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les débris, se croisaient avec d'autres chargés de nouveaux ma-
tériaux, pierres, briques, ciment, poutres et colonnes,
La rue était encombrée, et l'air retentissait de mille bruits, et de clameurs mêlées de blasphômes,
L'activité humaine: est certainement très louable, et ce doit être un beau spectacle pour le ciel que de contempler les hom:mes Courant comme des abeilles industrieuses autour de cette ruche qu'on appelle la terre, Mais le travail du démolisseur a quelque chose qui attriste, surtout quand il démolit—en même temps que des édifices—une loi du Décalogue,
A un autre point de vue, quand on songe à tous les labeurs que ces constructions ont coûtés, à toutes les existences qu'elles ont abritées, à tous les souvenirs qu'elles rappellent, il est pénible de les voir mettre à néant. Et, si la pensée s'élance dans l'avenir, peut-on prévoir sans regrets que les nouveaux édifices eux-mêmes feront bientôt place à d’autres, que les larges boulevards deviendront un jour trop étroits et qu’il faudra faire
de nouveaux percements, de nouvelles démolitions, ou construire des chemins de fer aériens pour faciliter la circulation des mil. lions d'hommes qui viendront après nous ?
Tout en rêvant ainsi, je poursuivais ma route au travers des décombres.
Aux coins des rues, les affiches des théâtres étaient plus attrayantes et mieux remplies que les jours de semaine, et la soirée ne pouvant suffire aux spectateurs, les principaux théâtres annonçÇaient des matinées commençant à 2 heures P. M, et finissant à 6 heures, Mon jardinier a trouvé le temps d'aller à l’une de ces matinées ; mais à son retour il a scrupuleusement repris son râteau, Ce matin, à 11 heures, il dormait encore,
Après diner, hier soir, chez un ami, j'ai exprimé mon éton.* nement de voir une ville catholique, la capitale d’une nation appelée la fille aînée de l'Eglise, manquer aussi complètement au précepte de l'observation du dimanche. Quelqu'un m'a répondu :
—Mais, Monsieur, il faut bien que les pauvres gens vivent, et comment vivront-ils le dimanche s'il ne travaillent pas ce jour-là ?
—Et croyez-vous, lui ai-je répliqué, qu'il n'y a de pauvres gens qu’à Paris? Vos publicistes s’exténuent à prouver qu'il y a plus de pauvres à Londres qu’à Paris. Or, à Londres, pauvres
et riches observent le dimanche,et ils ont à manger ce jour-là cormme les autres jours,
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—Mais songes, Monsieur, qu'il y a ici des veuves, mères de cinq enfants !
—C'est bien joli, mais il y a dans mon pays des veuves, mères de dix enfants, et elles réussissent à vivre sans travailler le dimanche |
—Estil possible? Mais, dans tous les cas, pourquoi voulezvous que l’ouvrier se repose le septième jour s’il n'éprouveaucune lassitude ?
—Allons donc, lorsque Dieu se reposa le septième jour, croyezvous qu'il fût fatigué ?
Partant de là, je me mis en devoir de lui expliquer un peu le troisième commandement de Dieu, et sa raison d'être, Mais ses objections me firent bientôt comprendre que, sans m'en apercevoir, je lui parlais hébreu ; et comme je n'avais pas le loisir de commencer son éducation, je le laissai,
Je veux cependant rendre justice à tout le monde, et je cons. tate avec plaisir qu'un grand nombre de Parisiens et de Parisiennes observent le dimanche en vrais catholiques. Il y en a qui ferment régulièrement leurs boutiques; c’est le petit nom:
bre, mais enfin il y « plusieurs, et moins leur nombre est grand, plus ils ont de mérite.
Un nombre considérable d'hommes et de femmes se font aussi
un devoir d'assister à la messe, et j'ai été souvent édifié de voir la foule se presser dans plusieurs églises de Paris. Les femmes surtout envahissent les nefs à certaines heures, et quand un prédicateur de renom doit se faire entendre, le nombre des hommes augmente, Malheureusement tous ne s’y tiennent pas irréprochahlement, et de manière à édifier l'assistance.
J'en ai remarqué souvent qui ne paraissent se rendre à l'église que pour accompagner leurs femmes. Ils sont superbes de mise, de tenue, et de respect. pour leurs propres personnes,
Ils ne s'agenouillent jamais, suivant le précepie de J, J. Rousseau, et ils se tiennent constamment assis, ou debout. Plier le genou devant Dieut Fi donc! Ils croiraient manquer à leur dignité, en le faisant!
S’agenouiller devant une courtisane en chair et en os, cela se comprend; mais devant un Etre qu'on ne voit pas, et qu’on entend pas, et dont tant de beaux esprits osent douter, ce serait puéril! Il faut avant tout qu'un Parisien se respecte, et se fasse respecter !
. Au moment de l'élévation, ils se dressent tout d’une pièce, se croisent les bras sur la poitrine, et inclinent hr tôte,
par considération pour leurs femmes qui sont alors prosternées Ils ne croient pas devoir refuser à Dieu ce qu'ils accordent à l'inconnu qu'ils rencontrent dans la rue, et que leurs femmes saluent. Ils inclinent légèrement la tête devant ce grand Iuconnu que leurs femmes adorent! :
Pauvres Parisiens! Pliez donc le genou devant Dieu, et il fera en sorte que vous n'ayez pas à le plier devant le Prussien !
Quelques Parisiennes, allant à la messe, ne sont pas irréprochables non plus, et leur dévotion est un peu, beaucoup mondaine. Les pages satiriques de Gustave Droz à leur adresse sont éxagérées, mais tontiennent cependant beaucoup de vrai. C'est à la Madeleine surtout, et à Saint-Roch que j'ai pu m'en convaincre. Elles oublient parfois qu'elles sont à l'église, et se croient au spectacle.
A Noël, j'ai voulu avoir une idée de la messe de minuit à Paris, On m'avait recommandé d'aller à Saint-Roch, où des voix renommées et de grands artistes devaient remplir la partie mu. sicale de la solennité.
J'arrivai un peu tard, et j'eus beaucoup de peine à pénétrer, tant la foule était compacte à l'entrée de la vaste église. Il ne restait pas un siége inoccupé dans la grande nef, et les nefs latérales paraissaient encombrées; je pensai qu'en avant et autour du chœur il y avait probablement des places vides, et je me faufilai avec beaucoup d'efforts au milieu de la masse. Mais il fut bientôt impossible d'aller plus loin, et je constatai, en essayant vainement de me retourner, que je ne pouvais plus ni reculer ni avancer.
Je restai là debout, pressé de tous les côtés comme un épi dans une gerbe, élevant au-dessus des têtes mon pauvre chapeau qui avait déjà été écrasé plusieurs fois, et ne sachant comment j'allais me tirer de cet horrible pressoir vivant.
De temps en temps un courant irrésistible m'em portait, tantôt en avant, tantôt en arrière, et mes pieds touchaient à peine les dalles. Autour de moi les conversations et les rires allaient leur train.
—Oh ! là là, monsieur, vous allez emporter ma robe !
. —Ce n’est pas ma faute, madame, répondait le voisin, il y a force majeure.
—Moi, je suis disloquée, et je ne sortirai pas de cette mécanique avec tous mes membres. :
—Et moi donc, j'ai deux côtes enfoncées, je pense, et j'ai perdu mes souliers!
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— Vois donc Adèle, comme le sang lui monte au visage. Elle 4 sa congestion, je crois, et bien conditionnée !
Ce spectacle édifiant dura jusqu’à ce que, poussé tout à coup près d’une porte latérale, je réussis à m'esquiver,
Une classe très nombreuse de Parisiens observe le dimanche en allant aux courses de Longchamp. Dès le matin, les omnibus de toutes sortes, les bateaux-mouches, les cabriolets, se dirigent à toute vitesse vers Longchamp, et toute la campagne environnante se Couvre de spectateurs. Ils y passent gaîement, sinon innocemment, leur journée, et ils reviennent le soir, convaincus qu'ils ont rempli leur devoir envers Dieu puisqu'ils se sont reposés |
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