‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 128 sur 155 · Cf. supra, p · texte numérisé non relu

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2. Encore ne faudrait-il pas condamner sans distinction les efforts des Romantiques pour exprinner certaines aspirations parfois confuses, mais très élevées de l'âme humaine. Que M. Maurras déplore les rêveries malsaines, les effusions panthéistes et voluptueuses auxquelles de prétendues affinités avec l'au delà leur ont donné occasion; qu'il fustige leur instinct de religiosité maladive et sensuelle ; qu'il les blâme d'avoir mis la religion dans le sentiment et absorbé l'élément intellectuel de la croyance dans une vague aspiration vers un Infini indéterminé, trop voisine du vague de la passion; qu'il ne reconnaisse enfin dans leur œuvre qu'un petit nombre de morceaux uchevésoù les splendeurs inépuisables du monde surnaturel soient dignement célébrées, je veux dire en ce mode net et franc des classiques qui respire la santé et a horreur de l'imprécis, — on peut se ranger sans peine à son verdict. Il a manqué aux principaux romantiques, comme à la plupart des écrivains actuels, cette perfection de l'harmonie dans la puissance qui fait les œuvres pures et complètes; on sent trop à les lire qu'ils vécurent en des temps de trouble et de déséquilibre, à une époque éminemment désorbitée. L'esprit de

peut pas ne pas être déterminé; or il est celui qui est, donc l'être essentiellement déterminé.

Et il n'importe que nous ne puissions concevoir cette détermination souveraine d'une manière adéquate, que nous devions nous contenter d'une connaissance analogique des attributs divins. Il n'importe que, dans le langage de l'école même, on trouve appliquée à Dieu l'épithète d' « indéterminé » . Tout cela exprime seulement que notre mode de connaissance est borné, que la simplicité de la nature divine et « certains de ses modes d'opérer sont absolument incommunicables à tout être fini ». Mais cela ne prouve en rien que cette nature ne soit pas en elle-même absolument déterminée, qu'en elle ne réside pas le principe de toute détermination, que le raisonnement ne nous fasse pas déduire cette vérité avec une entière certitude. Cela ne prouve pas que supposer dans l'Etre nécessaire l'absence de détermination, la privation du

leur littérature est d'essence révolutionnaire, et il faut applaudir à tous ceux qui dénoncent en elle ce dissolvant fatal. Sachons du moins reconnaître qu'en réintégrant dans nos lettres ces grands problèmes religieux qui ont passionné les plus nobles génies, en rompant avec le paganisme de la Renaissance, en apprenant à mieux voir la nature dans ses rapports avec l'âme, en rendant l'inspiration plus personnelle, ils ont rouvert à nos écrivains des voies que ceux-ci n'auraient jamais dii oublier ou méconnaître et qui appartiennent en propre à la vraie école classique. Si le classicisme de M. Maurras devait en particulier exclure Dieu de la poésie, lui interdire de chanter l'ascension des coeurs vers un idéal supraterrestre, sous prétexte que Dieu et les réalités surnaturelles ne se peuvent complètement définir (cf. le Chemin de Paradis, p. xiii), il faudrait juger un tel classicisme étroit et diminué; nous protesterions au nom de la vérité que l'on rabaisserait à notre faible mesure et au nom de l'art qui se verrait interdire la source la plus féconde qui soit, la Beauté par essence.

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plus infime degré de perfection, en d'autres termes, affirmer de celui qui est simplement, qu'il n'est pas sous quelque rapport, n'équivaille pas à prétendre concilier les contradictoires.

Ajoutons tout de suite que si de cet être parfait nous sommes contraints de ne parler, le plus souvent, que sous forme négative, il ne s'ensuit pas que nous ne saisissions rien de sa nature^. Nous savons que le fondement de toute négation est une affirmation, puisque toute proposition négative se démontre par une affirmative; si donc notre esprit ne connaissait rien de Dieu, il ne pourrait rien en nier et s'il en nie quelque chose, c'est donc qu'il en a quelque notion. ^ L'expérience ne nous enseignet-elle pas au reste que, pour s'étendre sur l'inconnaissable en de lourds volumes, il faut bien en avoir une idée assez « définie » ! Encore que notre impuissance à atteindre cette réalité enelle-mêmenous

1. Sur cette question, que nous n'avons pas à traiter ici, cf. cardinal Mercier, op. laud., pp. 141 sq., et surtout M. Chossat, Dictionnaire apologétique, col. 19-24, 28 sq., spécialement 60-65.

2. S. Thomas, De Potentia, q. vu, art. 5. — Dans un auteur récent dont la philosophie n'a certainement rien de commun avec celle de S. Thomas, je trouve sur le sujet qui nous occupe ici, les justes remarques suivantes : u rien n'est inconnaissable à la rigueur, que ce qui, en fait, est parfaitement inconnu, ce dont l'existence (quoique réelle) ne nous est en aucune façon révélée, ce qui enfin pour nous, n'existe absolument pas. Mais alors ce n'est plus même « une idée négative ». C'est un mot vide de sens, un pur rien. Si, au contraire, tout en déclarant une réalité inconnaissable, nous en affirmons l'existence, nous la pensons. Dès que nous la pensons, nous la comparons (ne fût-ce qu'au connaissable, par opposition); tout se passe enfin comme si nous en avions quelque idée... L'idée d'une réalité à jamais inaccessible à la pensée est donc équivoque. C'est pour l'esprit un moyen de se faire illusion à lui-même » (Lévy- Briihl, La philosophie de Jacobi, préface, p. xiv).

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soit un cruel avertissement, que tout ce que nous en disons reste nécessairement imparfait. Mais dès là que, de cette réalité, nous percevons quelque chose et que nous ne nous méprenons pas sur le caractère de l'ébauche à laquelle nous sommes réduits, c'en est assez pour affirmer sans ombre de contradiction que l'infini existe ^

L'absolu reconnu, la question du culte à lui rendre ne se pose pas, nous l'avons vu, pour M. Maurras : à ses yeux, le catholicisme seul a su organiser les rapports de Fhomme avec le divin. Mais jusqu'à ce qu'il confesse l'existence de cet être souverain, son maître comme celui de tout l'univers, l'esprit, l'âme de cette Eglise de l'ordre, dont les dehors le subjuguent, seront pour lui les inconnues muettes d'une douloureuse équation. Jusque-là, l'homme demeurera pour M. Maurras une énigme, infortuné qui passe sans espérance et sans consolation sur cette terre, misérable fleur, éclatante un instant, que l'hiver va dessécher bientôt pour toujours ! Jusque-là, le rôle du Christ, dans l'économie du monde, lui restera fermé : ce Dieu

1. Peut-être s'étonnera-t-on que nous ayons, ne fût-ce qu'en passant, parlé de la connaissance de la nature divine : M. Maurras n'est pas un agnostique dog-matique, c'est un agnostique pur, et l'on ne sache pas qu'il admette l'existence de l'inconnaissable. Mais le motif de cet agnosticisme pur n'est-il pas précisément que sa raison personnelle lui fournit de l'absolu une connaissance si confuse, si indéterminée qu'elle semble ne lui en révéler rien de précis et d'exprimable. Gomme, d'autre part, il tient notre chétive intelligence pour la mesure de tout, on pressent quelles difficultés lui offre cette question. Noîjs avions, il est vrai, indiqué plus haut ce qu'il fallait penser d.». ce postulat, mais ne convenait-il pas de rappeler que l'impet-fection de notre connaissance des attributs de Dieu ne no'/s laisse pas dans un état d'ignorance totale ?

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entrant en commerce avec ses créatures, se faisant homme lui-même, fondant son Eglise, lui sera un scandale.

Ah î si le divin n'est qu'un mot, si le surnaturel n'estqu'un mythe, bon pour des imaginations enfantines ou séniles, on s'explique, en quelque façon, que les prédications du Sauveur, comme celles de David et des prophètes, paraissent enseigner à l'homme « avec l'accent d'autorité qui marque les choses divines, qu'il porte dans son cœur un juge et un maître de tout » ; on réalise, jusqu'à un certain point, — non sans frémir, en lisant ce blasphème, — mais enfin on arrive à « réaliser » que les exemples et les discours de Jésus-Christ aient pu passer pour « des modèles de la frénésie toute pure » : pour qui ne se soumet pas à un ordre métempirique, la folie des leçons évangéliques, la folie de la croix ne serontelles pas toujours de pures folies ? Si la liberté n'a d'autre règle que les exigences d'une nature trop souvent cruelle et marâtre, si les âmes, toutes les âmes s'épuisent inutilement à s'élancer vers un idéal qu'on leur nie, si tout espoir est vain de retrouver, en un Etre juste et rémunérateur, réparation des désordres et des injustices d'une vie de servitude, il ne faut pas s'étonner que maudit soit ce « Christ hébreu », qui « a chassé les forts du trône, libéré les esclaves » et que l'on ait peu compris que « l'absurde dût ainsi triompher », que la charité soit apparue comme une dégradation de l'amour^ Telle estla suite nécessaire, la cruelle rançon de l'agnosticisme pur.

Mais la nécessité du divin avouée, et, par voie de

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