Actes de S. S. Pie .Y, t. I, p
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essayé après beaucoup d'autres à dégager de l'Evangile tous les principes égalitaires actuellement en vogue et il a tenté de justifier la Déclaration des Droits à l'aide de textes qui ont dû se trouver fort surpris de servir àpareil usage. Comme nous l'avons rappelé en son lieu (cf. supra^ p. 91), tout ce qui a trait à la perfection spirituelle de l'individu, doit être distingué avec soin de ses devoirs envers la société. Or, les textes sur lesquels on s'appuie n'ont en vue que cette première fin.
Mais une erreur de perspective aussi grave ne pouvait manquer d'en entraîner beaucoup d'autres. Joseph deMaistrea écrit un jour qu'une constitution faite pour l'homme et non pour telle catégorie d'hommes était absurde, qu'il connaissait des Italiens, des Français, des Russes, des Persans, mais qu'il n'avait jamais rencontré l'homme. Aussitôt M. Lugan de s'indigner : n'est-ce pas oublier « le fait de la fraternité et donc de la parfaite ressemblance et égalité de tous les êtres de l'espèce, hautement proclamée par le christianisme». J. de Maistre se contente cependant par là d'affirmer une distinction élémentaire entre la nature humaine abstraite et l'homme concret ; l'illustre écrivain eût été sans doute fort aise d'apprendre de M. Lugan où il avait rencontré un hommequi ne serait qu'animal raisonnable, sans aucun caractère individuel capable de le distinguer de ses semblables, un homme qui réaliserait ce que l'on est convenu d'appeler une idée platonicienne et donc un homme qui ne serait par aucun endroit supérieur ou inférieur aux autres hommes, qui n'aurait que l'essence d'homme, sans être tel homme ! Et nous aussi nous
serions bien reconnaissants à l'auteur de nous dire où il a trouvé dans la nature que les représentants concrets actuels de l'espèce humaine étaient parfaitement semblables et égaux et comment il peut bien oser mettre au compte du christianisme une pareille... méprise ! M. Brunetière dans un mouvement d'humeur, a eu beau déclarer qu'il ne comprendrait jamais « qu'un Joseph de Maistre ait pu laisser échapper cette parole tant exploitée depuis » ; les raisons qu'il en donne montrent simplement qu'il n'étaitpas, — comme Joseph de Maistre d'ailleurs, — infaillible. — A lire de telles « nuées », on comprend dans une certaine mesure que les incroyants prennent parfois le change sur le caractère du catholicisme.
Gomme conséquence de ces remarques et pour en revenir à notre point de départ, nous n'hésiterons donc pas à nous séparer entièrement de ces écrivains, quelque autorisés qu'ils soient parailleurs, qui voudraient faire du gouvernement démocratique, l'aboutissement normal des principes chrétiens: de même qu'on ne peut appuyer ni sur l'Evangile ni sur le dogme régalité des droits, de même on n'en peut faire sortir la République. Les formes monarchique, aristocratique et démocratique du pouvoir, sont toutes susceptibles de se concilier avec les principeschrétiens ; et la « démocratie chrétienne », dont Léon XIII a pu tolérer le nom, ne doit jamais être prise dans un sens politique, comme il l'a déclaré solennellement lui-même dans l'Encyclique Graves de communia comme son successeur devait le rappeler non moins nettement dans le Motu prc»
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prlo du 18 décembre 1903, que nous avons déjà cité. Cette démocratie chrétienne ne se propose rien d'autre que de procurer le bonheur du peuple : elle n'est qu'une pure démophilie. « L'Eglise qui conserve ses traditions en faveur du peuple, — a écrit le professeurToniolo, peu suspecten la matière, — n'a jamais déclaré, et aujourd'hui moins encore qu'en aucun temps, qu'elle attend exclusivementlesalutde la société etdu peuple d'uneforme concrète de gouvernement. La démocratie chrétienne pourra occasionnellement influer sur les bases politiques des Etats, mais son existence déterminée demeurecomme un fait social essentiel au-dessus de toute forme de gouvernement '. » Si quelqu'un s'aventurait donc à écrire que cette démocratie chrétienne tend par nature à s'épanouir en gouvernement républicain, il faudrait répondre: que théologiquement cette assertion n'a pas de base et que l'affirmer au nom de la théologie constitue une erreur positive.
1. La notion chrétienne de la démocratie, p. 34. — Cf. sur le même sujet un excellent travail paru dans VÀmi du Clergé^ 12 janvier 1911, pp. 17-24 et, dans la Foi Catholique du 25 avril 1913, une remai-quable étude du Prof. Le Fur: Démocratie et catholicisme^ pp. 223-268.
APPENDICE VII Xote sur la résistance active
Contre la théorie de la résistance active à une législation notoirement injuste, on a coutume en général d'apporter deux arguments d'ordre avant tout théologique, le premier emprunté à l'Ecriture, le second à la Tradition. D'une part, Notre-Seigneur dans l'Evangile demanderait à ses disciples de n'opposer jamais, quelques circonstances qui se présentent, que la douceur et la résignation aux injures et aux persécutions. De l'autre, les Pères et les grands docteurs scolastiques, en particulier S. Thomas, condamneraient eux aussi tout recours à la force contre les décisions même les plus iniques de l'autorité civile.
Il ne saurait être ici question de traiter dans son ensemble, ne fût-ce que superficiellement, un sujet aussi délicat : il y faudrait un volume. Mais quelques notes brèves, en fonction des seules controverses présentes, pourront avoir leur utilité.