Ibid.^ p. XXV
2. M. Maurras a résumé lui-même assez bien le terme de sa morale en ces quelques lignes : « La vie excellente consiste à ne rien méconnaître; ensuite à combiner, à concilier dans nos cœurs le démon religieux et voluptueux, car leur désordre amènerait les plus grands maux; à empêcher qu'il ne s'élève de nos joies goûtées toutes pures cette pointe fine et sèche dont elles sont tranchées àvif ; à obtenir de notre orgueil qu'il ne se gonfle point ni ne nous dessèche le sens vers quelque unité trop lointaine : en un mot, à créer d'intérieures harmonies » {Le Chemin de Paradis, p. xvi).On ne peut guère se montrer plus accommo-
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devons regretter d'aussi déplorables sorties de jeunesse, il est impossible de ne pas découvrir même dans ces descriptions complaisantes d'excès et de débordements, même dans ces mythes qui dénaturent jusqu'à l'odieux les vérités chrétiennes, une horreur à la fois instinctive et raisonnée du dévergondage, le goût de la discipline et de la maîtrise de soi : « Jusque dans les récits les plus libertins, les grands écrivains classiques de la vieille France se rangeaient à la présidence de la raison ^ », écrirat-il dans la suite. Ce jugement trouve ici son application naturelle.
Cette présidence delà raison, à laquelle M. Maurras veut s'attacher uniquement, d'où vient, hélas! qu'à l'heure présente on ne la retrouve plus à aucun degré ni dans les œuvres littéraires et artistiques, ni dans la vie des sociétés? Et quelle pourrait être la cause première de l'anarchie, où nous nous débattons? M. Maurras répond hardiment : « L'ancêtre authentique de toutes les erreurs contemporaines dans l'ordre spéculatif et dans l'ordre pratique, c'est le protestantisme. Le règne de la souveraineté individuelle et du libre examen, dont nous mourons, lui est entièrement imputable, et, loisque, à
dant et plus facile, lorsque l'on clierclie au même temps à promouvoir une certaine retenue ! Dans ses appréciations sur les œuvres et les hommes, M. Maurras, plus tard encore, s'est montré aussi... large (cf. par exemple, Revue encyclopédique , 1896, p. 413), Il est évident qu'avec un tel idéal, le niveau de perfection proposé ù l'individu et ù la société se réduit à peu près à rien. Et ce « presque rien » lui-même, qui aurait dû dans sa pensée se concilier parfois avec ce que la morale chrétienne pruscrit sans réserve, comment la philosophie de M. Mauiras a-telle jamais pu lui laisser l'espoir d'y atteindre ? 1. Trois idées politiques, p. 10.
l'orientation db l'œuvre 15
la raison, règle universelle qui juge d'après des principes fixes et des lois éternelles, il substitue la raison particulière qui décide, sous l'influence de l'imagination, de la sensibilité, du caprice, des passions, du tempérament de chaque sujet, il assume la responsabilité de tous nos maux. » Aussi, avant de proposer son plan de reconstruction intellectuelle et sociale, M. Maurras déclare-t-il au protestantisme une guerre à outrance. Tantôt il l'attaque de front en combattant ses principes essentiels, tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, il s'en prend à ses dérivés immédiats, le romantisme dans l'art et la littérature, l'individualisme de 1789 en politique '.
1. Dans un long article de VAction Française (15 octobre 1899), M. Maurras développe en particulier cette thèse que la Révolution française ne doit pas son origine à Descartes, comme certains l'ont prétendu, mais qu'elle descend en droite ligne de Luther et de la Réforme. Quelques-uns de ses arguments ne sont rien moins que sûrs, et plus d'un historien de la littérature, sans accepter toutes les objections, par exemple de M. Parodi {Traditionalisme et Démocratie, pp. 158 sq.), n'adoptera pas indistinctement ses vues sur l'influence du cartésianisme; mais M. Maurras en apporte d'autres excellents, et la thèse, dans sa partie positive, depuis longtemps est considérée par beaucoup comme définitivement acquise. Pour mettre le lecteur à même d'apprécier les vues de M. Maurras sur le cartésianisme, et sans vouloir prendre aucunement parti dans le débat, voici, d'ailleurs résumé par M. Maurras lui-même, ce qu'il pense sur ce sujet. Répondant h M. Boulenger qui l'avait attaqué dans le Gil Blas, il écrit dans l'Action française (quotidienne) du 20 juillet 1911, sous le titre: Objections attardées : «Nous n'avons jamais admis que l'on pût confondre certaines conditions de la recherche philosophique, telles que les spécifiait la « table rase de Descartes », et ces conditions de la vie, publique ou privée, sur lesquelles notre philosophe français a justement fait abonder les lumières de sa magnifique raison... Pour ma part, j'avais indiqué qu'il n'y a pas de comparaison à établir entre l'autorité de l'évidence cartésienne, œuvre de raison impersonnelle (qui est certainement ce que rhomm,e parvient à dégager des mirages du sentiment et de l'in-
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Avant de parler de la critique politique de M. Maurras, qui nous retiendra plus longtemps, tâchons de déterminer les principes directeurs de sa critique littéraire.
lérêt individuels) et l'autorité du sens moral, de la conscience jean-jacquiste (qui est tout au contraire, de toutes nos facultés, la plus mêlée, la plus souillée, la plus appesantie et la plus obscurcie des suggestions de l'égoïsme et de la passion de chacun). Ceci mène droit à l'individualisme : cela n'y peut mener que par le circuit d'une contradiction. La difPérence n'est pas mince. Je vois bien M. Boulenger me répondre pourtant que la filiation des doctrines subsiste en fait. Sans doute. Et c'est pourquoi il a raison de la constater « Listoriquement », il a grand tort de prendre ces filiations pour une génération « logique ». L'étude et la critique ont précisément pour objet de démêler le moment du temps où la méprise commença, afin de renouer la tradition à ce point précis, d'où reprendre et réparer le mal qui en sortit. »