‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 144 sur 155 · I. — On fait tout d'abord grand état contre la · texte numérisé non relu

I. — On fait tout d'abord grand état contre la

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thèse de la résistance da texte de S. Matthieu, v, 39 : « Et moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant, mais si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche. » Ce texte cependant ne saurait faire difficulté dans la question qui nous occupe, si l'on veut bien admettre que Notre- Seigneur, dans ce passage, comme en maint endroit de l'Evangile et en particulier du Sermon sur la Montagne, s'exprime selon les procédés familiers aux orientaux. Pour se conformer aux dispositions, aux habitudes d'esprit de ses auditeurs, il ne craint pas de recourir souvent à l'hyperbole, voire au paradoxe. La chose qu'il signifie par ce moyen est une vérité morale, une disposition de cœur, dont l'importance et la nécessité se gravent ainsi vivement dans les âmes, mais qui demeure bien en deçà de l'ampleur extrême des expressions imagées. Ainsi « tendre l'autre joue » sera une manière de parler semblable au conseil de s'arracher un bras ou un œil pour éviter le scandale (Matth., v, 29-30), ou à l'approbation donnée à ceux « qui se sont faits eunuques eux-mêmes à cause du royaume des cieux » (Matth., xix, 12), ou à cette affirmation que le salut d'un riche est aussi difficileque lepassage d'un chameau (ou même simplement d'un câble] par le trou d'une aiguille (Matth., xix, 24) ; en langage oriental,pour exprimer que Jacob est l'objet d'une prédilection toutegratuitede sa partet non pasEsaù, Dieu ditparl'entremisederauteurinspiré: «J'ai aimé Jacob et j'ai pris en haine Esaù » (Rom., ix, 23). De même pour marquer la nécessité de la douceur dans le support des outrages et des injustices, pour défendiedans les conjoncturesniêrnelespluspéniblestout

sentiment de haine et de vengeance, Notre-Seigneur dit : « Si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche ». L'obligation de précepte ne s'étend pas plus loin.

Non pas d'ailleurs que le Sauveur interdise ici, comme il arrive pour l'œil arraché et le bras coupé, d'entendre jamais cette règle à la lettre : à ceux qui lui veulent témoigner plus d'amour par le sacrifice entier de leur réputation et d'eux-mêmes, à ceux auxquels il désire confier le soin de lui gagner des âmes et qu'il invite à l'apostolat et à la prière, en un mot à ceux qui sont appelés à le suivre non plus seulement dans la voie des préceptes, mais encore dans la voie des conseils, Notre Seigneur propose cette maximecomme une règle de très haute perfection. Là où la chose se peut sans scandale et sans préjudice delà gloire divine, il vaut mieux, — parfois ce sera un acte simplement héroïque, — s'abstenir par esprit d'abnégation même des moyens licites de défense^.

Cependant ici, comme en tout, l'unique règle est la gloire de Dieu. Qu'il s'agisse de protéger la foi d'un grand nombre, d'une nation, d'une société, ou seulement la vocation, le salut d'un individu, qu'il s'agisse de sauvegarder des droits et un honneur dont la conservation est nécessaire au libre exercice ou au libre développement de la religion, il est des cas où, pour un ministre de Dieu comme pour une communautéde chrétiens, le silence serait coupable. Avant de songera mettre en pratique ces conseils de perfection individuelle, il convient de remplir des

1. Cf. S. Ignace, Exercices spirituels^ Considération des trois degrés d'humilité, 3» degré.

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devoirs rigoureux et le bien commun, le salut d'une multitude et même le salut propre pourront faire une obligation stricte de recourir à une défense qu'en d'autres circonstances il eût été plus parfait d'omettre, s'il ne se fût agi que de témoigner à Dieu plus d'amour par le support des épreuves. Une seule chose est alors interdite formellement par le texte de S. Matthieu, l'esprit de vengeance ^.

Que tel soit le sens authentique du texte que nous étudions, c'est aussi bien ce que montre la constante pratique de l'Eglise et des Saints. Parmi ceux-ci on en voit, tout avides qu'ils sont d'humiliations pour eux-mêmes, ne pas hésiter à combattre, avec tousles moyens dont ils disposaient, les calomnies qui les eussent empêchés, eux ou lessociétésdont ilsétaient les chefs, de remplir leur mission apostolique, dussent d'ailleurs ces moyens entraînerpourleursadversaires l'incarcération ou quelque peine pire encore. Sans doute ils ne se défendaient qu'à la dernière extrémité et lorsqu'ils s'y croyaient tenus en conscience. Mais appliqués par vocation à suivre les conseils du maître, ilsavaientcomprisque la maxime de la joue tendue en était simplement un et donc qu'elle devait s'efïacer devant les obligations plus hautes.

D'autre part l'Eglise par la pratique de ses Papes et de ses Evêques a bien laissé voir dans quel sens elle entendait ce texte. Toujours elle a béni, quand elle ne les a pas positivement invités à prendre les armes, des princes qui s'opposaient parla force aux incursions des infidèles et aux envahissements des hérétiques, là où ces incursions et ces envahisse-

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