‹ À travers l'Europe: impressions et paysagesChapitre 3 sur 28 · PARI · texte numérisé non relu

PARI

" Avoir vu la Royaut6 veuve, Lasse de pleurer k genoux, D^ployer une pourpre neuve Sur le lit pr^par^ pour vous ; Dans la nuit qui vous environne Avoir senti qu'une couronne Sur voire t^te descendait, Et qu'on faisait dans W myst^re Germer lentement sous la terre Un tr6ne qui vous attendait ;

" Repr^senter la vieille Gaule, Debout sur le char triomphal ; Avoir d^jjl sur une epaule La moiti6 du manteau royal ; Puis, parce qu'on ferme les portes Aux couleurs des royautfe mortes, S 'Eloigner en les adorant, Et, suivi de sa seule gloire, S'en aller 6couter I'Histoire Applaudir dans I'ombre — c'est grand !

" C'est grand, parce que nos poitrines.

Sans foi, sans souffle et sans vigueur, Ne tiennent plus par des racines L'arbre sacr6 du vieil Honneur !

Parce que tout se prostitue !

Parce que la minute tue Nos audaces de peu de sang !

Parce que Pamour et la haine, Semblables k la lune pleine, S'en vont toujours en d^croissant !

" Parce qu'on a dans la foumaise Pris un fer rouge pour crever L'oeil du G6ant, Quatre-vingt-treize I Parce qu'on ne sait plus r^ver I Parce que nous n'avons au ventre, — Tigres chatouill^s dans leur autre — Que de morbides app6tits !

Parce que nos coeurs ont des r^les I Parce que nos vertus sont p^les I Parce que nous sommes petits ! "

Au milieu de tout ce flon flon, il n'y a pas seulement de beaux vers, mais il y a la preuve que le comte de Chambord commande Padmiration m6me k ses ennemis. Dfes lors, pourquoi son retour seraitil impossible ?

Mais, objectera-t-on, la Chambre des i)6put6s, le S^nat, le Gouvernement ayant Parm^e sous ses ordres,«ontdes obstacles insurmontables ? — Qui, jusqu'i ce que la Commune les ait renvers6s et balay6s.

Mais, dira-t on encore, le peuple n'en veut pas ? — Un grand penseur va r^pondre pour moi, et.je lui cfede la parole. On croirait que ces lignes de Joseph de Maistre ont 6t6 6crites hier ;

" En formant des hypotheses sur la .contre-r6vo-

* lution, on commet trop souvent la faute de raison- ' ner comme si cette contre-revolution devait 6tre et

* ne pouvait ^tre que le r^sultat d'une deliberation ^ populaire. Le peuple craint, dit-on ; U peuple veutj ^ le peuple ne consentira jamais, il ne convient pas au

* peuple, etc., etc. Quelle piti6 ! le peuple n'est plus

" rien dans les revolutions, ou du moins, il n'y entre " que comme instrument passif. Quatre ou cinq " personnes, peut-6tre, donneront un roi k la France. " Des lettres de Paris annonceront aux provinces que " la France a un roi,'et les provinces crieront : Vive " le Roi ! A Paris m^me, tous les habitants, moins " une vingtaine, peut-^tre, apprendront en s'^veil- " lant qu'ils ont i^n roi. Est-il possible, s'^crieront- " ils, \o\\k qui est d'une singularity rare I Qui sait " par quelle porte il entrera ? II serait bon, peut-^tre, " de louer des fen^tres d'avance, car on s'6toufFera. " Le peuple, si la Monarchic se r^tablit, n'en d^crS- *^ tera pas plus le r^tablissement qu'il n'en d6cr^tera " la destruction ou I'^tablissement du gouvernement " revolutionnaire.

" Je supplie qu'on veuille bien appuyer sur ces " reflexions, et je les recommande surtout k ceux qui " croient la revolution impossible, parce qu'il y a " trop de Frangais attaches k la Republique, et " qu'un changement ferait souffrir trop de monde. " Scilicet is superis labor est f On pent eertainement " disputer la majority k la R6publique ; mais qu'elle " Pait ou qu'elle ne Pait pas, c'est ce qui n'importe " point du tout : Penthousiasme et le fanatisme ne " sont point des etats durables. Ce d^gr^ d'er6this- " me fatigue bient6t la nature humaine ; en sorte " qu'^t supposer m6me qu'un peuple, et surtout le *' peuple fran^ais, puisse vouloir une chose long- " temps, il est stir au moins qu'il ne saurait la vou- " loir avec passion. Au contraire, Pacces de fi^vre " Payant lass^, Pabattement, I'apathie, PindifFerence, " succ^dent toujours aux grands efforts de Penthou-

" siasme. C'est le cas oii se trouve la France, qui " ne d6sire plus rien avec passion, excepte le repos. " Quand on supposerait done que la R6publique a " la majority en France (ce qui est indubitablement " faux), qu'importe ? Lorsque le Ror se pr6sentera, " siirement on ne comptera pas les voix, et personne " ne remuera ; d'abord par la raison que celui-lal " m6me qui pr^fSre la R^publique a la Monarchic, " pr^ftre cependant le repos k la R6publique ; et *^ encore parce que les volont^s contraires k la royau- ** t^ ne pourront se r^unir.

" En politique, comme en m^canique, les theories " trompent, si I'on ne prend en consideration les " diff^rentes qualit^s des mat^riaux qui forment lea " machines. Au premier coup-d'oeil, par exemple, " cette proposition paralt vraie : le consentement " pr^alable des Frangais est n6cessaire au r^tablisse- " ment de la Monarchic. Cependant rien n'est plus " faux. Sortons des theories, et repr6sentons-nous " des faits.

" Un courrier arriv6 k Bordeaux, k Nantes, k Lyon, " etc., etc., apporte la nouvelle que le Roi est recon- " jiu k Paris ; qu'une faction quelconque (qu'on ** nomme ou qu'on ne nomme pas) s'est empar^e de " Pautorite, et a d6clar6 qu'elle ne la possfede qu'au " nom du Roi, qu'on a d6p6ch6 un courrier au Sou- " verain, qui est attendu incessamment, et que de " toutes parts on arbore la cocarde blanche. La " renomm^e s'empare de ces nouvelles, et les charge " de mille circonstances imposantes. Que fera-t-on ? " Pour donner plus beau jeu k la R6publique, je lui

accorde la majority, et m^me un corps de troupes r^publicaines. Ces troupes prendront, peut-6tre, dans le premier moment, une attitude mutine ; mais ce jour-l^l m^me elles voudront diner, et commenceront k se detacher de la puissance qui ne paye plus."

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