ARGUMENT DIRECT
Voici Targument fondamental du Cardinal Mercier contre le positivisme :
« Les idées d'être et d'être corporel n'ont pas une compréhension identique. La corporéité ajoute à l'être quelque chose que l'être n'enveloppe pas.
Il y a donc une intelligibilité qui appartient intrinsèquement à l'être, indépendamment de l'intelligibilité de l'être corporel.
D'où résulte manifestement cette inférence que la possibilité intrinsèque d*êtres incorporels n'est pas à récuser a priori, au nom de Tanalyse de nos concepts essentiels.
Sans doute, la possibilité intrinsèque d'êtres différents des corps n'est pas davantage afïîrmable a priori; car, en fait, nos concepts doivent tout leur contenu positif à l'expérience sensible, et l'expérience sensible n'atteint et ne peut atteindre que du corporel.
Nous ne voyons donc pas la possibilité positive de ri rn matériel, ni, par conséquent, sa positive intelligibilité au moyen d'un pouvoir d'intellection supérieur aux sens ; mais nous ne voyons pas davantage l'évidente impossibilité de l'immatériel et, par une suite nécessaire, l'évidente impossibilité d'une connaissance hyperempirique.
Le débat sur la possibilité ou l'impossibilité de la métaphysique est tout entier dans cette distinction.
Ce débat ne peut être résolu a priori ; il est antiscientifique de le trancher du coup d'une négation.
Notre prétention à nous, qui opposons la métaphysique à l'agnosticisme, est de partir de faits empiriques et de montrer que, sur le terrain même de l'empirisme, la contradiction s'impose si l'immatériel n'existe pas. S'il existe, apparemment il est possible; et les droits de la métaphysique sont assurés.
La fin de non-recevoir que nous oppose le positivisme est donc un flagrant déni de justice.
Quiconque s'offre à fournir les preuves de l'existence et, par voie d'inférence, de la possibilité de l'immatériel, a le droit d'être écouté. Refuser de lui prêter attention serait du parti pris^ »
Cette preuve, on sait comment la philosophie aristotélicienne etscolastique entend l'administrer. Prenant comme point de départ l'expérience soit interne soit externe, elle commence par établir les notions de cause et de substance. Puis des actes
1. origines de lapsychologie contemporaine^ (1908), pp. 39d'391,
enregistrés par la conscience elle remonte aux facultés et des facultés au sujet qyi agit par leur moyen. Or de la diversité des actes, elle conclut à la diversité des facultés, les unes matérielles, les autres immatérielles : d'où il résulte, pour le sujet un qui est l'homme, une composition substantielle de matière et d'esprit. Une fois acquise l'existence des causes, des substances, de l'immatériel, il ne reste plus qu'à organiser les différents êtres en un système qui tienne par lui seul et soit le couronnement du savoir. De cette synthèse la clef de voûte sera précisément l'être nécessaire dont l'existence est postulée par la contingence de la nature entière.
Dans le chapitre des Origines de la psychologie contemporaine que nous venons de citer, le Cardinal Mercier prouve encore victorieusement que la métaphysique n'est pas contraire au progrès scientifique et qu'entre la conception ancienne de la métaphysique et « cette grande spécialité nouvelle » que réclamait A. Comte, il n'y a que des divergences de surface. 11 prend de là occasion pour développer ces trois idées :
a] Partisans et adversaires de la métaphysique s'en font une conception trop étroite; b] les mots connu et inconnaissable, appliqués à l'objet de la métaphysique prêtent aux plus fâcheux malentendus ; et il ne faut pas oublier que, sous certaines réserves expresses, il reste très exact de qualifier l'absolu d'inconnaissable; c) l'âme, le moi, les facultés ne sont pas des entités vides et la définition de Taine : « le moi n'est qu'une possibilité permanente de sensations » n'a.pas de sens, si Ton
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ne suppose quelque chose doué d'une qualité, celle-là même qui est nécessaire à la production des sensations.
On ne saurait trop recommander la lecture de tout ce chapitre Vil aux esprits que tourmenteraient les principes positivistes. A notre connaissance, rien déplus profond ni en même temps de plus accessible à tous (clarté et profondeur ne se nuisent pas) n'a été écrit sur les fondements de ce système désespérant.