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dehors de là qu'il se résigne à l'incohérence et à la contradiction '.

Concluons. M. Maurras et M. Moreau souhaitentils de ne pas échouer dans l'une ou l'autre, qu'ils secouent résolument la poussière du relativisme, qu'ils admettent enfin pour base et soutien de leur ordre social, un principe absolu, réel et non abstrait, principe d'où toute vérité émane, qui la réalise par son être seul, qui lui-même soit la Vérité. 11 n'est pas d'autre assise à l'ordre social par eux exalté.

Cette vérité infinie, substantielle, personnelle, d'où s'élance toute impulsion, où revient expirer tout mouvement, exemplaire et source de toute réalité, représente éminemment tout être. En se connaissant elle épuise les abîmes de son infinie perfection et dans ce regard qui pénètre les profondeurs de son essence, elle saisit en leur totalité les imitations possibles d'elle-même, les définissant et les constituant dans leur ordre propre d'intelligibilité par cela seul qu'elle les a pour termes de son intellection, qu'elle les connaît comme reflets de l'un quelconque des attributs divins. Mais,

1. Rien ne fera mieux sentir l'infériorité où son incroyance met M. Maurras que les articles publiés par lui dans l'Action française des 29 février, 29 avril, 15 et 16 mai 1912 à l'occasion des méfaits invraisemblables de la bande Bonnot, Garnier et Cie auxquels nous avons fait allusion plus haut, ou encore dans le numéro du 30 mars 1912 les réflexions dont il accompagne le testament d'un jeune soldat assassin qui rendait l'école laïque et les maisons de correction dirigées par l'Etat responsables de ses crimes. En lisant les considérations d'ordre politiqus mesquines et étroites qu'inspirent à M. Maurras des faits si riches cependant en hautes leçons morales, on touche pour ainsi dire du doigt le néant de fia phildSophie.

vouloir souverainement libre, puissance infinie, en même temps qu'intelligence infinie, cette vérité a daigné réaliser dans l'ordre de l'existence quelquesuns de ces êtres possibles. Elle les frappe alors à son effigie; chacun se trouve soumis à une loi intime qui le constitue tel et pas autre, qui signe sa dépendance, atteste son origine, révèle le sceau divin imprimé en lui. Lui qui pouvait ne pas être et un temps ne fut pas, comment donc se la serait-il donnée, cette loi ? Elle lui vient d'en haut et, à peine de retourner au néant, il est tenu de s'y conformer avec la même rigueur qu'il est nécessairement ce qu'il est. Or, cet être, s'il a reçu, comme l'homme, l'intelligence et la volonté en partage, ne subira pas sa loi passivement; il devra d'abord la discerner dans l'analyse de ses puissances; il y découvrira la fin vers laquelle est ordonnée toute son activité, qu'il ne peut pas ne pas poursuivre sans cesser d'être homme, et l'ordre social, complément, couronnement de son individualité, il l'apercevra voulu par cette volonté éternelle de qui tout procède. Causé, créé par elle, cet ordre doit nécessairement aboutir à elle; sinon il demeure inintelligible.

Impossibilité de la solution athée

Sans Dieu, cause et fin, sans une réalité à la base de son système, M. Maurras s'épuise en pure perte à disserter sur l'ordre social. Il nous proposera des théories ingénieuses, attirantes, délices des esprits

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cultivés, mais constructions éphémères qui ne tarderont pas à s'écrouler. A qui s'avisera de les examiner de près, elles rappelleront ces somptueux monuments de pierre tendre si communs dans les pays d'outre-Manche, qui s'effritent peu à peu sous la fureur des tempêtes et ne résistent pas à l'action des siècles^.

Le fondateur du positivisme n'avait pas été sans saisir les lacunes de son système. Il avait senti la nécessité de jeter un semblant de réponse aux appels répétésetinutilement refoulés de la raisonhumaine. Sans Dieu, sans divinité, sans une subordination « à une puissance extérieure dont l'irrésistible suprématie ne nous laisse aucune incertitude- », pas d'ordre possible. Comment ne pas constater cette tendance foncière depuis les origines connues de l'humanité jusqu'aux temps où nous vivons, cette inquiétude à l'égard de nos destinées, ce mouvement irrésistible quia emporté les esprits les plus cultivés vers le divin, le supra-terrestre? D'où, le

1. Joseph de Maistre étant un des maîtres préférés de l'Action française, il me sera bien permis de renvoyer ici ses disciples aux pages superbes qui ouvrent l'Essai sur le principe générateur des constitutions politiques. Ils y trouveront marquée, avec une force incomparable, et une autorité qu'ils ne récuseront pas, la nécessité de Dieu comme fondement de l'obligation morale et sociale.

2. Système de politique positive^ t. II, p. 13. A la page précédente, il écrivait : « Quand même notre constitution cérébrale permettrait la prépondérance de nos meilleurs instincts, leur empire habituel n'établirait aucune véritable unité, surtout active, sans une base objective que l'intelligence peut seule fournir. Lorsque la croyance à une puissance extérieure se trouve incomplète ou chancelante, les plus purs sentiments n'empêchent jamais d'immenses divagations ni de profondes dissidences. Que serait-ce donc si l'on supposait l'existence humaine entièrement indépendante du dehors ? «

dogme et la religion qui achèvent le système d'A. Comte, et àl'aide desquels il espérait discipliner les intelligences et les cœurs. Mais en vain : les dévots de la patrie et de l'humanité sentent qu'ils n'ont pas résolu le problème posé par la nature, qu'ils ne pacifient pas les esprits cruellement angoissés. Les hymnes à la louange du Grand-Etre n'éveillent dans les âmes de nos contemporains aucun écho profond et ils n'ont cure de lui être incorporés.

Aussi n'est-il pas surprenant que le culte de la patrie, tel que l'imagine Comte, soit caduc aux yeux de M. Maurras. Nous l'avons entendu nous affirmer lui-même que la loi des trois états qui le fondenelui paraissaitpas prouvée etnousle croyons sans peine. Mais si l'amour et le dévouement qu'il porte à la France nous sont un garant de son amour pour l'humanité, si sa « foi » en l'ordre est assez vivace pour qu'il se juge dispensé d'honorer une abstraction, fruit de la synthèse subjective, en at-ilpourcela supprimé le problème du fait religieux ? Sa superbe assurance donnera-t-elle le change à la foule, alors que les plus hautes intelligences, à toutes les époques de l'histoire de la pensée, n'ont pu se contenter de ses réponses ? L'attirance de l'infini est un fait de nature universel; elle soufPre peut-être quelques exceptions^ ; mais en présence d'un ensemble moralement unanime, que valent ces cas extraordinaires et presque tératologiques? ils

1. Cf. l'étude si fine et si intéressante qu'a donnée de certains cas M. X. Moisant dans son livre Psychologie de l'incroyant, en particulier, pp. 174-216. ]\îais si quelques positivistes se contentent de l'immortalité impersonnelle, que prouve leur témoignage par rapport à la masse de l'humanité ?

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n'empêcheront pas que, sans Dieu, la raison humaine aille à la dérive. L'âge positif est une chimère. M. Maurras n'y croit pas; il ne croit pas non plus à l'efficace des principes métaphysiques, mais que propose-t-il de leur substituer? Et ce penseur, to'îL féru d'observation positive, quelle place laisset-11 dans ses spéculations à l'étude du fait religieux, du divin, des rapports nécessaires entre ce divin et la vie sociale ? Et dans ses premiers écrits, comment expliquer tant de phrases hautaines à l'égard du surnaturel, du Christ, de certaines pratiques de piété caiholique ^ ? Illogisme à peine concevable ^. Un contemporain, philosophe assurément hors de page et dont l'autorité est considérable a écrit fort justement à propos d'A. Comte : « En vain a-t-on, pour retrancher de l'àme humaine le désir de ce qui dépasse l'homme, tenté de démontrer que ce désir est illusoire, en sorte qu'il doit peu àpeu s'atrophier et disparaître, comme un organe qui n'a plus de fonction : l'homme réel ne reconnaît pas sa condition dans celle qu'on lui décrit. Comte nous interdit de rien voir, de rien chercher au delà du monde que nous habitons. Ce monde, selon lui, doit être pour nous un tout. Mais déjà Littré s'aperçoit que ce tout est une île, entourée de toutes parts d'un océan, dont l'exploration, dit-il, nous est interdite,

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