PÉDAGOGIE ET LE TABAC
Le tabac hébète les nations.
Balzac.
On rencontre souvent des lycéens qui, pour affirmer leur virilité ou se targuer d’une émancipation précoce, se promènent avec une désinvolture de circonstance, armés de la pipe ou ornés du cigare.
M. de Gumont. a pris des mesures disciplinaires contre ces tributaires imberbes de la plante de Nicot; mais il en sera probablement de la prohibition officielle comme de toutes celles, qui s’adressent à nos goûts et à notre sensualité.
Elle ne fera qu’ajouter au parfum du tabac le goût du fruit, défendu.
Il y a certaines tentations de gourmandise qu’il est imprudent de réveiller.
Le tabac a toujours eu la singulière fortune de triompher des obstacles et d’éluder les prohibitions.
Quelles épreuves n’a-t-il pas eu à subir avant de régner en maître?
Il a eu des antagonistes féroces.
Jacques Ier, roi d’Angleterre, avait condamné tous les fumeurs à la potence ; mais voyant que cette mesure radicale ferait de son royaume un vaste désert, il se borna à faire pendre Rowley, qui avait introduit la pipe.
Abbas Ier, dit « le Grand », shah de Perse, faisait couper les lèvres aux fumeurs et le nez aux priseurs.
Le sultan Amurat IV qui permettait cependant à ses sujets l’usage du vin dont il faisait lui-même abus, punissait de mort les fumeurs.
Mahomet IV leur faisait percer le nez, et introduire une pipe dans l’ouverture.
Urbain VII et Urbain VIII avaient excommunié tous ceux qui faisaient usage du tabac dans les églises.
Malgré ces rigueurs, le tabac n’en a pas moins