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Interrogeons-la donc maintenant, cette intelligence, cette raison que M. Maurras et ses disciples incroyants continuent d'honorer de quelque confiance. S'agissait-il d'étudier les conditions qui rendaient possible, au moins en théorie, un accord des catholiques avecdes positivistes qualifiés, nous demandions seulement que les conclusions retenues de part et d'autre ne fussent pas contradictoires. Ici, nous pénétrons plus avant : la philosophie qui court à travers l'œuvre de M. Maurras est-elle, oui ou non, viable? Est-elle facteur de vie et de prospérité, ou facteur de mort et d'anéantissement.'^
Les contradictions et insuffisances du positivisme
Le principe fondamental de tout positivisme, qui s'en tient exclusivement aux phénomènes, est que le sensible seul renferme la sphère totale du connaissable.Toutau plus la raison peut-elle ordonner, classer ces réalités sensibles, généraliser leurs
rapports, et atteindre ce que nous avons entendu appeler la métaphysique du sensible. Encore eston impuissant à nous dire ce qui autorise ces généralisations, ce que vaut, par exemple, le postulat de la constance de la nature, condition de toutes les lois scientifiques. « La science réussit trop bien pour que je ne croie pas à une certaine objectivité du monde », écrivait un jour M. Poincaré à propos de M. Le Roy. La plupart des positivistes sont prêts à penser de même, mais cette objectivité, ils ne rétendent pas au delà des phénomènes ; ils renoncent à la réalité nouménale. Pour eux, qu'estce que la science et la philosophie? Simple coordination de jugements empiriques. — La notion de l'abstrait? Pure chimère. — La notion de l'universel ? Somme limitée de perceptions. — Hardis paradoxes absolument opposés à ce que pense l'humanité^, leur idole pourtant. Mais ne leur demandons pas les preuves de telles affirmations : ce sont pour eux axiomes d'une aveuglante évidence.
Seulement l'évidence de tels axiomes est purement gratuite et ils attendent encore une réponse,
1. Les disciples de Comte, nous lavons tu, sont, dans leur agnosticisme, beaucoup plus radicaux que Spencer. Celui-ci reconnaît la nécessité d'un absolu : « Il existe un absolu, lit-on à la fin des Premiers Principes, qui nous est inconnaissable; il est le substratum unique et permanent du mouvement, des cbangements, de la matière, de la force, de la conscience. » Il est vrai que, pour Spencer, cet absolu, de même que la matière, le moi... se présentent à nous sous la forme de concepts et d'attributs contradictoires. Aussi Cônate voulant écarter ces contradictions, «prescinde» de tout absolu et ne donne à ses phénomènes aucun support. Non seulement, comme Spencer, il estime l'absolu inconnaissable, mais il ne se prononce même pas sur son existence : « S'il existe, nous n'en pcmvons rien atteindre », tel paraît être son dernier mot.
ceux qui, se plaçant sur le terrain même de l'empirisme, se sont faits forts de montrer que la contradiction s'impose si le supra sensible, si l'immatériel n'existe pas ^
Cet argument direct n'a jamais eu de réplique. Sans prétendre lui donner les développements qu'il comporte, nous nous bornerons ici à mettre en relief quelques-unes des contradictions que suppose le principe même du positivisme et des lamentables conséquences qui en sont l'aboutissement fatal.
Le positivisme affirme que le sensible seul peut être connu ; il repousse toute vue métaphysique. En quoi, bon gré mal gré, il fait de la métaphysique, la plus a priori qui soit, la moins expérimentale qui se puisse imaginer. C'est là, on s'en souvient, ce que Brunetière a soutenu il y a quelques années. Dans 'son Utilisation du positivisme^, prenant comme point de départ la relativité de la connaissance, il montrait comment ce système implique l'objectivité de la science et, par voie de conséquence, l'objectivité du monde extérieur, comment enfin, la théorie de l'absolu s'en dégage nécessairement. En preuve, il lui suffisait d'apporter l'argumentation connue de Spencer, simplement empruntée — en ce point — à la plus antique philosophie : « De la nécessité de penser en relation, il
1. Au lieu de refaire à nouveaux frais la preuve d'une thèse cent fois démontrée, je me contente de renvoyer ici à l'argumentation vigoureuse du cardinal Mercier dans ses Origines de la psychologie contemporaine 2 (1908), pp. 390-391. Le lecteur en retrouvera la partie principale à l'Appendice IV.