DANS LE8 MONTAGNES
lEN de pittoresque- et de charmant com me cea mootagnea de la Sabine, qui a'6tendent, comme un vaste riau de verdure au Nord-Est de la camgne romaine, et qui portent, suspen- ;8 h leurs plis, d'antiquea petitea villes ines de aouvenira.
Quand on est las de voir des monuments et des oeuvres d'art de ioutea sortes, on y peut faire dea excursiona raviasantes.
L'autre matin, d&s avant huit heures,je couraia en chemin de for du c6t^ de Frascati. Le soleil dorait le somniet du mont Albain, mais n'effleurait pas encore les ondulationa de la vaste plaine.
A distance, des vapeure blanches et grises sortaient de terre, et couvraient les pelouaea aombres comme des ^tat^s qui d4bordent. L'air ^tait frais et embaumd, et de tous lea buiasons se levaient en chantant des bandes d'oiseaux qui e'envoiaient dans la campagne.
La route monte lentement, et nous gravissons les premieres colliues. Au bout d'un cul-de-sac 4troit,
, le train se heurte ^ la montagne, et nous apercevons la gare au-dessus de nos tetes.
Pour arriver d. la ville il faut monter, monter encore, monter toujours. Ce qui en fait la beauts, c'est la grande nature qui Pentoure, et la vue admirable qu'elle commande sur la campagne et sur Rome. La villa Aldobrandini, avec ses jardins, ses bocages, ses fontaines, ses stai^ues, et ses terrasses aux horizons infinis, est incomparable,
Au-dessus de Frascati pend Tusculum, accroche at un sommet escarp6 que je gravis k cheval, non sans peine. C'est une grande ruine, pleine de souvenirs de Cic^ron, de M6c^ne, d'Horace, et de tout ce grand sifecle d'Auguste qui fut la fin de la gloire romaine.
De cette hauteur on aper5oit les ondulations des montagnes voisines, avec leurs jolies petites villes scintillant au soleil, et se cachant a demi dans la verdure, comme des bijoux dans les plis d'une 6charpe.
Je redescends en suivant I'antique voie Latine, r6cemment d^blay^e, et sous mes regards se d6roulent les mornes solitudes entourant la Ville-Eternelle, et born6es au loin par la ligne bleue de la M6diterran6e. De grands chemins et des aqueducs gigantesques sillonnent seuls ce dfeert.
Toute cette route qui va de Tusculum a Albano, en passant par Grotta-Ferrata, Marino et Castel-Gandolfo est admirablement belle, et. change constamment d'aspect. Le lac d 'Albano est un saphir enchass6 dans un cadre de basalte, et sert de miroir au
chMeau des Papes, Castel-Gandolfo.
ment le crat^re d'un volcan 6teint.
C'est 6videm-
Un autre jour, c'est du c6t6 de Tivoli que j'ai dirig6 ma course, et j'en suis revenu encore plus charm6.
Au pied de la montagne oil Pantique Tibur est assise s'6tendent les ruines de la ViUa Hadriana, Le Colis^e et les Thermes de Caracalla peuvent seuls donner une id^e, mais fort imparfaite, des dimensions colossales qu'avait ce s6jour enchant^. J'en emprunte la description k M. de Champagny :
" Hadrien se retira done k Tibur, essayant, apr^s sa vie de voyages, la vie s6dentaire et recluse de Tibere k Capr6e, ou de Domitien dans sa maison d'Albe ; aprSs une vie sobre et severe, se livrant au soin de sa personne, aux magnificences ^goistes, aux longs festins. Seulement, son esprit etait encore trop sup6rieur pour se contenter de ces grossi^res d61ices. '
" La retraite de Tibere n'avait 6t6 qu'un boudoir et une prison ; la retraite d'Hadrien fut un mus4e. II pr^tendit rassembler autour de lui tout ce qu'il avait admire dans ses voyages. II ne vola pas, comme Caligula et comme N^ron ; mais il fit copier partout. Ce qu'aujourd'hui, dans le palais de cristal de Sydenham, nous voyons rassemble en plMre, d l'6troit, il le rassembla, mais k ciel d^couvert et dans une enceinte de dix milles de circuit mais en pierre, en bronze, en marbre.
" De sa fen^tre et de son lit de malade, il put voir " rAcademie, le P6oile, le Prytan^e, toute sa ch^^re " AthSnes, deux th6^tres, grand nombre de temples ; " dans ses promenades, que I'enthousiasme de I'ar- " tiste soutenait encore, il put s'asseoir au Lycee, " respirer Pair dans la valine de Temp6, revoir sa " ville 6gyptienne de Canope ; Piniti6 d'Eleusis put " visiter ces champs-Elysees dont Phierophante lui " avait promis le sejour. Voulait-il cliasser ? les " cerfs bondissaient autour de lui par troupeaux. " Voulait-il se donner le spectacle de la naumachie, " imitation souvent sanglante des batailles navales ? " un immense bassin de marbre jaune se remplissait " d'eau et portait les navires.
'* L'Egypte surtont semblait avoir suivi Hadrien " dans sa retraite ; des statues dans le goM 6gyptien " s'y retrouvaient par centaines ; elles ornaient un " temple, objet de la grande devotion d'Hadrien, " converti des dieux de Rome aux dieux de Mem- " phis. En un mot, tons les siecles, tous les styles, " tous les pays, tous les souvenirs avaient 1st leur " place. Les oeuvres d'art s'y etaient accumulees " avec une promptitude merveilleuse, gr^ce k la vo- " lont6 toujours puissante d'Hadrien, gr^ce au nom- " bre et ^ Phabilete de ses artistes. Cela, du moins, " etait d'un plus grand goiit que la Maison-d'Or de *^ Neron avec son pare k Panglaise, son lac artificiel, " ses boudoirs peints et dores.
"La villa de Tibur a ete comme. une. mine de " chefs-d'oeuvre, qui a fourni des bronzes, des mar- ** bres et des mosaiques k tous les cabinets de PEu-
feoME ' 385
" rope moderne, et que trois sifecles de fouilles n'ont " pas encore ^puis^e."
A partir de la villa, le chemin commence k monter, et gravit bient6t les hauteurs, en serpentant au milieu des bois d'oliviers.
Hors la villa* d'Este, TivoU ^l^ rien de bien remarquable ; mais ses cascades sont merveilleusement belles, et j'y ai pass6 des heures delicieuses, en depit d'un mauvais diner. -
J'avais ordonn^ comme entree, tout naturellement, une truite des cascades — truite 6norme qui aurait suffi pour le diner de deux Gargantua. On nous la servit en c6telettes r6ties, que la cuisson avait dories, el qui prfeentaient le coup d'oeil le plus app6tissant. •
perfidie des apparences I Elles ^taient r6ties dans rhuile, mais dans une huile qui n'avait que le nom de Polive. Notre appetit, que la course avait aiguise ne put triompher de cette sauce qui avait tout^gM6, et aprSs deliberation, nous decid^mes : 1° de m^priser ce plat detestable; 2^ de proclamer partout la truite des cascades incomparable, afin que d'autres touristes fussentattrapp^s comme nous. C'est ce que j'ai fait, de retour k Vh6ie\ ; et le remords seul me force aujourd'hui k retablir la v6rit6.
Mais qu'avions-nous besoin d'un bon'dlner, quand notre table ^tait dress6e sous le portique du temple de la Sibylle, entre deux colonnes de marbre superbe, au bord de la cascade qui grondait k nos pieds ?
D'ailleurs nous avions des fruits que le soleil, et non la main de I'homme, avait as8aisonn6s, et les raisins les plus savoureux du monde. Nous avions du vin, pas superieur, mais cependant glorieux, qui flattait le palais, et qui faisait en sorte qu'on oubliM le reste.
J'ai bien pens6 an vieil Horace en ce moment-1^, et j'aurais peut-^tre pu traduire ses Odes, dans cet endroit, mieux que je ne faisais au college. Je me rappelais son 61oge de la vie champ^tre — dont il eut bien soin de jouir tres rarement — et ses promenades sous les arbres de ces coUines, en compagnie de Lydie, pendant que son coeur appartenait k Chlo6.
Le vieux scel6rat ! II ne valait pas mieux que la truite de ses cascades bien-aim6es, et sa po6sie ressemble quelquefois ^ I'huile gM6e qui I'assaisonne. Je suis m^me tent6 de penser qu'on a surfait sa gloire.
Mais si les bassins de ces cascades ont servi de bains aux viveurs et aux courtisanes de Rome, ils ont et6 purifies par les corps de quelques martyrs ; car Hadrien y fit mourir sainte Symphorose et ses sept fils.
En arriere de Tivoli, plus avant dans les montagnes de la Sabine, se cache Subiaco.
C'est dans ce dernier endroit, au fond d'une gorge t6n6breuse qu'un enfant de quatorze ans, 61ev6 au milieu des richesses et des splendeurs de Rome, vint un jour s'ensevelir comme dans un tombeau.
^^^^^^^^"" ■' ^^^—1 I I ■■—■■■■■ - i^ — - i n .! I I ™y- . .1 MM. .11 ^
Ce lieu avait 6t6 s6uill6 quatre sifecles auparavant par les orgies et les crimes de ce monstre k face humaine qui s'appelait N6ron, et le soleil, qui n'avait pas cess6 d'y faire p^n^trer ses rayons, semblait demander une expiation pour cette solitude grandiose. Elle fut complete. La villa et les bains somptueux de N6ron tomb&rent, et sur ses mines s'61evferent un monastSre et ses sombres cellules. Ce fat le berceau de cet ordre admirable des B6n^ictins, qui, pendant dix sifecles, devait 6tre pour TEurope et le monde un foyer de lumifere.
A I'endroit oii le voluptueux empereur avait 6puis6 la coiipe des jouissances sensuelles, saint Benolt se roulait sur un buisson d'6pines pour 6teindre a jamais en lui le feu de la concupiscence.
" Sept sifecles plus tard, 6crit M. de Montalembert, un autre saint, pfere de la plus nombreuse famille religieuse que TEglise ait produite apr&s celle de saint Benolt, saint Fran9ois d'Assise vint visiter ce site sauvage et digne de rivaliser avec F^pre rocher de la Toscane oil lui furent imprim68 les stigmates. II se prosterna devant le buisson d'6pines qui avait servi de lit triomphal k la m^le vertu du patriarche des moines, et, aprSs avoir baign6 de ses larmes le sol de ce glorieux champ de bataille, il voulut y planter deux rosiers. Les rosiers de saint Frangois y ont cru et ont surv&u aux ronces b6n6dictines. Ce jardin, deux fois sanctifi6, occupe encore une sorte de plateau triangulaire qui se projette sur le flanc du rocher un peu en avant et au-dessous de la grotte qui servait de glte k saint Benott,"