‹ À travers l'Europe: impressions et paysagesChapitre 9 sur 28 · SOUVENIRS PERSONNELS · texte numérisé non relu

SOUVENIRS PERSONNELS

A grotte de Lourdes, et i'^liae de I'lm-

macul^e Conception, qui a'6Uve perpendiculairement au-desBus, forraent un tableau ravisBant, et ce tableau a pour cadre une nature admirable qui en fiilt ressortir i'harmonie.

De la grotte on se rend si la basilique, Boit en revenant sur bcb paB prendre te chetnin de voiture qui gravit ienteinent les roches massabielle, soit en suivant k droite un sentier trac6 en zigzag au milieu doe arbustes et des SeurB. Lea p&lerins suivent gen^raleraent ce Bentier quand ile descendent S. la grotte, bannigre en t6te, chantant dea hymnes, et portant des eierges allumfo. Si c'eat la nuit, lenr proceasion trace sur lea flanca de la montague un grand " M " lumineux et mouvant.

L'^glise, conetruite dans le atyle ogival primitif, est flanqu^e de bas-cfltfe et de contreforts, et surmont^ d'une fi^che tr^s 614gante. Le chevet eat entour6 de chapelles. C'eat simple, male c'eat beau.

Jj€ portique et lee terrasaea avec leura arcades & colonnett«a, le portail, la tour carr^e et la fl^che qui s'^ance dans I'azut svelte et bardie forment un en-

semble saissant. On se dit en I'admirant : voila ce que doit 6tre une eglise, un 61an de foi et d'amour.

L'interieur n'est pas moins iniposant, par ses proportions, son elegance, et son ornementation qui se compose d'ex-voto et de banni&res. La grande nef est spacieuse, la wotie est ^lanc^e, et le maltre-autel, tout en marbre blanc, est richement orn6, et surmont6 d'une tourelle gothique qui abrite une statue de la Vierge. Cette vierge, en marbre du plus pur Carrare, porte k son cou un collier d'or enchass^ de pierreries.

A la votlte se balancent un grand nombre de lustres en vermeil, et plus de deux cents banni^ren apport^es de toutes les parties du monde pour attester 1b foi des* peuples qui ont cru k I'apparition miraculeuse.

Au bas de la votite, et faisant le tour de I'^glise, com me une ceinture de pierres pr^ci^uses brillenl des inscriptions entiSrement compos6es d'ex-voto, c'est-a-dire que chaque lettre est form^e de cceurs en or, en vermeil, et en nacre de perle, offerts par les pelerins venus de tons les coins de la terre. Ces inscriptions reproduisent les paroles que la sainte . Vierge adressa a Bernadette, dans ses diverses apparitions :

" Allez boire k la fontaine et vous y laver — Je suis " rimmaculee Conception — Allez dire aux pr^tres '* qu'il doit se b^tir ici une chapelle, et qu'on y doit " venir en procession — Vous prierez pour la conver- " si on des pecheurs,"

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Les orgUBs sont les plus completes qui existent et tr&s belles. La chaite est tout un monument. EUe est en ch^ne du Canada, et fut donnee par les.Marseillais. Le panneau de face montre J6sus-Christ debout, la main droite levee, et la gauche pos^e sur un livre ouvert oii se lit : Ego sum via, Veritas et vita.

Tout autour de la basilique se deroulent d'incomparables paysages. AprSs avoir entendu la messe, les v^pres et un beau sermon de Monseigneur I'^v^que de Nevers, j'ai fait I'ascension du Beous, par un sentier tortueux qui part de T^glise. A une hauteur d'environ deux mille pieds au-dessus de la valine se trouvent un calvaire et un autel en pierre, oii Ton c616bre parfois la messe, lorsque les p^lerinages sont trop nombreux et que la basilique ne pent les contenir.

Le panorama que j'ai pu contempler de cet endroit est indescriptible. Sous mes pieds le Gave sef-pente au fond d'une vallee etroite et profonde. A ma gauche, au delsl du Gave, la montagne s'eleve en pente douce, et sur ses flancs s'etendent des pr6s verts, des haies vives et des bosquets. Quelques rang6es de vignes dont les parapres se rejoignent semblent se donner la main et descendre en procession vers la grotte. Sur la pente court le chemin de fer de Tarbes k Pau, et plus haut, presque en face de la grotte, semblent se recueillir dans la solitude le convent des (Carmelites et celui des Benedictines, recemment bMis.

A ma droite, les premieres cimes des Pyrenees se dressent abruptes et desol^es, coupees de ravins pro

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irf-a.

fonds, et vont briser lee images de leurs crates sans gazon. Lk bas, sur le Petit Oer, k une hauteur de trois mille pieds, se dessinent nettement, sur le bleu lointain du firmament, trois croix que les habitants de ces montagnes y ont 61ev6es. Plus loin, surgissent d'autres sommets oii commencent les glaciers 6ternels, qui se perdent dans les cieux, 6chelle gigantesque et iramacul6e oii la Vierge descendait peut-toe k la Grotte des Roches Massabielle.

Les pKs des montagnes sont dans Pombre, mais les t^tes sont inond^es de soleil. Quelques nuages sillonnent cependant le firmament, et je vois courir leurs ombres mouvantes dans les ondulations pyr6n^ennes. L'air est pur, et les bois d^gagent des parfums que la brise m'apporte.

Si je baisse les yeux, mes regards s'arr^tent au del^ du pont qui traverse le Gave, sur la vieille ville de Lourdes, nagufere solitaire et inconnue, maintenant c^lSbre et fr6quent6e. Elle se tient toujours humblement adoss6e si son chateau-fort, jadis imprenable, mais elle n'estime guSre k present ses vieux bastions et ses tours. Son attention est ailleurs.

L'antique forteresse ne captive pas davantage mon int6r6t : elle n'est qu'un detail d'ornementation dans le paysage, et ma vue revient instinctivement se reposer sur la grotte.

Qui sait, pensai-je, si la sainte Vierge n'aime pas cette grotte parce qu'elle ressemble k celle de Beth- 16em? Et-toute la vie de J4sus m'apparatt en imagination dans ces trois tableaux, 6tag6s Pun au*dei^

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sus de I'autre. La Grotte me repr^sente BethUem et I'en&nce du Sauveur. L'6glise me rappelle le temple de Jerusalem et sa vie publique. Le calvaire, oii je suis assis, me retrace sa passion et sa mort.

II me semble aussi que toute la vie humaine se resume dans ces trois tableaux, et ceux qui, months sur le Calvaire, regardent plus haut, en voient un quatrifeme : le Ciel !

En ce moment, un p^lerinage, venu de San Pedro et comptant 150 k 200 personnes, sort de la basilique et s'en retourne vers la ville. Leurs voix montent jusqu'A moi, et j'entends distinctement ce cantique :

" II faut quitter le sanctuaire."

Je les suis de Poeil sur le chemin bord6 d'arbres et sur le pont du Grave : les petits gargons portant des 6tendards marchent en avant ; puis viennent les petites fiUes habill6es de blanCj les ferames voil6es, et les hommes prec6d^s d'une bannifere.

Le spectacle est fort emouvant, et je voudrais avoir un'incr^dule k c6t6 de moi ; je me sens en veine de faire la controverse. Mais non, je pref^re ^tre seul et r6pandre de douces larmes en silence...

Descendu du Beous, je suis alle visiter le moulin oil vivent encore la soeur et le frere de Bernadette Soubirous. Le jeune gargon est surtout interessadnt, et plein d'intelligence. II m'a montr6 un coeur en laine rouge fait par Bernadette elle-m^me ; autour de ce coeur elle avait brod6 k I'aiguille les mots sui-*.

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vants : " Mon Dieu, je suis une criminelle, je m^rite " la prison : enfermez-moi dans votre divin coeur ; " et la seule grkce que je vous demande, c'est de " n'en sortir jamais."

(Ir^ce k M. Lasserre, qui est i Lourdes, j'ai pii voir aussi Mgr Peyraniale qui est bien le plus aiina-' ble horame qu'on puisse rencontrer. II est grand de toutes mani^res, robuste, bien fait, et toute sa personne respire la distinction. Sous des dehors un peu rudes, il est I'affabilit^ personnifiee. En tous points il est digne du choix que la sainte Vierge en a fait comme Pun de ses t^moins.

Le troisi^me t^moin qu'elle s'est choisi, et dont elle setnble avoir fait son secretaire, M. Henri Lasserre, passe tous les 6tes h Lourdes. II y travaille, avec un soin qu'on serait tent6 d'appeler exag^r6 et une lenteur dont ses lecteurs se plaignent, k Thistoire des merveilles accom plies k Lourdes depuis la publication de son admirable livre.

L'ann6e derniSre, il avait amene avec lui unst6nographe afin de pouvoir reproduire textuellement les r6cits des miracules et de leurs t^moins. Ce st6nographe, que M. Lasserre n 'avait jamais vu auparavant, se trouva 6tre un jeune homme qui ne croyait pas aux miracles. II venait m^me k Lourdes avec I'arri^re-pensee d'epier I'historien, et I'espoir de d6couvrir les artifices et les supercheries qui, dans son opinion, devaient se trouver au fond de tous ces r6cits merveilleux. Mais il lui arriva une chose qu'il n'avait pas pr6vue. C'est qu'il trouva ici lui-m^me la foi, iet la gr^ce d'une conversion ^inc^re.

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Plusieurs des mii*acles lea plus ^latants, que M. Lasserre nous racontait avec un charme exquis dans nos bonnes soir6es de Paris, auront leur place dans le volume auquel il travaille en ce moment, et je ne doute pas que ce nouvel puvrage ne soit encore couronn6 d'un succes 6tonnant. ^^>

J'ai pass6 ma derni^re soiree k Lourdes chez M* Lasserre, bii j'ai rencoiitr^ M. et Madame Ernest Hello et trois pr^tres. La causerie a 6t6 pleine d'en* train, d'esprit et de galt6.

M. Ernest Hello est un petit homme brun, sec, qui a des yeux tr^s vifs et profonds, et de grands cheveux plate et noirs. II a une voix criarde et peu agr6able. Mais il cause avec beaucoup de chaleur et de verve satirique. II s'^l^ve m^me parfois k une haute Eloquence, quoique son pessimisme le pousse k Texag^ration.

II a fait contre la presse une charge fort spirituelle et pleine de sarcasmes, dans laquelle il I'a compar6e k une mouche. Je lui fis observer que la niouche vole et pique, et que voler et piquer sont d^}k une puissance.

— Alors, reprit-il avec feu, je retire ma comparaison, elle est mauvaise. La presse. ne vole pas, elle rampe. C'est un animalcule qui se traine, et qui mal-

(1) Qaelques r^cits ont 6t^ publies depuis dans lea revues et les joumaaz, entre aatres la guirison de Mademoiselle de Fontenay, le miracle de PAasomption, et le miracle du 16 aepiembre 1877.

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