‹ A travers l'Europe [microforme]Chapitre 43 sur 49 · LL · texte numérisé non relu

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J'aimerais vous représenter les poètes classiques étudiant, ciselant, animant la nature-humaine, comme le statuaire fait du marbre. Sous ia mzin des Corneille et des Racine, celte nature si misérable, si portée au vice, si prompte à s’avilir, se iransfigurait, s’idéalisait, et devenait un type-de grandeur et d’héroïsme que le spectateur pouvait prendre pour modèle.

Je vous montrerais que le théâtre contemporain n’a plus le même objet en vue. Il ne tend plus à l'idéal, mais au réel. Il s'imagine que pour être véridique il faut montrer la nature humaine telle qu’elle est, et nous étaler toutes ses corruptions Sous prétexte de véracité, il est tombé dans le réalisme et il nous exhibe toutes les laideurs physiques et morales, Si du moins il lés montrait pour les faire détester; mais il s’en garde bien et il sait les présenter sous des dehors aimables.

Cette étude du réalisme contemporain au point de vue littéraire serait curieuse à faire.

Mais nous n’avons pas lp loisir de considérer le théâtre sous cet aspect, et ce n’est qu’en passant, par quelques mots seulement, que je qualifierai le mérite littéraire des auteurs dramatiques du jour.

Les plus célèbres sont connus, et je crois les ranger dans Vordre de leur illustration en les nommant ainsi : Alexandre Dumas, fils, Emile Augier, Victorien Sardou et Octave Feuillet Leur malheur à tous, disons mieux, leur défaut dominant, c'est de placer au-dessus de toute croyance, le succès! Tout leur sert de litière pour arriver à ce but suprême, le succès ! C'est le souverain qu’ils veulent servir avant tout, c’est le des. pote auquel ils sacrifient tout!

Victorien Sardou est celui qui à obtenu le plus de succès, quoiqu'il soit inférieur, et peut-être parce qu'il est inférieur à ses émules Augier et Dumas. Car il n’a pas le soufle dramatique de Dumas, ni l'élégance soignée d'Emile Augier, ni même lingénieuse imagination d'Octave Feuillet. En revanche, il faut dire qu'il a beaucoup d'esprit, et que ses dialogues sont d'une vivacité, et d’une verve entraînantes, surtout dans les premiers actes de ses comédies. -

Mais tous méconnaissent le noble but de l’art dramatique ; et si, d’une part, ils ont semé dans leurs œuvres abondamment d'esprit, d'autre part, il faut convenir que les grands aperçus, les larges horizons, les élans des grands penseurs en sont absents. ‘ [ls composent des figures et non des types, des é6bau-

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