‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 130 sur 155 · Job, xxxvni-xLi · texte numérisé non relu

Job, xxxvni-xLi

que m'est enlevé : quelle cruelle épreuve! Mais enfin celui qui le reprend, c'est celui qui l'avait donné. Je perds la vue; il me reste la consolation d'une parole amie. Mais quoi! je suis sourd, mes oreilles n'entendent plus : eh bien! ce malheur me met à l'abri du vice et toute ma pensée sera à Dieu. Voilà de plus la dure pauvreté, le froid, la nudité, la maladie : eh bien jai une espérance : la mort qui fera très tôt succéder à des maux bien courts une éternité de bonheur*. »

Mais le mal moral? Mais la liberté créée indifféremment pour le bien et pour le mal et pouvant mener à la damnation éternelle, comme l'affirme la doctrine catholique, alors que Dieu eût pu par d'autres voies conduire toutes ses créatures au bonheur ? Où apparaît là l'infinie bonté et ne nous faut-il pas adorer un être cruel qui met sa gloire et son bonheur dans le supplice de ses subordonnés ?

On sait comment Platon, interrogé sur la raison qui avait pu porter Dieu à créer le monde, répondait dans le Timée : « Dieu est bon et sa bonté exempte de jalousie a voulu que toute chose fût, autant que possible, semblable à lui-même^. » C'est la vraie solution de la difficulté. Dieu est infiniment bon, cela doit nous suffire et peu importe après cela, comme nous le disions à l'instant, que nous ne comprenions pas comment, dans l'un ou l'autre cas particulier, son libre décret se concilie avec sa bonté? Nous ne nous flatterons donc pas de dire pourquoi Dieu n'a pas décidé de créer un monde meilleur, alors qu'il le pouvait : nous avouerons ici

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