Ibid,, p
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M. Moreau nous a donné la pensée de l'Action française sur Nietzsche; or c'est précisément aujourd'hui celle de M. Lasserre. Voilà plusieurs années déjà que celui-ci publiait son Romantisme français où, de-ci de-là, il y avaitbien un peu d'^iccent nietzschéen, mais d'idées nietzschéennes, du j moins quant à la morale et à la religion, plus n'apparaissait de trace ; depuis nous avons eu des travaux plus décisifs encore. Qu'on lise par exemple sa con- 1 férence sur la Logique de V Action française^ publiée ] dans la Revue du 15 janvier 1910. Les enthousiasmes d'antan pour Nietzsche y ont fait place à un nationalisme pondéré, aune conception décentralisatrice et corporative de la société qui correspond de tous | points à la description donnée plus haut du système ] de M. Maurras et n'a plus aucun rapport avec la philosophie de Zarathoustra.
Enfin et surtout dans V Action française (quotidienne) du 2 novembre 1909 à propos d'une Vie de Frédéric Nietzsche par M. Daniel Halévy, M. Lasserre est revenu sur ce qu'il avait écrit autrefois. Après avoir blâmé « avec la dernière énergie » la complaisance du biographe pourl'immoralité répugnante de ce « raté supérieur dont l'insuccès littéraire exaspère la névrose et dont la faiblesse s'abandonne furieusement au vice de solitude », il n'hésite 1 pas à brûler l'idole qu'il avait autrefois adorée : « Le Romantisme, le panthéisme germanique, la Réforme, la Révolution, la Démocratie, le Socia- , lisme reçurent de lui de terribles coups. Il déshabilla avec la causticité brutale d'un Voltaire allemand ces religions modernes, démasquant moins l'erreur philosophique de leurs dogmes que la défaut de
grandeur morale de leur inspiration et la barbarie triste des sentiments qu'elles conseillent à l'homme, montrant en elles autant de têtes d'une même conjuration anarchique contre cette civilisation intellectuelle et politique dont la tradition vient d'Athènes et de Rome et a eu pour principale héritière la France. Au cœur de ces croyances que notre jeunesse a pu plus ou moins partager et que nous tenons avec lui pour anarchie et barbarie, Nietzsche a injecté le poison d'une satire si subtile et si forte que nous l'avons un jour appelé « un grand médecin moral ». Expression imprudente peut-être.. 11 ne faut pas s'attarder chez ce médecin. 11 traite avec vigueur et succès certaines maladies. Mais dès que vous êtes guéri, éloignez-vous vite. Car il ne demande qu'à vous en inoculer une autre. Lui-même ne put se guérir.. 11 y avait, ô paradoxe! dans la nature de cet amant de la lumière grecque, quelque chose d'irrémédiablement sectaire, frénétique et visionnaire. 11 ne débarrassait les jeunes gens de certaines formes de la déraison que pour leur en imposer une autre, avec sa religion ou sa prophétie du Surhomme, qui en vint à exercer une tyrannie complète sur cet esprit pourtant si critique. »
Décidément M. Maurras et M. Bainville en analysant l'influence de Nietzsche sur la jeunesse contemporaine ne s'étaient pas trompés.
Ce que nous venons de dire de M. Lasserre s'applique muiatis mutandis à M. Valois, avec ceci de particulier que Nietzsche n'a pas été seulement pour lui l'occasion d'un retour de l'anarchie à des
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principes d'ordre social, mais encore, phénomène plus inattendu, d'un retour au catholicisme. Dans L'Homme qui i>ient, le nouveau converti expose ses idées et sa philosophie, idées parfois étranges, philosophie qui se cherche et dont les matériaux sont de valeur très inégale, idées et philosophie en tout cas qui n'engagent pas l'Action française ^ : « il est tout à fait déloyal, a-t-il écrit lui-même, d'utiliser contre (elle) un livre «crit par un homme qui ignorait tout de ses doctrines quand il l'a composé^ ».
Mais parce que certaines parties de ce livre sont caduques, il faudrait s'éviter le ridicule d'attaques dans le genre de la suivante. Sur la couverture de la première édition du livre on avait placé une épée crucifiée. M. Pierre l'a reproduite dans son libelle contre l'Action française, p. 158 et accompagnée de ce commentaire : « regardez la croix ci-contre, vous reconnaîtrez sans peine que cette croixqui porte la devise : in hoc signo coinces, n'est autre chose qu'un poignard, le symbole exact de tout l'ouvrage composé tout exprès, que c'est par la violence que le surhomme triomphe, etc.. » Le branle étant donné, d'autres suivirent dans cette voie qui prêtait facilement à l'éloquence. M. Valois fit cesser le scandale dans V Action française du 1®' août 1911 : « Je serais évidemment un grand criminel si j'avais fait d'un poignard le symbole de nos espérances. Mais ces mauvais chrétiens ont été mal
1. Celle-ci l'a nettement affîrmé dans la Revue du 15 octobre 1909, pp. 281-282.
2. L'Action françaite (quotidienne), 1" août 1911. Ce jugement ne vaut pas que pour M. Valois ; il convenait de le noter.
inspirés. Car cette épée crucifiée, où ils voient un poignard diabolique, c'est Yinsigne des zouaçes pontificaux. »
Tout commentaire serait superflu et nous voilà pleinement édifiés sur le nietzschéisme des dirigeants actuels de l'Action française.
APPENDICE 111 Les critiques de M. Ri vain
M. Jean Rivain, dans un article brillant et consciencieux de IdiRe^^ne critique des idées et des libres (25 octobre 1909, pp. 77-108), puis dans une brochure qui reproduisait cet article légèrement modifié, a cru devoir exprimer au sujet des critiques que nous avions adressées à l'Action française les plus formelles réserves. Nous ne nous arrêterons pas aux difficultés de doctrine soulevées par notre honorable contradicteur: elles ont été largement résolues au cours de cette étude refondue. Mais nous croyons toujours utile de discuter les objections qu'il nous adressait sur le terrain pratique et pour cela de reproduire ici la réponse que nous leur avions faite dans notre première édition. On ne saurait redouter un surcroît de lumière en matière aussi épineuse, dussent les exigences de la discussion entraîner quelques redites.
Voici tout d'abord en quelques mots l'état de la question.
Pour mieux justifier l'attitude des catholiques d'Action française, M. Rivain ne craint pas d'élever le débat. 11 insiste donc sur la cruelle alternative où se trouve tout Français, à l'heure actuelle, de laisser périr sa patrie et de renoncer au salut de milliers, de millions d'âmes, ou de « choisir entre divers moyens dont aucun n'est innocent ». L'inaction en effet serait un crime et pour peu que l'on ait conscience de ses devoirs, on se sentira chargé d'une lourde responsabilité vis-à-vis de ses frères; le Français n'a plus le droit de ne songer qu'à lui ; le soin de sauvegarder les intérêts de tous lui incombe, et force lui est de recourir aux moyens efficaces qui sont à sa disposition pour mettre à couvert le patrimoine essentiel de la France... On devine la suite : le seul moyen efficace, c'est l'action politique et celle-là seule que préconisent M. Maurras et l'Action française, qui met le devoir social et l'intérêt général au-dessus de tout. Avec lui, les obstacles secondaires et partiels qui ont pu être signalés çà et là deviennent quantité négligeable... Telle est l'objection. Que vaut-elle?
M. Rivain fait une obligation stricte à tout Français de travailler à sauver sa patrie et nous serons toujours des premiers à prêcher une vérité aussi capitale. La nécessité de l'action s'impose plus impérieuse que jamais et le jeune homme en mesure d'exercer une influence, qui se soustrairait au devoir et ne rêverait que sports ou mondaines frivolités, assumerait une responsabilité redoutable. Mais que le seul moyen de travailler à sauver la France consiste à faire de la politique, que tous soient appelés, par vocation, à faire de la politique,
quel homme de sens rassis l'oserait dire? Les vocations sont diverses, d'après les circonstances, le» tempéraments... ; et les manières de servir son pays, comme les chemins du salut, varient à l'infini. A côté de l'action politique, il y a l'action religieuse, il y a l'action sociale, l'une et l'autre non moins fécondes, non moins urgentes. Ne serait-ce pas folie que de négliger pour un avenir incertain les intérêts immédiats essentiels de tant de familles, de tant d'âmes? et même du seul point de vue politique, comment qualifier l'imprévoyance de ceux qui ne prépareraient pas de loin les organismes, les cadres sans lesquels les institutions les plus parfaites s'écrouleraient éphémères? La pénétration des idées religieuses, des principes d'ordre, et d'organisation sociale servent de la manière la plus efficace les projets politiques à longue portée ; joint qu'un tel but emporte avec lui l'avantage de ne pas exercer à vide l'activité de ses tenants. N'at-il pas au reste de quoi absorber, et au delà, des vies tout entières ? Que vous vous occupiez de politique, c'est votre droit ; que l'action politique ait son importance, c'est un fait. Mais de grâce quittez ces œillères qui vous empêchent de voir que d'autres à côté de vous, en réveillant la foi, en s'adonnant aux œuvres populaires, remplissent une tâche mieux assortie à leurs forces, riche en fruits également utiles et vivifiants.
A chacun donc sa voie selon ses aptitudes et l'appel de Dieu. Mais quelle que soit la part de chacun dans l'œuvre des restaurations nécessaires, nul ne peut se désintéresser de l'œuvre, plus nécessaire encore et qui ne prescrit jamais, du salut
personnel. En particulier, là où la préoccupation dominante d'un but politique, dans telles conditions données,* entraînerait quelque dommage important pour les intérêts religieux, la conclusion est évidente : cette voie n'est pas la bonne ; il faut résolument en prendre une autre.
11 serait oiseux de mettre M. Rivain au défi d'établir la thèse contraire, et je ne veux pas le soupçonner de la tenir. Mais s'il ne la tient pas, que vaut son argumentation contre moi?
Traitant des relations de croyants et d'incroyants, j'ai abordé et résolu le problème, comme il convenait, d'un point de vue exclusivement religieux, selon les principes connus de la morale, en laissant de côté toute considération politique. Je n'avais pas à discuter les avantages ou les inconvénients d'une campagne dont beaucoup s'épuisent à entrevoir le terme pratique : il y avait mieux à faire que de supputer des éventualités insaisissables et le bien spirituel des âmes devait à mes yeux primer tous les autres.
Or, de ce point de vue, j'ai cru trouver ainsi en premier lieu un péril spéculatif certain dans cette fréquentation continue de jeunes catholiques avec des incrédules notoires et c'est ce péril spéculatif dont les effets possibles constituent une menace permanente, que j'ai voulu faire connaître, contre lequel, soucieux de ses intérêts surnaturels, j'ai voulu mettre en garde notre jeunesse catholique. Je n'imagine pas qu'on puisse attaquer sérieusement cette thèse et cette attitude.
Mais que ce péril ne fût pas seulement spéculatif, et qu'on en ait relevé des traces dans la pratique,
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c'est ce que j'ai cru pouvoir également affirmer, ce que je crois devoir maintenir, dans les limites cependant où j'ai exprimé mes réserves. Je n'ai pas dit, comme on l'a donné à entendre, que les incroyants de l'Action française gagnaient en fait à leurs doctrines positivistes de nombreuses recrues parmi leurs adhérents catholiques, ni que le péril signalé avait actuellement le caractère d'une épidémie susceptible de s'étendre dans de larges proportions, ni enfin qu'aucun moyen n'existait de le prévenir et de le conjurer.
Les incroyants d'ailleurs ne sont pas en majorité à l'Action française; les groupes de province échappent pour une grande part à la possibilité de leur influenceagnostique et si, malheureusement, tropde jeunescatholiquesadhérents del'Action françaisene se montrent pas les catholiques ardents que l'on voudrait,— encore que l'Action française ne puisse pas en être rendue responsable nécessairement^ — il serait injuste de nier que d'autres membresdu groupe se maintiennent dans une vraie ferveur, qu'ils se préoccupent sérieusement de sauvegarder avant tout en France les intérêts de la religion, que quelquesuns même ont senti se raffermir des principes religieux branlants, à l'usage d'une méthode ennemie du verbiage qui se réclame des faits et non des mots, au contact d'un système qui, malgré les attaches agnostiques de ses plus remarquables défenseurs, est de nature à incliner les esprits droits vers le dogmatisme et l'absolu, loin de favoriser en eux le doute et le scepticisme.
Mais ces tempéraments que l'équité imposait aux critiques formulées contre l'Action française ne
devaient pas faire perdre de vue les dangers d'une situation par trop anormale, ni empêcher de dénoncer avec force un écueil quiserait susceptible d'occasionnerde lourdes chutes, sil'on n'y prenaitgarde. Iln'est pas permis d'oublier ni de taire que cette influence indirecte, rappelée plus haut, s'est exercée parfois ; — que certains catholiques d'Action française n'ont que trop justifié de sérieuses inquiétudes, et que plusieurs « camelots » ne sont rien moins qu'édifiants ; — que des membres autorisés de la Ligue se sont permis soit dans leurs écrits, soit dans leurs discours et leurs entretiens, des propos étranges en matière religieuse; — que trop de fervents d'Action française, au lieu d'être catholiques avant tout, se montrent trop souvent Action française avant tout et jettent le trouble là où ils passent^ Enfin, comme nous l'avons expliqué, les âmes chrétiennes s'alarment justement lorsqu'elles entendent proposer dans la revue et le journal, Renan, Sainte-Beuve, Comte ^ comme maîtres de la politique nouvelle,
1. La justice d'ailleurs fait un devoir de noter que la direction de l'Action française a très nettement blâmé cette manière d'agir. M. Bernard de Vesins dans l'Action française du 3 février 1913 écrit pour établir cette double affirmation que les ligneurs catholiques non seulement peuvent, mais doivent prendre part aux oeuvres catholiques et, entre autres déclarations, il fait celle-ci : « Dans les questions strictement religieuses, les ligueurs d'A. F. se rappellent instinctivement qu'ils sont sous la juridiction exclusive et légitime de leur évêque. En telles occurrences, une manifestation politique est contraire non seulement au devoir religieux, mais à toute saine raison. Par exemple, saluer la clôture d'une réunion d'oeuvres par le cri de: «Vive le roi ! », ne pourrait apparaître, en dehors de l'inconvenance, que comme une singularité que tout le monde réprouverait et dont le résultat irait directement contre l'idée royaliste».
2, M. Rivain,p. 36, nous avertit qu'à l'Action française « Comte n'est recomimandé que dans ses parties politiques où il rejoint
lorsqu'elles voient des intellectuels marquants de l'Action française se réclamer de Voltaire, de Machiavel, vanter la manière de Stendhal^ des Concourt. .., sous le vain prétexte qu'à certains jours ces auteurs ont abandonnéleurs errements habituels pour soutenir enfin quelque proposition soutenable. Dès lors nous nous expliquons mal l'étonnement de M. Rivain. 11 ne nie pas l'existence de tout danger dans la vie de l'Action française, mais il ne comprend pas que nous oubliions de manifester pour toute carrière autre que celle du militant d'Action française, une sollicitude aussi inquiète : les tentations, dit-il, ne sont cependant pas moindres pour le diplomate, le chef d'industrie, le savant, le soldat(pp.32 sq.). — Etquand il en serait ainsi, en quoi M. Rivain aurait-il infirmé par là les réserves qu'il se flatte d'écarter? Dans toute carrière, — qui songe à le nier? — il y a des périls. Mais un chrétien désireux avant tout de vivre la vie de la foi, ne devra-t-il pas dans le choix de la carrière qu'il veut embrasser se régler d'après le caractère de ces dangers mêmes et les éléments de résistance qu'il est en mesure d'y opposer ^ ?
Bossuet ». Dans les limites qu'il indique, le recours à ce philosophe peut être admis en théorie. Mais, en pratique, comment s'y tenir et malgré le peu d'attrait que leur offrira le Système de politique positive, les jeunes gens ne seront-ils pas réduits à faire eux-mêmes le départ nécessaire entre l'ivraie et le bon grain ? D'où péril sérieux d'erreur.
1. Autre chose est de se résigner à de» difficultés grares, mais toujours surmontables, quand il s'agit d'un choix obligatoire, nécessaire; autre chose d'affronter inconsidérément ces mêmes difficultés, quand il s'agit d'une carrière de surcroît, d'un choix libre et facultatif. Encore une fois, la vocation de Camelot s'impose-t-elle à tout Français }
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Or, en affirmant que les dangers que peut faire courir la fonction de « révolutionnaire conservateur » ne dépassent pas les dangers inhérents à toute autre, M. Rivain ne prouve évidemment pas que ces dangers n'existent pas ; il laisse donc sans réponse la question très précise, objet du débat, et qui était de savoir, non pas si à l'Action française il y avait plus ou moins de danger que dans une autre carrière, mais uniquement s'il y en avait et quelle était leur nature.
M. Rivain écrit encore : « Ce sont les éducateurs qui ont la mission de préparer leurs élèves à se bien conduire malgré les tentations de la vie. » — Tout éducateur conscient de sa mission aurait mauvaise grâce aie contredire. Et pour ne citer que les Jésuites, dont M. Rivain parle à cette occasion plusieurs fois, on peut croire qu'ils ne bornent pas leur tâche à former de « bons enfants », bien dociles, d'une piété routinière, d'une naïveté factice, ignorants jusqu'au sortir du collège des tentations et des conditions de la vie. Ils savent trop qu'une telle méthode ne prépare que des inutiles, proie assurée pour les ennemis du Christ et de l'Eglise, bétail exsangue qui emboîtera le pas à tous les séducteurs. Ils n'oublient pas que leurs enfants ne sont point appelés à vivre en un temps où une vertu ordinaire peut suffire, mais que la plupart seront exposés aux attaques du lion ravisseur qui rôde autour d'eux sous les apparences les plus subtiles. Leur ambition sera donc d'avertir les esprits des écueils futurs, de former des volontés intrépides, capables de tenir tète aux séductions ambiantes et pour cela ils ensei-
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gneront avant tout à leurs enfants l'amour du beau, du grand, ils exciteront en leur cœur la passion de l'idéal, le noble désir de se faire à leur tour conquérants pour la cause de Dieu et celle de leur pays. Ce qui nous manque, ce sont des hommes de caractère pénétrés de leur dépendance vis-à-vis de leur Créateur et convaincus qu'en dehors de sa volonté, rien n'est digne de solliciter leurs efforts, des hommes de devoir qui se conduisent par des motifs supérieurs et non par le caprice, qui se donnent sans réserve et tout entiers à la défense des droits de Dieu. Aussi les Jésuites éducateurs s'ingénient-ils à faire aimer le devoir à leurs enfants, îi leur inspirer l'horreur du mal, à développer dans leurs toutes jeunes âmes le sentiment de leur condition de créature, mais aussi à leur dévoiler peu à peu leur dignité éminente de Fils adoptifs de Dieu, de temples du Saint-Esprit; ils cherchent à les mettre progressivement dans des conditions où, selon la mesure de leurs forces, ils pourront plus facilement remporter des victoires sur eux-mêmes, en goûter la récompense s'ils ont été à la hauteur des difficultés, sinon, en sentir la peine. Bien loin de vouloir faire de leurs élèves des automates inconscients, ils n'ont rien tant à cœur que de développer en eux laconsciencedeleurgrandeur,deleur fin; mais en même temps, ils sont à l'affût de tout ce qui peut ancrer chez l'enfant, chez l'adolescent, l'habitude du bien, l'aversion pour le mal, en sorte que l'accomplissement du devoir devienne comme un besoin, une nécessité, une seconde nature. Bien loin d'éteindre l'enthousiasme juvénile, loin d'exténuer les dons naturels chez ceux qui leur sont
APPENDICE III 4i3
confies, les Jésuites voudraient au contraire mettre cette ardeur au service du vrai et du bien, et faire produire à ces qualités natives tout ce qu'elles détiennent en puissance, encore que toujours dans l'ordre; et dirigeant chacun selon son caractère propre et distinctif, ils ont la noble ambition de façonner pour une part au moins, cette élite dont l'absence nous est si funeste.
Mais dans cette œuvre de formation, contrairement à tant d'autres qui seraient prêts à jeter du premier coup une jeunesse inexpérimentée dans le feu des occasions, les Jésuites estiment de la plus haute importance d'apprendre à leurs enfants à éviter les chutes, en fuyant le danger, lorsqu'il n'y a pas pour eux obligation de s'y exposer. Or, y a-t-il oui ou non danger dans la fonction de camelot? Ce danger qui est nul pour certains, je l'ai dit, d'autres ne devront-ils pas s'en préserver et ne rendront-ils pas à la France des services beaucoup plus utiles en se détournant de la politique et en embrassant une carrière qui serait mieux à leur
pointure? Telle est la question d'où il ne faut pas sortir.
Il serait sans intérêt de s'arrêter plus longtemps à des objections qui, à notre humble avis, « ignorent le sujet ». En même temps qu'elle lui reconnaissait des mérites incontestables, la deuxième partie de cette étude s'est contentée de signaler à la jeunesse d'Action française certains abus, certains périls dont on ne peut raisonnablement nier le bien fondé. Mais abus et périls n'étaient pas jugés impossibles à .corriger et à prévenir. Il
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appartient aux seuls actes de l'Action française de montrer qu'en réalité ils ne le sont pas, et la meilleure répon&e aux critiques formulées plus haut serait d'en tenir franchement compte. Que les membres influents, que les catholiques déclarés du groupe aident d'une manière efficace leurs jeunes amis croyants à garder une part sérieuse, dans leur existence, à la science de la religion, aux œuvres de la vie chrétienne; qu'ils leur rappellent aussi que l'action politique, même la plus généreuse, ne doit être à leur âge qu'un utile intermède dans une vie de travail, où le principal devoir d'état est la préparation d'une carrière, celle de sauveur de la France y comprise; enfin qu'ils déclarent sans réticence que l'agitation contre-révolutionnaire doit se contenir toujours dans les limites, non pas certes de la légalité civile, mais de la morale chrétienne. Alors nos réserves demeurant toujours sur un terrain exclusivement moral et religieux manqueront d'objet. Nous ne critiquerons plus de ce chef les jeunes gens qui, dans l'exercice de leur droit civique, choisiront, à leurs risques et périls, la bannière politique de M. Charles Maurras.
Réfutation du positivisme