‹ À travers l'Europe: impressions et paysagesChapitre 21 sur 28 · OME · texte numérisé non relu

OME

les morts se levaient. Au milieu des colonnes tronqu6es, je croyais les voir surgir et peupler la solitude. Ces ombres prenaient des corps, et I'antique Forum reparaissait avec son bruit, sa foule, et^sa vie pa'ienne. Elles circulaient partout, et je m'imaginais coudoyer les anciens Romains. Ceux-ci couraient a leurs plaisirs, ceux-1^ si leuYs affaires. Les * uns visitaient les temples et faisaient des sacrifices aux dieux ; d'autres se promenaient sous les portiques de marbre en discutant les 6venements du jour ; un grand nombre se pressaient dans la basilique o\i Cic^ron peut-^tre allait se faire entendre.

Mais toute cette fantasmagorie ne dura qu'un instant ; la vision s'evanouit, et le desert, encombre'de ruines, me parut plus morne que jamais. Les proportions des objets grandirent, et prirent un aspect lugubre. C'etait bien la mort ^ternelle qui planait sur la Rome paienne.

Ce pendant, j'etais arriv6 au pied de trois colonnes, rest^es debout, et je me demandai pourquoi la mort les avait respectees. Je crus y voir une image de la sainte Trinite, et, de retour at mon h6tel, j'ecrivis les vers suivants :

Quand la nuit deployait ses splendeurs 6ternelles, J'ai souvent admire, sur le Forum romain, Trois colonnes, debout, comme trois sceurs jumelles Qui, regardant les cieux, se tiendraient "par la main.

Distinctes, mais joignant leurs t^tes solennelles, Comme une trinity sur le bord du chemin, Au touriste r6veur, arr^te devant elles, Elles semblent conter leur Strange destin.

Comment n'en pas saisir le sens all6gorique ? Elles tenaient jadis au temple magnifiqne Consacr^ par Cesar k Jupiter Stator ;

Mais Jupiter n'est plus : Dieu seul en trois personnes R^gne sur Tunivers, et les grandes colonnes Pour symboliser Dieu semblent survivre encor !

Page 1