Comte de Mun, Conquête du peuple^ p
âmes, on ne saurait parler autrement. Beaucoup laissés libres ou encouragés par un bon gouvernement dans la pratique de leurs devoirs religieux se sauveront, qui, sous un gouvernement hostile, n'auront pas le courage de se montrer chrétiens et, par faiblesse, se perdront.
« Cela montre, disent des catholiques intransigeants, plus rigides qu'animés de charité pour leurs frères, — cela montre l'inconsistance de leur christianisme et il n'y a point à regretter tous ces déchets. » — La réponse est aisée. 11 n'est pas douteux qu'un tout petit noyau d'âmes ferventes ne soit plus puissant pour le bien et ne rende plus de gloire à Dieu qu'une masse indifférente et informe. Mais cette masse elle-même rachetée par le sang du Christ cesse-t-elle pour autant de mériter l'intérêt et parce que les persécutions font le discernement des courageux et des faibles, parce qu'elles révèlent les courages et procurent à Dieu une grande gloire, ne doil-on plus les considérer comme un mal, les prévenir et au besoin les fuir? 11 faut compter avec la faiblesse humaine et que la majorité, incapable d'héroïsme, est exposée à se laisser vaincre par les appâts du monde et de la chair : « beaucoup d'appelés, mais peu d'élus », a dit Notre-Seigneur. Loin d'abandonner ces malheureux, dont la volonté est débile, mais dont l'âme a coûté la croix, il faudra chrétiennement songer à leur salut et tout tenter pour les soustraire aux occasions de chute : de bonnes institutions seront l'un des moyens les plus efficaces de préservation ou d'encouragement.
Et telle est la raison pour laquelle les critiques sommaires formulées par les libéraux de toute
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nuance contre la thèse de l'union de l'Eglise et de l'Etat, en général et contre ses applications historiques en particulier devraient paraître le fait d'esprits bien courts à quiconque se préoccupe sérieusement des intérêts surnaturels des âmes. Au temps de cet Ancien Régime honni et vilipendé par tous les démocrates modernes, chrétiens ou non-chrétiens, la foi était au cœur de la masse en dépit de certaines entraves déplorables qui bâillonnaient l'Eglise. Et en cela rien d'étonnant : cette foi pouvait se transmettre sans obstacle, les institutions lui attribuaient une place de choix, et nul n'avait à rougir ou à souffrir de la pratiquer. Sans doute les scandales ne manquaient pas, mais on sait quelle réprobation ils excitaient dans la société foncièrement chrétienne de cette époque et comment cette société ne se résignait pas, comme celle de nos jours, à en prendre son parti : la France du xyii® et du xviii® siècle, ne se doitpointjuger d'après la cour de T.ouis XIV au temps de Mme de Montespan et de l'affaire des poisons, ni d'après les scandales de Louis XV et l'on ifuaginerait difficilement plus grossière erreur que d'étendre à toute la nation de cette époque la dépravation d'un petit nombre. Ces scandales d'ailleurs, tout énormes et corrupteurs qu'ils étaient, ne fermaient pas la porte au retour, au repentir; et combien, grâce à l'éducation reçue et aux croyances qui demeuraient malgré tout, se ressaisissaient au moins à l'heure suprême, sinon avant. Aujourd'hui le gouvernement exerce sur la multitude des fonctionnaires et sur le nombre toujours croissant de ceux qui aspirent à émarger au budget de l'Etat, une contrainte morale telle que pour demeurer fidèle à
ses devoirs religieux, il faut renoncer à tout avancement et accepter d'être traité en paria ! La plupart embrigadés dès leur enfance dans l'école officielle par des parents plus soucieux de leur avenir matériel que du salut de leurs âmes ne connaissent Dieu et l'Eglise que parles négations ou les railleries qu'ils ont entendu proférer par des maîtres athées et sectaires. D'autre part, l'héroïsme n'étant pas le fait des foules, ceux d'entre les malheureux salariés de la République qui ont reçu quelque teinte de christianisme, en viennent vite à négliger pour leur compte toute pratique religieuse, à faire élever leurs enfants à l'école neutre et athée, à se désintéresser pour eux de toute formation religieuse : comment être surpris après cela que la foi disparaisse si vite ' ? L'appareil législatif, plus fort que les volontés individuelles, pour l'ensemble des cas, fonctionne méthodiquement à l'encontre de la foi chrétienne et tend à la rendre presque impossible au plus grand nombre. Le Comte de Paris avait décidément raison : « les Institutions ont perverti les hommes ».
1. « Mon fils n'est pas ennemi de la religion et des prêtres, me disait à moi-même une mère de famille, bonne chrétienne : sous un autre gouvernement il pratiquerait et ne vous tracasserait point, car il est croyant. Mais que voulez-vous, il est fonctionnaire avant tout. » Ce mot n'est-il pas révélateur à sa manière?
Li'(( Utilisation du Positivisme»
de Brunetière
« Que le dernierterme du relativisme est de reconnaître et d'affirmer la nécessité logique de l'absolu qui le conditionne », c'est moins « inattendu » que ne le pensait Brunetière ^ Le manuel le plus élémentaire de philosophie scolastique le lui aurait dit, et dans sa tentât ve, il n'y a eu de nouveau que la manière toujours personnelle dont il l'a poursuivie. Cette vérité n'en est pas moins de la plus haute importance et nous voyons, tout comme lui, une contradiction formelle à enseigner « qu'il n'y a qu'une maxime absolue, qui est qu'il n'y a rien d'absolu». Mais avouons-le, malgré son mérite, la méthode adoptée par Brunetière dans son Utilisation du positivisme soulève des difficultés historiques sérieuses. Ses efforts pour laver Spencer et Comte du reproche de « monstruosité » que lui adressait le P. Grùber dans une discussion que l'on