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440 A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS

lents thomistes, tels le P. Schiffini [Philos, moralia^ t. II, II. 459), devraient enlever un peu de leur assurance à ceux qui la prêtent sans hésitation à l'Angélique Docteur. Or dans l'hypothèse, sérieusement probable à notre avis, où celui-ci n'admettrait pas la doctrine médiatiste, ses affirmations sur le droit de résistance à la tyrannie n'en resteraientpas moins nettes et fermes.

2. A supposer que S. Thomas ait adopté cette manièrede voir, il est de toute évidence que le droit de résistance active à une autorité tyranniquedevait s'imposer nécessairement à lui. Si l'on requiert à Torigine un contrat formel ou tacite entre le souverain et le peuple, — mettons, si l'on préfère, le consentement explicite ou implicite de celui-ci, — la violation des conventions par l'une des partiesentraîne comme conséquence logique pour l'autre le droit de représailles e^ de rescission, le droit de renverser le gouvernement oppresseur qui ne tient pas ses promesses (quoique les théoriciens catholiques de la théorie démocratique aient pu dire en sens contraire), fût-ce au prix de troubles violents. Par suite j on ne s'explique pas que les ennemis de la violence, ' loin d'invoquer ici cette théorie, ne cherchent pas • au contraire à la laisser dans l'ombre, voire même à la réfuter congrument : elle constitue contre eux une difficulté insurmontable.

Inutile au reste d'ajouter que, pour légitimer la résistance active, il n'est pas besoin détenir la théorie populaire de l'autorité : les partisans de l'origine divine immédiate du pouvoir ne sont nullement embarrassés de trouver des arguments en dehors de cette hypothèse. Celui que S. Thomas

formule dans le texte de la Somme cité plus haut suffît déjà largement à lui seul à justifier leur position et il y en a beaucoup d'autres '.

t. A ce propos notons que M. Maurras tient surrorJ<.'ine dn pouvoir ou plus exactement sur le mode originaire de l'acquigilioii du pouvoir une théorie qui présente des analogies singulières avec celles des théoriciens catholiques imniédiatistes comme le P. de Pascal et de M. de Vareilles-Sommières. On la trouvera exposée dans V Action française (revue) du 15 août 1911.

APPENDICE VIll

Question morale et question sociale

Il semble que la conclusion du chapitre où nous avons essayé de montrer l'insuffisance des théories de M. Maurras voisine de très près avec celle de Brunetière et de sa fameuse équation fondamentale : sociologie = morale, morale = religion, donc sociologie = religion. En réalité cette thèse, vieille comme la philosophie catholique, n'a été trouvée branlante que par des philosophes imbus des préjugés positivistes. Parce que Brunetière l'exagérait manifestement* et commettait quelque erreur d'exégèse dans les preuves dont il l'appuyait, parce qu'il rétablissait plutôt d'intuition qu'au moyen d'un raisonnement complet et rigoureux, elle n'en était pas moins vraie et les efforts de MM. Maurras

1. Pour Brunetière, il semble qu'il n'y ait pas de religion individuelle reliant directement un individu à Dieu et que toute religion soit nécessairement collective, comme tout culte est collectif : ce qui est un excès évident et une erreur. Mais u l'équation fondamentale » dégagée de ce sens étroit et exclusif est parfaitement exacte : la religion est le meilleur lien social et il n'est pas d'état, de société qui puisse tenir «ans elle.

et Moreau pour en infirmer la valeur d'ensemble paraissent avoir manqué leur but'.

Pour Brunetière, la grande erreur, l'erreur foncière du xviii" siècle a été de faire dépendre essentiellement la morale de l'utilité sociale 2. Or, qu'estce que l'une et l'autre ? L'utilité sociale peut se définir par un élément subjectif ou par un élément objectif. Elle est « l'exact équivalent du sentiment juste ou faux que le peuple en peut avoir à un moment donné » : il appert qu'elle ne peut servir de base à la morale, laquelle suppose la stabilité. Mais cette utilité représente-t-elle quelque chose d'objectif, de vrai, une réalité qui ne « dépende aucunement des caprices de l'opinion ou du suffrage universel », d'un mot s'appuie-t-elle à des lois fixes et certaines comme l'ordre social lui-même, dans ce sens encore^, il n'y a pas à douter de sa radicale impuissance à fonder la morale. — Qu'est-ce donc que la morale, sinon l'ensemble des lois qui doivent discipliner l'activité volontaire de l'homme dans toutes ses manifestations .f^ Cela étant, le principe de l'intérêt général ne fournira jamais à la liberté

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