenirl Elle lui apparait comme la representation

vivante des deux cites qui se partagent le globe terrestre, et Phistoire atteste qu'apr^s avoir 6t6 la (Mi du Diable, elle est devenue la Oite de Dieu I

Ecrire une histoire complete de Rome et de ses destinies serait faire Thistoire du monde en deux chapitres : Rome paienne et Rome chr6tienne ! Car les evenements historiques, m^me ant^rieurs k sa fondation, 6taient dans les vues de la Providence un travail pr6paratoire k la domination romaine ; et quand Romulus vint planter sa tente au sommet du mont Palatin, il n'^tait pas seulement un prfeurseur de C6sar, il etait, sans le savoir, le premier ouvrier du grand oeuvre annonc6 par les proph^tes, et c'est sa main inconsciente qui j etait les premiers fondemients du si^ge apostolique !

Rome est done en quelque sorte un r6sum6 du monde, et c'est de \k que nalt son charme irresistible. Son nom se trouve partout, il est m6l6 k tous les 6v6nements, k tous les progr^s de I'esprit humain, k tous les ^ges de la vie.

Aussi quelle n'est pas I'emotion du pelerin catholique quand il pent enfin promener ses regards sur cette merveille historique et monumentale ! Pour vous en faire juger, lecteurs, je Veux tout d'abord vous montrer une vue d'ensemble de la Rome chretienne, sans m'attarder dans Xa. description des details.

Transportons-nous par la pens6e au sommet du Janicule, sur cette colline oii fut crucifi6 saint Pierre, pr^s du convent oii vint mourir le Tasse, et de cet

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observatoire 61ev6 nous embrasserons dans un coup d'oeil g6n6ral la ville aux sept collines.

Quel spectacle s'offre maintenant k nos regards I Quelle harmonie dans cet ensemble de monuments, dont la majesty se dresse maintenant sous nos pied si

Quatre grandes basiliques captivent tout d'abord notre attention : Saint-Pierre, Saint- Jean de La tran, Saint-Paul, et Sainte-Marie-Majeure. Quelle gran* deur ! Quel 6clat I Et quel accord lumineux dans ce quatuor monumental I

Les trois premieres, Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Jean forment un triangle dont chaque pointe est une des extremit^s de la ville, et les trois hommes dont elles consacrent la memoire et le culte sont les trois fondateurs de I'Eglise catholique, les trois grands ap6tres de cette institution divine sur la terre.

Admirons ce trio symbolique. De m^me que le ciel repose sur une trinit6 divine, PEglise catholique, qui est une image du ciel sur la terre, semble assise sur une trinity humaine, et de cette trinity humaine Rome, la ville de TEglise, a fait une trinity monumentale qui lui sert de fondement. Et chose admirable, observe Mgr Gerbet, on retrouve dans ces trois hommes des attributs personnels qui rappellent et symbolisent ceux des trois personnes divines I

Pierre a les clefs, il est le Chef, il est le P^re! Paul est le Docteur, la Science, la Parole, comme J^sus est le Verbe I Jean est I'Amour, la Charity symbole de TEsprit-Saint I

Mais ce n'est pas tout. Pour I'exfcution entifere du plan divin, les trois personnes divines n'ont pas suffi ; il leur a fiallu s'associer une femme ; la trfes sainte Vierge. De mSme pour completer les assises de la Rome eccl6siastique et monumentale., la m^me femme a dH 6tre associ6e k la trinite humaine, et Sainte-Marie-Majeure s'est 61ev6e sur le mont Esquilin.

Telle est la gerbe de lumifere qui jaillit du premier coup d'oeil jet6 sur le quadrilatSre monumental forme par les grandes basiliques romaines.

Par-dessus les edifices de la noble cit6, les trois grands t^moins du Christ, Pierre, Paul et Jean, se regardent et se saluent; et tons trois, places aux portes de la ville, ressemblent k des sentinelles qui la protSgent contre I'ennemi. Je me trompe, ce ne sont pas de simples sentinelles, ce sont les g^n^raux de la grande armee du Christ, dont les tentes s'el^vent gl I'avant-garde sur les trois faces de ce camp militaire qui s'appelle Rome.

Et si vous regardez k I'int^rieur de ce camp mystique, vous apercevrez les tentes de leurs soldats et de leiirs ofBciers les plus illustres.

Voyez-vous U-bas, entre Saint-Jean de Latran et Saint-Paul, cette rotonde etrange dont Pinterieur a Paspect d'un temple grec. C'est Saint-Etienne ; saint Etienne, ce brillant jeune homrae que Dieu avait dou6 de tous les talents et de toutes les vertus, ce compagnon d'^cole de Saul, qui le fit lapider avant d'etre saint Paul !

A rextr6mit6 du Corso, prfes de la place de Venise, voici la somptueuse ^glise de saint Marc, P^vangeliste, qui fut disciple de saint Pierre, qui vint k Rome avec lui, et qui re9ut de lui la mission d'aller 6vang^liser PAfrique, oii le martyre I'attendait.

Plus prSs. voyez cette coupole qui domine les Edifices environnants. C'est saint Andr6, fr^re de saint Pierre, et qui le pr^c&da en toutes choses, qui naquit avant lui, qui fut ap6tre avant lui, et qui alia rejoindre J6sus au ciel avant lui.

Dans le lointain, sur cette c61&bre voie Appienne, toute charg^e de mines et impr6gn6e de souvenirs melancoliques, voulez-vous voir encore le temple d'un ill ustre martyr des premiers si^cles? C'est saint Sebastien, module des hommes de guerre et des citoyens, qui, tout en servant Diocletien et Perapire en sujet loyal, savait ob6ir i Dieu plut6t qu'aux hommes, et qui, deux fdis martyr, allait tout perc6 de filches au-devant de I'empereur, pour lui parlerde. J6sus-Christ, et recevoir enfin la mort !

Arr6tons-nous, et fermons Fhistoire, qui nous retiendrait trop longtemps, pour n'ouvrir les yeux que sur ce grand panorama monumental.

5a et 1^, k c6t6 des autels des martyrs, s'61fevent ceux des dacteurs, qui lutt^rent contre les heretiques comme leurs devanciers avaient lutt6 contre les bourreaux, et qui repr6sentent presque toutes les nationalit^s dans la Ville-Eternelle. Toutes ces coupoles, ces tours, ces campaniles, ces ob^lisques, ces colonnes qui s'61ancent vers le ciel, indiquent des temples qui leur sont dedi^s. '

Coraptez-les, si vous pouvez : saint Athanase, le Vainqueur immortel de rArianisme, representant Peglise Grecque ; saint Jer6me, saint Ambroise, saint Augustin, saint Gr^goire le Grand, representant I'^glise Latine ; saint Thx^mas de Cantorbery, la gloire de l'E.5lise Anglaise ; saint Bernard et saint Louis, fils de la France ; saint Ignace de Loyola, enfant de TEspagne ; puis les eglises Saint- Antoine des Portugais, Saint-Charles, Saint-Marcel, Saint-Clement, Saint Bonaventure et une multitude d'autres, sans fairQ mention de plus de soixante eglises d^di^es k la sainte Vierge.

Comment ne pas admirer Pharmonie, I'ensemble de toutes ces gloires, de toutes ces forces, de toutes ces vertus ? Comment ne pas comprendre ce resume de toute Phistoire eccl^siastique ^crit en lettres de marbre ?

Et si nous entrions maintenant, dans tous ces temples, que de beaut^s artistiques, que de chefs-d'oeuvje nous y pourrions admirer I Quel langage symbolique ils nous feraient entendre, et quels lumineux horizons ils nous ouvriraient sur les rapports myst6rieux du monde spirituel et du monde physique !

Mais il faut passer outre, et sacrifier les details si Pensemble.

Je vous ai montr6 dans Rome le triangle harmonieux form6 par les trois grandes basiliques, St-Pierre, St-Paul et St-Jean de Latran. Eh bien I k Pint6rieur de ce triangle, il s'en trouve un autre plus petit form6 par trois tombeaux qui composent une trinity

feminine, qui fut la gloire de I'Eglise : sainte H6- ISne, sainte Monique, sainte Cecile ! Sainte H61&ne mhre du grand erapereur ! sainte Monique m^re du grand docteur I sainte Cecile, Pepouse-vierge que les artistes honorent I

Sous Tegide de ces trois femmes, au centre de I'arm6e du Christ, que Rome symbolise, nous pouvons ranger les souverains, les savants, les artistes, ou si vous le voulez, le pouvoir public, la science et Tart.

Mais Paspect de Rome ne pr^sente pas partout ce nombre ternaire, pour lequel cependant PEglise a toujours manifest^ quelque predilection.

A un autre point de vue g6n6ral, son caract^re le plus frappant est le dualisme. Je vous ai d^]k dit que Rome a deux faces, Tune qui regarde le pass6 et Pautre I'avenir, I'line qui repr6sente la mati^re et Pautre Pesprit, Pune qui est morte et Pautre qui est pleine de vie !

En un mot, il y a dans Rome deux cit6s, la pa'ienne et la chr^tienne ; celle-ci b&tie sur les ruines de celle-1^, et toutes deux apparaissant, Pune avec Paspect lugubre du tombeau, et Pautre avec Paur^ole du triomphe.

C'est ce double aspect de la Ville-Eternelle • que nous allons consid6rer dans les chapitres suivants : la victoire, a Saint-Pierre, et la defaite, au Palais des C6sars, et au Capitole.

PREMlilBE VISITE A SAINT-PIEBRE.

E lendemain de mon arriv6e k Rome, je n'aj pas eu besoin d'un coup de cloche pour ^tre matinal. II n'y a pas de meilleur reveille-matin que le bonheur, et la premiere impression quej'ai ressentie a 6te une vive sensation de bonheur, comme celle que Pon 6prouve en revoyant la patrie et le toit natal.

C'est qu'ici nous nous sentons chez no^is, Cetteville est notre ville, celle de nofre Pfere et de la grande famille catholique. Chacune des autres villes de Punivers appartient k un peuple, et le voyageur s'y reconnaft Stranger ; mais Rome appartient k tous, et P^tranger, qu'il vienne du nord ou du midi, de Porient ou de Poccident, croit y trouver une seconde patrie.

H^las! .ce sentiment d'all6gresse a bient6t fait place k de tristes pensees. Depuis quelques ann^es la Revolution travaille k faire de Rome une ville comme les autres, et, sous quelques rapports, elle n'y r^ussit que trop. D^jS, Rome n'est plus la ville du Pape et des nations catholiques ; elle appartient k un roi, comme les autres, avec cette difPerence que ce roi n'est pas son souverain legitime.

Le Pape vit encore k Rome, mais il n'y rfegne plus ;

un fils d^natur^ Pa depouill6 et chass6 de ses do. maines ; il Fa rel6gu^ dans un coin de la maison paternelle, et la grande famille catholique a laiss6 faire ! tristesse ! desolation !

Avec ces pens6es, mon premier besoin a 6t6 d'aller voir cette maison oil vit encore le P^re des fiddles, et j'ai voulu consacrer ma premiere visite k Saint- Pierre du Vatican. Je m'y suis rendu k pied, sans guide, et si voulez bien m'accompagner, nous allons refaire ensemble ce touchant pSlerinage.

L'esprit absorb^ par I'admirable dualisme de la Ville-Eternelle, que nous avons d6j^ indiqu6, saluons en passant le Pantheon, ce temple magnifique qui fut la derni^re et la plus complete expression du paganisme, et qui, consacr6 maintenant k tons les saints, resume pour ainsi dire tout le christianisme.

C6toyons le Tibre, et, tout en marchant, 6coutons ce qu'il va nous dire. II n'est pas beau, il est 6troit, il est sale, et cependant il a de la majesty. II n'a pas Pair de savoir qu'il y a de par le monde des fleuves aupr^s desquels iln'est qu'un ruisseau. II se promene lentement au milieu de sa ville, il en visite les different^ quartiers, il se detourne, tant6t pour aller saluer le chMeau Saint-Ange, et tant6t pour revoir les ruines de la Maison d'Or, ou les solitudes de TAventin. II semble dire au voyageur surpris : eh bien oui, je suis le Tibre, dont tu as entendu parler dans ton pays loin tain ; j'ai vu bien des choses que tu n'as pas vues, et je roule toujours dans la Vill^- Eternelle mes flots qui ne vieiUissent pas,

Quand il traverse le Gbetto, il se h^te, il s'enfuit, comme s'il n'airaait pas les Juifs, puis il se ralentit pour ne pas sortir trop t6t de sa ch^re Rome, et il a Tail de rappeler ses souvenirs.

Jadis, il y avait ici sur sa gr^ve un palais superbe, un temple magnifique ; il n'en reste plus rien. Ce que les hommes font ne dure- pas longtemps, mais les oeuvres de Dieu demeurent, et s'il est toujours jeune, malgr6 son grand 4ge, c'est parce qu'il tient de Dieu son existence.

Parmi toutes les choses qu'il a connues, il n'y en a qu'une qui ne parait pas vieillir plus que lui, c'est TEglise.

Quant aux hommes qui se succfedent sur ses rivages, il observe que les m^mes types reviennent de sifecleen siScle.

II a vu I'empereur Julien J'apostat, et quinze sihcles apr^s il a vu Victor-Emmanuel ! II a vu saint Pierre, et dix-huit sifecles plus tard, Pie IX !

Mais il y a deux empereurs qu'il se souvient d'avoir vus et qui ne sont jamais revenus, Constantin et Charlemagne !

Un jour pourtant, en 1849, il a entendu un cliquetis d'armes, un galop de cavalerie, et il a cru voir venir un nouveau Charlemagne ; mais c'^tait une illusion, et il ne vit que le g6n6ral d'un Bonaparte.

Traversons le pont Saint-Ange, en ven^rant les

instruments de la passion que des anges de marbre nous pr^sentent k chaque extr6mit6 des piliers.

Jetons un regard suppliant k I'Archange saint Michel, qui, debout et les ailes tendues sur les cr^neaux du vieux chateau, remet toujours son 6p6e dans le fourreau, et prions-le de Ten tirer et de frapper enfin ces impies qui souillent Rome et pers^cutent I'Eglise du Christ.

Puis enfin, arrivons sur cette grande Piazza de Saint-Pierre, la plus belle du monde, et la seule digne du temple merveilleux auquel elle conduit.

Ici, lecteurs, permettez-moi de me mettre en scSne, d'^voquer un instant mes souvenirs personnels, et de voufi dire qu'en arrivant sur cette place, unique au monde, j'ai 6prouv6 de ces impressions qu'il me sera bien difficile de traduire.

Je m'avangai jusqti'au pied de Tobelisque, ce g6ant d'uh autre ^ge, qui d^corait autrefois le cirque de N6ron, qui lors des invasions des barbares est seul rest6 debout comme un grand temoin des vengeances divines, et qui plus tard, sous le grand pape Sixte-Quint, fut transport^ devant Saint-Pierre pour y dres3er dans les airs la croix victorieuse.

Je comtemplai ce granit s6culaire couronn6 de I'instrument sur lequel il vit mourir Pierre, chantant son triomphe, et jetant aux puissances ennemies — qu'elles s'appellent DiocMtien ou Napol6on, Julien I'apostat ou Victor-Emmanuel — ce d6fi solennel : " Ecce Orux Dominijugite, partes adverse, Vicit leo de

" tribu Juda I Chriatus vincit^ Christum regnaty .Chriatua " imperat " / ,

Ces oris de triomphe, graves en lettres d'or sur le socle m^me de Fob^lisque, r^sonn^rent au fond de mon kme, comme une fanfare triomphale.

J'admirai I'immense colonnade elliptique, qui entoiire la grande Place de quatre rang^es de colonnes 6normes, et qui est surmont6e des statues des papes et des saints, s'avangant comme une avant-garde de veterans pour d^fendre Pentree de I'Eglise de Dieu I

Me? regards 6tonn6s et ravis se levferent sur la fagade de Saint-Pierre, sur son majestueux portique, sur son d6me gigantesque, et y resterent longtemps attaches.

Pour prolonger mon bonheur, je gravis les degr^s lentement, 6merveill6 de chaque detail, Je saluai saint Pierre et saint Paul, dont les statues colossales, debout au pied de I'escalier du portique, semblaient me regarder ; et tout ravi des plus suaves Amotions, les yeux fixfe sur la c61febre navicdla de Giotto, je p6n6trai sous le portiqUe. Je ne puis vous d^crire en detail cet incoraparable monument d 'architecture, parce quHl faudrait y consacrer un volume. Mais je veux essayer de vous exprimer en une seule phrase les sentiments d'admiration qui m'ont envahi, quand j'ai plong6 mes regards et promen6 mes pas dans ses nefs immenses et sous ses arceaux gigantesques.

Saint-Pierre est, si je puis m'exprimer de la sorte,

la petrification de I'Eglise Catholique, comme le Pape est la personnification visible de son Chef invisible ! C'est la grande soci6t6 divino-humaine, faite monument ! L'^pouse du Christ qui a pris un corps, b^ti en pierre, sur la pierre, par Pierre et pour Pierre ! C'est le monument des monuments, et le plus beau temple que la main de I'homme ait jamais 61ev6 en I'honneur de la Divinity !

En g^n^ral, je pr^ffere ^architecture gothique k la grecque dans les ^glises. J'aime ce style sombre, m61ancolique, mais plein d'61an, qui pose ses fondements dans Pombre, et qui porte ses filches aigues jusque dans Pazur du firmament.

Mais il me semble. qu'ici, I'architecture grecque, qui exprime la joie, le triomphe, la gloire, est bien si sa place ; car cette basilique nous reprfeente I'apoth^ose de saint Pierre. Que dis-je ? elle doit exprimer et elle exprime le triomphe de FEglise Universelle.

Partout I'Eglise combat et souflfre, et I'on pourrait dire que partout elle est d6faite ; mais la victoire definitive lui reste, et ce temple est la plus haute expression de cette victoire. Chretiens vaincus de tons les pays, nous aocourons k Rome, comme des fils de famille reviennent au chateau de leurs a'ieux ; et quand nous franchissons le seuil de Saint-Pierre, nous sommes consoles et nous chantons victoire.

Au reste je ne suis pas un artiste, et je laisse vo- Jontiers les gens de Part gloser sur les details, Je q§

conteste pas que la croix grecque etit peut-^tre 6t6 pr6f6rable k la croix latine com me forme. Mais je dis ce que j'ai 6prouv6, les transports d'admiration donfcj'ai 6t6 saisi, et j'aflBrme que I'homme sensible et sans pr6jug68, en contemplant cette merveille d'architecture, se sent ^cras^ par tant de grandeur et de beaut6 !

L'6motion augmente encore lorsque, apr^s avoir bais^ le pied de bronze de saint Pierre, ce pied que les ISvres chr6tiennes ont us6, on va s'agenouiller au tombeau des saints Ap6tres. C'est Ik que j'ai vers6 les plus douces larmes de ma vie.

Les fondateurs de la Rome pa'ienne 6taient frferes ; mais un fratricide les a divis6s pour toujours, et Romulus, nouveau Cain, a fond6 I'empire cainique par excellence.

Les fondateurs de la Rome chr^tienne 6taient Strangers I'un k I'autre. Un fratricide qui 6tait en m6me temps un dSicide les a rSunis dans la vie et dans la mort ! Ennomis acharnSs, ils sont tout k coup devenus fr^res, de cette nouvelle et sainte fraternity que J6sus-Christ Stait venu apporter aux hommes; et comme si I'Eglise n'etit pas 6t6 assez solidement assise sur Pierre, Paul est venu s'Stendre k son c6t6, et apporter k la. solidit6 de TSdifice I'appui de sa robuste 6paule I

C'est sur cette tombe glorieuse, inondSe des splendeurs qui descendent de la coupole, que I'on comprend bien I'accomplissement des paroles de J6sus-

Christ : ^^ Tu es Petrus, et super hanc petram sedijicabo Eccledam meam I "

Cefiat solennel de la creation de I'Eglise catholique est 6crit en lettres colossales sur le cercle int6' rieur de la coupole, et forme comme une couronne gigantesque au-dessus du corps de saint Pierre. Je m 6ditais cette grande promesse du Fils de Dieu, et il me semblait le voir planant darfs les hauteurs resplendissantes du d6me, me montrant dans la crypte le corps de son Apdtre, qui sert litt^ralement d'assises k r^difice, et me disant : " Vois, le grand ceuvre est " accompli k la lettre, et ma parole n'a pas failli : " il etait et il est encore Pierre ; sur cette pierre j'ai " bUti mon Eglise, et les portes de Penfer n'ont pas " pr6valu contre elle."

II me semblait que j'etais transport^ sur le mont Thabor. La grande scfene de la transfiguration repassait dans mon esprit, et j'entendais saint Pierre s'6crier : " II fait bon d'etre ici, dressons-y trois tentes !"

C'6tait le langage de Phomme, toujours paresseux et lUche, et qui voudrait toe r6compens6 avant d'avoir souffert et travaill6.

Non, Pierre, tu n'i6iais pas encore digne de reeter sur le Thabor, il fallait lutter, il fallait copabattre, il fallait soufFrir, il fallait habiter les prisons de Jerusalem, traverser les mers, souffrir les humiliations, les condradictions, les trahisons, les l^chet^s, toutes les hontes ! II fallait connaitre les cachots de Rome, les cruaut^s des C^sars, gravir le Janicule comme un

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autre Golgotlia, et y mourir sur une croix. C'est si ce prix que le Vatican allait devenir pour toi un Thabor.

Ah I Lecteurs, c'est sur cette tombe lumineuse des saints Ap6tres que Ton se sent fier d'etre catholique.

AU PALAIS DES CfeSAES.

PRfeS avoir contempt I'apoth^ose du pScheur de Galilee, et les ceuvres immortelles qui sont n4es de son tommu, et qui disent ^loquemment quel ?rme de vie y Stait renferm^, j'ai voulu ir ce que Bont devenus les palais des rsecuteurs.

J'ai traverse le Forum oil fureiit amoncel^s tant de ruines qui sortent maintenant de leur tombeau, et j'ai gravi les degrSs qui conduisent au sommet du mont Palatin. C'cst un des endroits les plus cel^brea de la t«rre. .

lei vint d'abord Romulus, et sur eette premiere fondation de Rome se sont 6Iev4ea BUccensivement lee residences de ses rois, de ses consuls et de ses empereurs. Bientflt cea residences out eniprunte son nom k la coUine, et se sont appel^es palais, mot qui etait inconnu dans I'antiquit^, et qui eneuite a pass6 dans touteB les langues modernes,

Mais, k I'origine et jusqu'^ I'empire, cette residence 6tait d'une grande simplieite, et gardait I'enipreinte des vertue austferes des premiers Romains. Le palais dans lequel Auguste lui-mfime naquit et fut

•61ev6, 6tait, dit M. Franz de Champagny, une petite maison avec un humble portique en pierre d'Alba ; point de marbre, point de pav6 somptueux, peu de •tableaux ou de statues ; de vieilles armes, des os de g6ant, un mobilier qui 6tait k . peine celui d'un particulier.

Tib^re et Caligula I'agrandirent successivement, et I'embellirent avec un luxe jusqu'alors inconnu, Ce dernier le relia m^me au Capitole au mpyen d'un pont gigantesque soutenu par des colonnes, qui passait au-dessus du Forum.

N6ron vint, et c'est alors qu'un terrible incendie, dont on I'accusa d'etre I'auteur, ravagea Rome et d^truisit son palais. II fallut reconstruire, et le fils d'Agrippine puisa dans le tr6sor de Fempire avec une prodigality inouie. Ce qu'il fallait k ce dieu ce n'^tait plus seulement un palais, c'^tait un Oljrmpe. 'Les Edifices s'^levferent, s'6tendirent, couvrirent le mont Palatin, envahirent le Coelius, PEsquilin et la valine qui les s6pare, et chang^rent le tiers de Rome en un paradis consacr6 k la nouvelle divinity que le S6nat venait de reconnaitre.

Les plus belles statues de la Gr^ce, les plus beaux marbres de I'Asie, I'or et les pierres:pr6cieuses de tons les pays de Tunivers, tons les objets de luxe que Fhomme sensuel pent desirer, encombr&rent cette demeure somptueuse, que Ton nomma avec raison la Maison-d'Or.

" En avant de la Maison-d'Or, ajoute M, de Cham-' " pagny, il y a un lac ; autour du lac des Edifices

*' 6pars qui semblent une ville ; entre la fa9ade et le " rivage, le vestibule oii le maitre de la maison fait " attendre ses clients, c'est-^-dire oH N^ron fait at- " tendre tous les peuples du monde ; et, au milieu,. " le colosse de Neron, haut de cent vingt pieds, d'ar- " gent et d'or ; plus loin, des portiques longs d'un " mill6, k triple rang de colonnes.

" Dans rint^rieur, tout se couvre de dorures, tout " se rev^t de pierres precieuses, de coquilles, de perles. " Les souterrains mtoes sont orn6s de peintures qui " ont rempli si elles seules toute la vie de Partiste " Amulius. Dans les bains, un robinet amfene Peau '* de mer ; un autre, des eaux sulfureuses d'Albula.

" Un temple de la Fortune, construit avec une " pierre nouvellement d^couverte, blanche et dia- " phane, semble, les portes ferm6es,^ s'illuminer d'un " jour interieur. Les salles de festin, si multipli^es " et si particuli^rement fastueuses dans les maisons " romaines, ont des votites lambriss6es qui changent " k chaque service, des plafonds d'i voire d'oii tom- ^* bent des fleurs, des tuyaux d'ivoire qui jettent des " parfums ; d'autres, plus belles encore, tournent sur " elles-memes jour et nuit, comme le monde.

" Mais ce sont 1^1 les moindres grandeurs du palais " de N6ron. Voici des lacs, de vastes plaines, des " vignes, des prairies, puis les t^nSbres et la solitude " des for^ts, des vues magnifiques ; au sein de Rome ** et des palais, des daims bondissent, des troupeaux " vont au p^turage. Aussi N6ron est-il presque con- " tent cette fois."

Et maintenant, que sont devenus ces somptueux

Edifices ? II n'en reste plus que d'informes debris, et quelques constructions souterraines qu'on dirait 6tre le tombeau de I'empire romain. Et pourquoi la Providence aurait-elle conserv6 ces 6difices ? lis ne rappelaient que d'infemes souverains, tels que N6ron, H61iogabale, Caligula, Claude et autres, qui firent la honte de I'humanite ; ils n'6taient que I'expfession opulente de la richesse, du luxe et de la concupiscence, lis devaient p6rir, et ils ne sont plus.

Les tr^sors artistiques qu'ils contenaient n'ont pas tous et6 d^truits cependant. Le Christianisme les a purifies et transform^s, et de leurs marbres ^croules, les Chretiens ont bUti des centaines d'eglises k la memoire de ceux que les Cesars envoyaient a la mort.

- II y aurait ici matifere k de longues meditations qui feraient mieux apparaltre I'expiation, la purifi-' cation et la transformation successives de Rom6' paienne ; mais- nous sommes forces de ne jeter sur tous ces horizons qu'un coup d\x il rapide.

Ces grandes ruines forment aujourd'hui un laby-' rinthe dans lequel les plus savants archeologues ne trouvent pas toujours leur chemin.

Ce vaste appartement, nous disent-ils, etait la salle de reception (tablinum), et cette tribune servait ^- I'empereur dans les assemblees publiques. A droite,s'ouvrait sans doute la basilique de Jupiter, tsiui de fois mentionn^e dans les actes des martyrs; c'est dans cette tribune que siegeaient les juges ; c'est icique I'Empereur pretendait rendre la justice en envoyant les Chretiens k la mort.

Voici le peristyle, dall6 de marbres et decor6 de colonnes, et au-dessous les Bains de lAvie^ qui ont conserv6 leurs fresques et quelques dorures.

Voilsl la salle ^ manger (triclinium) ; k c5t6, le nymphmuniy et plus loin Vacadhnie, destin^e aux exercices d6clamatoires.

Mais k quoi bon nous arr^ter si ces*fccombres ?

. Remontons au sommet du- Palatin, alloR nous as-

seoir k Pombre de ce jol'i bouquet d'arbxes qui plonge

ses racines dans la demeure dcs Cesars, et regardoiis

devant nous.

A nos pieds s'6tend le Forum avec son antique via Sacray en partie d6blay^e, et les debris de ses portiques, o\i le citoyen romain passait presque toute sa vie.

A gauche, s'^l^ve le Capitole, si^e de la puissance et de la gloire ! A droite le Colis6e, monument de la luxure et du plaisir I Remarquez que le Forum, oil s'agite le peuple romain, est en bas, au pied des deux monts Palatin et Capitolin, et que le Colis^e seul est au m^me niveau.

II y a dans cette 6trange disposition des lieux un tableau dont le sens est profond et vrai. La richesse et le luxe, repr6sent6s par le palais des Cesars, et la puissance, dont le Capitole etait Pexpression, se trouvaient sur des montagnes, au-dessus du peuple ; il les voyait, mais il n'en pouvait jouir. Le plaisir seul 6tait k sa port6e, et le Colisee lui 6tait ouvert.

Les C6sars jouissaient de tout k la fois. Mais on

se rappelle qu'ils n'ea jouissaient pas longtemps, et qu'apr^s un r^gne 6ph6m^re, un crime ou une catastrophe venait soudainement mettre fin ^ leurs jouissances.

Ah I lecteurs, je vous- sOuhaite k tous de voir un jour ce petit coin de terre oH tant de si^cles sont venus Jeter tant ^^^lements, dont nous oherchons' en vain la tr » dans la poussi^re de ces debris, mais dont nouB r^rouvons le recit dans Thistoire universelle.

Le Capitole, qui nous domine, la roche Tarp6ienne, que nous apercevons au-dessus des toitures vieillies, le Forum, qui s'etend k nos pieds avec ses mines innombrables, dont on recherche Parchitecture et la destination avec tant de curiosit6, nous montreht comme dans un tableau toute Phistoire de Rome avant J6sus-Christ.

Au pied du Palatin, en face de nous, Pare de Titus nous raconte Phistoire du peuple juif, sa destin6e lamentable, et la destruction de Jerusalem, la ville coupable du Deicide !

A notre droite le Colis^e, Pimmense amphith^Mre de Vespasien, remet sous nos yeux la lutte surhumaine du christianisme contre le paganisme, P^re des persecutions et des martyrs ; et, tout pr^s, voici Pare de Constahtin, qui proclame le triomphe d^finitif de la Foi.

Dans les arSnes reparalt encore le dualisme de Rome, Pesprit chr6tien succSdant k Pesprit paien, s'emparant de ce squelette colossal pour le purifier,

et convertissant en chemin-de-croix I'enceinte qui fut le Calvaire de tant de saints.

En descendant du Palatin, jetons un dernier regard vers la droite, sur ce grand chemin qui en contoume la base, passe sous Pare de Titus, et traverse le Forum pour gravir le Capitole : c'est la Voie Triomphale. C'est la route que suivaient les triomphateurs, au retour de leurs glorieuses expeditions, trainant derriere leur char les malheureux rois qu'ils avaient vaincus. Arrives au pied du Capitole, les vainqueurs et les vaincus se s^paraient, ceux-ld pour monter au Capitole, oii le triomphe s'achevait, ceuxci pour entrer sous terre, dans la prison Mamertine, et pour y ^tre 6gorg6s.

Un jour, un obscur p^cheur venu des rives du Jourdain y fut jete par I'ordri^ de Tempereur N6ron, et ce que les grands hommes de guerre, tels que Jugurtha, Vercing6torix et tant d'autres, . renferm^s comme lui dans cette prison, n'avaient pu faire, cet inconnu le fit. A sa parole une eau merveilleuse jaillit des flancs du Capitole, et ce filet d'eau creusa Fablme oii la puissance des C6sars allait s'effondrer.

Le plus grand vainqueur qui ait parcouru cette voie Triomphale, ce n'est done pas Titus, ni Trajan, ni Marc-AurMe, ni m^me C6sar ; c'est Pierre ! Et quand je le vois dans ce cachot dont la voiite est le Capitole m^me, si^ge de la puissance romaine, il . m'apparait comme un autre Samson, 6branlant et renversant non pas seulement les colonnes d'un temple, mais les assises m^mes du plus grand empire que le monde ait connu I

Sur le sommet du Capitole, au-dessus de la t^te du prisonnier galil6en, s'^levait aussi un temple plus beau et plus grand que celui de Baal, consacr6 au plus puissant des dieux, Jupiter. Le nom et le souvenir de Pierre le firent crouler ; mais ses marbres et ses colonnes ont servi i construire T^glise de VAra Cceli, UAutel du del a ainsi remplac6 I'autel du prince des demons, et c'est au sommet du Capitole qu'il a 6t^ dress^, poUr mieux attester k la face de I'univers la ruine de la puissance des bourreaux et le triomphe du prisonnier. %

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