Id. Contra Gentes, I, c
3. Ce que l'on a très élégamment exprimé dans cette formule dérivée de S. Thomas (I. C. G. 22, 6) : cum unumquodque sit pér suunt esse^ ille qui par se necesse est esse, sit suum esse necesse est (A. Valensin, Thèses ex uniferta philosophia, p. 28, n° 117).
356 A TRAVERS l'œUVRE DB M. CH. MAURRAS
que ce soit. Et cela se comprend sans peine : ce qui est par nature, par essence, ne peut pas en même temps ne pas être; or dire que l'être qui par nature e*^, sans plus, exclut quelque degré de perfection que ce soit reviendrait à dire que cet être n est pas sous le rapport de cette perfection : ce qui serait une contradiction évidente.
L'être nécessaire par définition même n'excluant aucun degré de perfection, force est donc de conclure qu'il est infini en perfection. Etant en effet actuel, déterminé dans l'ordre réel, ou bien cet être exclut par nature quelque perfection, quelque réalité, ou il inclut toute réalité, — pas de milieu possible. Mais nous savons qu'il n'exclut aucune perfection, donc il les inclut toutes.
b) L'infinité prouvée, Vunicité suit d'elle-même. « 11 est impossible en effet qu'il y ait deux êtres infinis, soitqu'on les suppose différents l'un de l'autre, soit qu'on les suppose parfaitement semblables. Les suppose-t-on différents? Dans ce cas, l'un a une perfection qui fait défaut à l'autre : dès lors, ce dernier tout au moins ne serait pas infini. On les supposera parfaitement semblables. Mais alors de deux choses l'une : ou le second infini dépend de Dieu, ou il en est indépendant. S'il dépend de Dieu, il n'est pas infini. S'il est indépendant de Dieu, Dieu n'est plus infini, car pour être infini, il faut qu'il soit, à un certain titre, la raison d'être de tout ce qui est et qu'il renferme éminemment tout ce qui a l'être. Donc en toute hypothèse il est impossible qu'il y ait deux infinis \ »
1. C^' Mercier, Traite élémentaire de philosophie^^ t. II, Théodicée, p. 94.
Maïs cette notion d'infini, nous l'avons vu, dépasse M. Maurras. Pour lui, fini et déterminé s'équivalent\ de même qu'infini etindéterminé; il est soulevé d'invincibles répugnances devant l'imprécis, le vague, le confus, et tel est le motif qui le fait considérer l'Inconnaissable de Spencer, dont ce philosophe ne peut se faire la moindre idée, comme non avenu, à ce point qu'il ne s'arrête pas à l'hypothèse même de son existence.
Cette attitude couvre unedouble équivoque. Tout d'abord, pour reprendre une vieille raison développée par Bossuet, que penser de celui qui, tenant fermement les deux extrémités de la chaîne, est disposé à tout abandonnerparce qu'il n'en distingue pas tous les anneaux ? Dès là qu'aucune contradiction certaine ne rend illusoires les résultats acquis, de quel droit s'effrayer de quelque ombre ? — Il y a plus : quiconque a établi l'existence d'un être nécessaire et infini n'avoue-t-il pas, de ce chef, que dans cette infinité, il est des profondeurs insondables, des mystères que nous ne pouvons dénouerPAutrement, nous ne serions pas ce que nous sommes, ce que clame la nature entière : des êtres finis et limités.
D'ailleurs, l'objection à laquelle se bute M. Maurras est-elle si résistante? En s'attachant si fort au fini, il pousse à l'extrême l'idéal classique, et commet, derechef, une grave confusion. Que, dans les œuvres littéraires, dans les entreprises humaines, le souci du concret, du déterminé, soitprédominant, c'est parfait : perd-on contact avec le réel, pour s'abîmer dans Tabstrait, on court et on fait courir