L'Action française, 15 mars iU06, p
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ne sont pas identiques. L'athéisme désigne de préférence un semblant de doctrine qui tient comme prouvée la non-existencedeDieu,et, cette non-existence admise, s'emploie à fournir de l'univers une explication rationnelle. L'agnostique, au contraire, tient pour également impossible de prouver l'existence et la non-existence de Dieu ; il se croit interdit toute solution du problème des origines et des fins de l'homme et du monde ^ A prendre le terme en rigueur, l'on ne peut donc dire que M. Maurras et ses collègues incroyants de l'Action française, agnostiques purs, soient des athées.
Mais dans le langage courant et dans la langue théologique elle-même, on a toujours aussi désigné sous le nom « d'athées » ceux qui se déclarent impuissants à justifier l'idée de Dieu et la bannissent de toute science, de toute vie, sans d'ailleurs se prononcer sur sa valeur. A côté des athées spéculatifs, relativement peu nombreux, il y a la masse des athées pratiques, incrédules de toutes nuances. En ce sens, M. Maurras est et doit être dit un tenant de l'athéisme. Il ne nie pas explicitement l'existence de l'absolu, il se borne à l'ignorer, comme il ignore le néant; et cette ignorance, pour n'être pas une négation radicale, n'en aboutit pas moins au même résultat. Toute vue proprement métaphysique étant à ses yeux dénuée de signification etd'intérèt 2, on aperçoit immédiatement quelles consé-
1. Cf. M. Chossat, Diction, apologétique, col. 6-10, 24-25; X. Moisant, Psychologie de l'incroyant, ■^■p . 143-145; L. de Montesquiou, dans l'Action française, 1»' juillet 1906, pp. 129-130.
2. Pour la résumer tout entière, il suffirait de transcrire ici tel passage de l'encyclique Pascendi, v. g. le ^ Jam ut a philosopho, qui décrit à merveille l'agnostique moderne.
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quences cette philosophie entraîne dans l'ordre religieux. Aucune valeur objective n'est reconnue à celui-ci; l'existence d'un être surnaturel et transcendant ne saurait trouver place dans une philosophie de l'univers: tout dogme doit être écarté, et, pour ne citer qu'un exemple, la conception d'un Dieu se faisant homme et rachetant le monde n'excite chez M. Maurras que la stupeur^ Dans ces conditions, rien n'empêche d'appeler M. Maurras un athée et il est inutile de se quereller sur les mots. Un tel nihilisme, s'il n'est pas particulier à M. Maurras, n'en reste pas moins inexplicable ; mais la surprise qu'il éveille se change vite en compassion, lorsque, derrière ce néant, on devine la détresse d'une âme qui gémit de ne pas croire-, qui « a constaté jusqu'à l'évidence son inaptitude à la foi, surtout à la foi en Dieu principe et fin de l'organisation catholique », et dont on doit dire « que non seulement Dieu ne manque pas à son esprit », mais que « son esprit sent, si l'on peut s'exprimer ainsi, un besoin rigoureux de manquer de Dieu ^ ». Le souvenir de ses croyances passées continue de
1. Elle l'amena même jadis à parler du Christ dans les termes les plus outrageants. Cf. supra, pp. 75-80.
2. « Je n'ai jamais été dédaigneux de la foi. On ne dédaigne pas ce qu'on a tant cherché. On ne traite pas sans respect la faculté de croire, quand on l'estime aussi naturelle à l'homme et plus nécessaire que la raison » [L'Action française, 1"* février 1908, pp. 207-208, reproduit dans la Politique religieuse, p Ali).
3. L'Avenir de l' intelligence ^^. 108. En examinant l'exposé donné par M. Maurras du cas de l'incroyant Charles Jundzill, le lecteur n'a malheureusement aucune peine à y reconnaître un grand nombre de traits qui n'appartiennent pas plus àCharles Jundzill, de naissance et de formation purement romaines, qu'à Charles Maurras. D'où l'usage que nous faisons dajis notre texte de cette description psychologique.
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le poursuivre ; il aspire toujours à la certitude sur ses destinées et ne peut ni s'en désintéresser, ni s'en déprendre, tant est profonde la marque de ses origines ^ A la place du Dieu des catholiques devant lequel il ne consent plus à s'incliner, mais dont il ne se peut pas démontrer la non-existence, M. Maurras voudrait quelque chose : sa nature ne se contente pas du « rien », du « néant ». Or que lui fournit le positivisme dont il vante la méthode? M.Maurras n'a même pas ici la ressource de s'illusionner, comme son maître, A. Comte, et voici d'après VA^>enir de V Intelligence XouX ce que lui procure cette philosophie édifiée en dehors de l'Absolu : A. Comte « a rouvert pour nous, qui vivons près de lui dans le vaste sein du Grand-Etre, de hautes sources de sagesse, de fierté et d'enthousiasme. Quelques-uns d'entre nous étaient une anarchie vivante. Il leur a rendu l'ordre, ou, ce qui équivaut, V espérance de Voîdre, ÏWqxxv a montré le beau visage de TUnité, souriant dans un ciel qui n'est pas trop lointain 2». Lorsque l'on connaît le sens de ces mots : grandêtre, ordre, unité, ciel..., en philosophie positiviste et la vanité d'une telle espérance, comment, à la pensée de ces pauvres âmes qui n'ont pas d'autre abri dans leurs angoisses, le cœur ne se serrerait-il pas?
1. Parce que M. Maurras s'estime impuissant à décider si l'objet de la croyance en Dieu est chimère ou réalité, parce qu'il a pu sentir comme Jundzill ce vide de Tâme par rapport au divin, bien plus ce « besoin de manquer de Dieu » à jamais inassouvi qui atteste à sa manière la persistance de la foi et de l'amour, on n'est nullement en droit d en conclure, ainsi qu'on l'a fait, que, pour lui, la croyance en Dieu proposée par l'Eg-lise catholique est une hypocrisie. Ce qu'il appelle lui-même l'hypocrisie théistique est simplement la déification de toute la vie sentimentale et passionnelle à la manière protestante et romantique. (Cf. supra, p. 170-176»)