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Conférences pour le temps présent, Lecoffre

nullement les siennes, il nous le dit lui-même et dans un appendice sur la « Hiérarchie », malgré de graves écarts et d'une manière encore très insuffisante, mais déjà sérieuse, il sait apporter aux idées nietzschéennes « un correctif attique et français » et tempérer la doctrine de son maître « exprimée parfois avec une impatience rogue, une brutalité tout allemande ». Ce qui sans doute valait d'être noté ^

Ce qui l'est davantage, c'est que les tendances marquées dans cet ouvrage ne peuvent nullement être attribuées à l'Action française comme telle et que les théories de Nietzsche ne sont pas plus celles de M. Lasserre à l'heure présente qu'elles ne l'ont jamais été de l'Action française. Les articles qui furent l'origine de ce volume avaient été composés, comme le livre de Rebell, bien avant la fondation de l'Action française : ils furent écrits en 1897, — à une époque où les futurs chefs de ce groupe ne se connaissaient pas. Ils furent accueillis par la Revue

1. Pour avoir oublié cette distinction et s'être attribué contre toute justice le droit d'attribuer à M. Lasserre « toutes les idées de Nietzsche présentées dans l'exposé de ce philosophe », un critique adversaire de l'Action française a commis les plus lourdes bévues. On trouvera la discussion de l'une d'elles étonnamment savoureuse dans l'Action française du 17 septembre 1911, à la Chronique des lettres : Un mot personnel. M. Lasserre ayant emprunté au Charivari une comparaison que lui-même appelait très grossière, pour « faire saillir, sauf à le nuancer ensuite, — comme il l'a écrit depuis, — ce qu'il y a de plus brutal dans la thèse nietzschéenne », le critique en question ne trouva rien de mieux que de transformer la comparaison du Charivari en thèse propre à Nietzsche, puis à M. Lasserre lui-même. De ce chef celui-ci se trouva ni plus ni moins expliquer la religion « comme la vertueuse indignation d'un vieillard contre les images erotiques » . Il est évident qu'il n'y a rien à faire contre de tels procédés.

39o A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS

plus tard, mais en ses débuts mouvementés et chaotiques, alors que ses initiateurs encore incertains couraient à la recherche d'une doctrine cohérente capable d'assurer le salut de la patrie et accueillaient les déclarations les plus hétéroclites en morale, en religion et même en politique. Le travail de M. Lasserre à titre de manifeste antiindividualiste pouvait, lui aussi, être accueilli, mais ses idées spécifiquement nietzschéennes étaient laissées pour compte à son auteur et ce que l'Action française, devenue consciente d'elle-même, devait en penser plus tard, elle n'allait pas tarder à nous le dire.

M. Moreau, en 1905, a examiné, au nom de tout son groupe ^ en s'appuyant sur les travaux de M. Lasserre lui-même et de M. de Gaultier, les rapports des théories nietzschéennes avec le nationalisme français et il a conclu à une opposition radicale entre les deux doctrines. Sans doute il accepte chez Nietzsche « bien des considérations qui sont en elles-mêmes précieuses pour combattre les rêveries de nos libéraux », de nos « rationalistes démocrates et humanitaires » : l'auteur de Zarathoustra n'en reste pas moins à ses yeux un individualiste féroce, un « prophète d'anarchie ^ » épris de « la ridicule idolâtrie évolutionniste », qui se rue à la destruction de l'ordre ancien et actuel. Sans entrer dans le détail des arguments produits

1. L'Action française^ 1" juin 1905 : Autour du Nieizschéisme, pp. 356-377.

2. Est-il besoin de noter que cette thèse est la contradictoire de celle que M. Lasserre indiquait dans le titre même de ses articles de la Revue : Nietzsche contre l'anarchiame.

par M. Moreau, écoulons-le jugeant \o principe originel du système qui est la religion de « la volonté de puissance » : « Ce principe ne manquera pas d'apparaître aux honnêtes gens comme assez puérilement barbare. Il est permis de s'y intéresser comme à un aboutissant original de l'esprit réformé. Mais qui voudrait prendre la peine de mettre en balance les bienfaits inconnus de la régénération qui suivrait la subversion nietzschéenne avec le merveilleux trésor de civilisation dont nous avons le dépôt? xMaintenir et respecter cette civilisation, c'est précisément, ce nous semble, le programme des nationalistes français et c'est aussi le contraire du programme nietzschéen. Voilà pourquoi nous ne rangerons point Nietzsche parmi les maîtres du nationalisme ^ »

Malgré cela, à entendre ses adversaires, les théories de l'Action française seraient une manière de Nietzschéisme démarqué; elles impliqueraient même comme essentielle la « célèbre théorie des maîtres et des esclaves », alors que M. Moreau cependant a su très bien la rattacher à la « volonté de puissance » et y a retrouvé, pour le dénoncer et le répudier avec force, le vice individualiste et « barbare » de celle-ci ^. Enfin elles glorifieraient le surhomme et draineraient au profit de quelques rares privilégiés toutes les forces vives de la masse, alors queles tendances sociales de l'Action française sont celles des catholiques sociaux et contredisent de la manière la plus positive ces conceptions sauvages !

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