L. de Montesquiou, op. laud.^ pp
300 A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS
le pouvoir « de nous rendre compte de la nature des choses et du bien-fondé de nos opinions » ; « faculté exclusivement analytique », elle « vaut précisément par les lumières qu'elle nous donne sur les lois de la nature et les moyens de réaliser ce qui nous convient; distincte en cela de la raison révolutionnaire qui serait « une aptitude » à décider souverainement et sans enquête préalable dans les matières où l'exercice de la raison est le plus difficile^ ».
Ce n'est pas le lieu de discuter cette définition; relevons seulement le grief formulé par M. Moreau contre les « révolutionnaires ». Ceux-ci mènent une guerre sans trêve contre les préjugés qui obscurcissent la raison naturelle ; l'auteur de Tradition française et Raison humaine estime, lui, que, sans de telles influences qui découlent exclusivement de notre sensibilité, l'homme serait désarmé pour l'action, incapable de se décider en quelque sens que ce soit^. Au reste, nul ne peut se dépouiller de toute habitude morale et religieuse qui le rende capable de se prononcer dans la plupart des cas ; « L'équivoque rationaliste est de mettre au compte de la raison ce résidu de partis pris sentimentaux que n'a point entamés la critique. La gravité de cette équivoque, c'est qu'elle a progressivement disposé chez nous l'élite des intelligences à perdre toute confiance dans la raison pour trancher entre les opinions qui s'opposent. » Dès lors à qui nomme raison l'ensemble de ses façons de voir, plus de
1. L. Moreau, Tradition française et Raison humaine^ dans l'Action française, du 15 mars 1906, p. 419.