‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 17 sur 155 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

M. Maurras

M. Lamy s'est essayé jadis dans le Correspondant à buriner en traits qu'il eût voulus définitifs la physionomie de M. Maurras : « M. Ch. Maurras sembla d'abord le fidèle d'un seul culte : la beauté. 11 l'adorait parfaite dans le génie antique, sous les formes consacrées par les artistes, les poètes, les philosophes grecs. A ces derniers, il se rattachait lui-même parla curiosité insatiable, universelle de l'esprit et l'aptitude à tirer de chaque idée tout le contenu jusqu'à l'épuisement. En lui revivaient la force saine des plus solides raisonneurs et la souplesse insaisissable des plus subtils sophistes. Quelque objet qui l'occupât, il... lançait à toute allure les chevauchées de ses thèses, moins pour l'intérêt des questions débattues que pour le plaisir de ce mouvement et le spectacle de cette force, comme intéressent les inutiles et magnifiques actions d'un sauteur en liberté. Familier avec des écrivains de tout genre, de toute époque, de toute race, il préférait toujours les plus purs de forme et

les plus audacieux de pensées. Le panthéon fort mêlé des génies contradictoires par lesquels il jurait eut donné de sa propre logique une idée inquiétante, s'il n'eût consacré des prodiges d'ingéniosité à découvrirles analogies entre les plus opposés et à assembler les fantaisies de son choix dans l'harmonie d'un ordre général. Sa sensibilité était si aiguë que la conformité ou la contradiction de ces maîtres avec son goût suffisait à sa joie ou à sa souffrance, perpétuées en gratitude pour les uns, en rancune contre les autres. Les idées donnaient le coup de foudre à ce penseur, comme les jolis visages aux amoureux, et, pas plus que les amoureux, il n'était impartial. Autant que la vérité des choses il aimait la musique des mots, la couleur des images, la sculpture du style, l'architecture des systèmes et par cette façon d'étudier la pensée ou del'exprimer, il goûtait la joie de tous les arts en un seul ^.. »

Et l'esquisse, que tout le monde a lue, se poursuit brillante, lapidaire, « libellée pour être éternelle ». Quelle est la mesure de son exactitude, et, comme l'a écrit le principal intéressé, n'a-t-elle pas été trop enlevée « de chic », la suite de cet ouvrage nous le dira. iMais avant de parler du caractère et des idées de M. Maurras, nous dirons quelques mots très brefs sur sa vie: le simple rappel des dates et des événements principaux qui ont marqué une existence déjà très féconde ne sera pas sans utilité.

Charles Maurras est un Provençal de Martigues; il y naquit en 1868. Sa famille, une vieille famille où

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