‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 103 sur 155 · Lass'erre, le Romantisme français^ pp · texte numérisé non relu

Lass'erre, le Romantisme français^ pp

l'agnosticisme de m. maurràs 291

manière, elle nous paraît cependant exprimer à merveille les limites de sa philosophie.

Oui, il admet une métaphysique du sensible', et les lois physiques, biologiques, sociales auxquelles il accorde une confiance parfois déconcertante en sont une preuve indéniable. Mais au delà de cette métaphysique restreinte, il est trop certain que M. Maurras est désemparé. L'absolu, pour lui, n'est qu'un fantôme, c'est l'inconnaissable, l'impensable. A l'en croire, nous sommes radicalement inaptes à en saisir le moindre aspect et, en cela, plus hardi que Spencer, il ne se prononce même pas sur son existence : chimère ou réalité, il ne sait. La connaissance positive et réelle à laquelle il se rallie repousse ces questions inaccessibles comme vaines, oiseuses, vides de sens. Les faits qu'il retient, il ne les envisage que dans leurs rapports mutuels, en tant qu'ils nous amènent à formuler les lois de la nature, principes pour nous de l'action; ce que ces faits sont en eux-mêmes, il se garde de le rechercher et s'agit-il du problème d'un infini, centre d'une synthèse de l'être, il ne comprend plus. C'est ainsi que la formule « devant Dieu » signifie, sous sa plume, « conformément aux lois naturelles les

1. Un adversaire irréductible de M. Maurras et de l'Action française a prétendu identifier cette métaphysique du sensible avec le matérialisme: nous croyons au contraire qu'elle en contient exactement la négation et qu'elle implique l'insuflBsance du positivisme empiriste. Tout catholique, tout philosophe spiritualiste n'admettra jamais que les limites de la métaphysique doivent être restreintes à la métaphysique du sensible, mais en tant que philosophe spiritualiste, il doit admettre une métaphysique du sensible sur laquelle il s'appuiera pour s'élever à la connaissance sUprasensible.

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plus favorables à l'ordre et au progrès humain ^ », et, tout de même que M. Lasserre ^, il est prêt à croire « les vues propres de l'esprit, nécessaires pour éclairer la nature..., impuissantes à jeter le moindre jour sur ce que Faust se plaint de devoir ignorer éternellement : la cause première et universelle (s'il est une telle cause), le but dernier et universel (s'il est un tel but). Nul fait ne nous est intelligible que par les principes de l'intelligence. Mais ceux-ci sont de pures abstractions, dès qu'on les considère en dehors de leur application à quelque objet d'expérience. Vouloir en tirer des lumières sur l'absolu, c'est, qu'on nous passe le mot, demander un travail inutile à un estomac sans aliments. »

De fait, pour M. Maurras, l'infini ne représente que le contradictoire. C'est lui qui a écrit : « Comme dans l'infini, tout s'explique et se réconcilie dans l'absurde ^. » Et l'on se souvient de ses sorties virulentes contre les romantiques et les philosophes allemands, lesquels ont sans cesse aux lèvres le mot d'infini : « L'infini, comme ils disent. Le sentiment de l'infini, de l'infini ! Rien que ces sons absurdes et ces formes honteuses devraient induire à rétablir la belle notion du fini. Elle est bien la seule sensée. Quel Grec l'a dit? La divinité est un nombre; tout est nombre et terminé^. » Identifiant ainsi le fini et le détef^miné, M. Maurras ne voit rien au delà de l'idée classique qui réalise et définit; là

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