LA PÉDAGOGIE ET LE TABAC
été, à toutes les époques, l’objet d’un véritable culte.
Il semble même que les persécutions et le martyre n’aient fait qu’augmenter le nombre de ses adorateurs.
L’hygiène sera-t-elle plus heureuse avec ses remontrances que ne l’ont été jadis les redoutables adversaires du tabac avec leurs décrets et leurs supplices?
Elle a fait de ce narcotique le bouc émissaire de tous les maux qui affligent la génération actuelle.
Elle s’est plu à évoquer un cortège lugubre, bien qu’un peu fantaisiste, de maladies et d’infirmités.
Mais ce serait s’abuser que de croire que le tableau le plus terrifiant ait jamais converti un fumeur obstiné.
L’hygiène, avec ses lamentations et ses avertissements fatidiques, aura toujours le sort de la prophétesse troyenne.
Elle échouera dans ses attaques contre le tabac, par une raison bien simple :
C’est, que pour rompre une habitude aussi tyran-
nique que celle de fumer, il faut une ceitaine énergie de caractère, et que le tabac a précisément pour effet physiologique d’affaiblir ou d’annihiler
la volonté.
L’usage du tabac est un besoin pour la génération actuelle, parce qu’il est un remède contre l’ennui, et que l’ennui, résultat inévitable de l’absence de principes arrêtés et de croyances solidement établies, est un des traits caractéristiques des temps où nous vivons.
Il répond à cette avidité de sensations qui tourmente l’homme aux époques où une civilisation trop raffinée corrompt la vigueur des âmes et
l’énergie des caractères.
Si on pouvait étudier dans tous ses replis l’âme des fumeurs passionnés, on verrait que chez eux l’équilibre moral est presque toujours fausse soit par le poids du présent, soit par les regrets du passé ouïes préoccupations de 1 avenir.
Les spirales de fumée que le tabacolàtre envoie dans l’espace et qu’il aime à suivre d’un œil atone, sont souvent un voile qu’il jette entre ses réflexions et le côté sévère de la vie.