‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 147 sur 155 · V. g. dans VAction française^ !•' novembre 1904, pp · texte numérisé non relu

V. g. dans VAction française^ !•' novembre 1904, pp

2. Cf. Sur les chemins de la croyance, pp. 67-129. Les philosophes du xviii» siècle, dit M. Fonsegrive, résumant d'une manière très exacte la pensée de Brunetière, « professent que c'est le social qui conditionne et fait le moral, que ce sont les institutions et les lois sociales qui font la moralité humaine, qu'être moral, c'est se conformer aux lois et, par conséquent, que tant valent les lois, tant valent les moeurs ; selon eux l'homme doit se modeler sur son milieu et il suflSt par de bonnes lois de modifier le milieu pour qu'aussitôt l'homme tout entier soit modifié et dans son intérieur même » [Morale et Société^ p. 7).

3. Que M. Brunetière l'ait entendu ainsi ou non, en la circonstance il importe peu.

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la règle efficace et universelle qu'elle postule : borné et limité à un ordre de choses contingent, le bien social ne saurait revendiquer une domination absolue, non plus que le bien individuel, puisque le principe qui fonde toute obligation morale doit régler en maître et le bien social et le bien particulariste.

Cette signification large et compréhensive attribuée au mot « moral w, on aperçoit immédiatement en quel sens la question sociale sera une question morale et une question religieuse, et ce qu'il convient d'accorder à la thèse de Brunetière. L'individu n'a pas que des devoirs envers lui-même, il en a visà-vis de la société, les uns et les autres tombés d'une seule et même volonté, celle-là qui a façonné l'individu et la société. Dès lors, en cette norme suprême de son activité, s'il l'accepte, le membre de la cité trouve le principe d'où jaillissent toutes ses obligations tant personnelles que sociales. Humble vassal de cette volonté, il se reconnaîtra des devoirs non plus seulement envers soi, mais envers cet organisme qui l'enserre, le protège, lui facilite l'existence, mais que lui, à son tour, est obligé de soutenir, de défendre, à la prospérité duquel il est tenu de contribuer selon ses moyens, parfois même jusqu'à en mourir. Vienne le jour où tous les citoyens seront pénétrés de cette vérité : alors sera tout près d'être déchiffrée la redoutable énigme de l'inégalité des conditions, cette hantise des esprits contemporains, en qui l'on s'obstine à voir presque le seul élément constitutif de la question sociale. Ainsi comprise, cette question sociale est bien une question morale, disons de morale individuelle et de

morale sociale, qui se résout en une question religieuse, la subordination à l'être infini qui commande et cette morale individuelle et cette morale sociale. Tant que la masse des citoyens niera cette loi fondamentale, tout gouvernement, toute stabilité dans l'état est une utopie; et nous ne pouvons que dire, nous aussi : a on ne change pas les cœurs aussi faci- . lement que les lois. Mais en vain changerait-on les lois ! et si l'on ne change pas les cœui s, on n'a rien fait' ».

Mais de prétendre que la question sociale est exclusivement une question morale et religieuse, que « les lois ne peuvent rien ni pour ni contre les mœurs- », c'est une question très différente sur laquelle il est permis de penser tout autrement que Brunetière.

Et d'abord nous concéderons sans difficulté à l'Action française qu'ici encore Brunetière s'est mépris sur la pensée de Comte. On sait l'aphorisme de ce dernier : « la question sociale est une question morale ». D'après des interprètes qualifiés que ne récusera pas l'Action française^, Comte veut dire : « la question sociale est nécessairement et principalement une question morale » et c'est la thèse même que nous venons d'esquisser. Or Brunetière va plus loin et semble faire dire à Comte : « la question sociale nest qu^une question morale », — et cette exégèse ne tient pas.

Mais il y a plus : que les institutions politiques et sociales n'aient pas d'importance, comme le veut

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